lundi 16 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2301596 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | GRENIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 juin 2023, M. C A, représenté par
Me Grenier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision de refus de séjour est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet a rejeté sa demande au seul motif qu'il se trouvait en situation irrégulière sans examen particulier de sa demande, alors qu'il dispose d'un pouvoir de régularisation à titre exceptionnel ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, au regard de sa parfaite intégration professionnelle en France ;
- elle est entachée de vice de procédure, le préfet ne l'ayant pas invité à régulariser sa demande de titre de séjour en qualité de salarié et notamment en l'invitant, lui et son employeur, à solliciter l'autorisation de travail prévue par l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en violation des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- il est bien fondé à exciper de l'illégalité de la décision de refus de séjour à l'encontre de la décision d'éloignement subséquente ;
- la décision d'éloignement est également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ainsi que d'une violation des dispositions des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- il est bien fondé à exciper de l'illégalité de la décision d'éloignement initiale à l'encontre de la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours ;
- cette décision apparaît également entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences de son départ sur la situation de la société qui l'emploie en tant que directeur adjoint ;
- il est recevable et bien fondé à exciper de l'illégalité de la décision d'éloignement à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi subséquente ;
- cette décision apparaît également entachée d'une violation de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard des risques encourus dans son pays d'origine.
Des pièces enregistrées le 9 août 2023 ont été produites pour le préfet de la Côte-d'Or représenté par Centaure Avocats.
La date de clôture d'instruction a été fixée au 18 septembre 2023 par une ordonnance du 4 septembre 2023.
Le préfet de la Côte-d'Or a présenté un mémoire en défense, enregistré le 28 septembre 2023, après clôture de l'instruction, qui n'a été ni communiqué ni analysé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 26 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les observations de Me Grenier, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant mauricien né le 5 juillet 1989, est entré en France en janvier 2022 en compagnie de son épouse, qui a mis au monde leur deuxième enfant en avril 2022.
M. A a présenté le 8 février 2023 une demande de titre de séjour en qualité de salarié, en se prévalant d'un contrat de travail à durée indéterminée conclu le 8 juillet 2022. Par arrêté du 11 mai 2023, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, M. A en demande l'annulation
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le refus de séjour ;
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations () ". Aux termes de l'article L. 114-6 du même code : " Lorsqu'une demande adressée à une administration est affectée par un vice de forme ou de procédure faisant obstacle à son examen et que ce vice est susceptible d'être couvert dans les délais légaux, l'administration invite l'auteur de la demande à la régulariser en lui indiquant le délai imparti pour cette régularisation, les formalités ou les procédures à respecter ainsi que les dispositions légales et réglementaires qui les prévoient () ".
4. Pour prendre la décision en litige, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas opposé à l'intéressé le caractère incomplet de son dossier, mais la circonstance qu'il ne remplissait pas les conditions de fond requises pour la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", à savoir, un visa de long séjour et un contrat de travail visé par les autorités compétentes. En outre, il ressort des pièces du dossier qu'avant de prendre la décision en litige, M. A a été invité à produire un visa de long séjour et une autorisation de travail. Par suite, il ne saurait utilement soutenir qu'en ne l'invitant pas à compléter sa demande, le préfet qui a procédé à un examen complet de sa situation, a méconnu les dispositions des articles L. 114-5 et L. 114-6 du code des relations entre le public et l'administration et entaché sa décision d'un vice de procédure.
5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que M. A aurait déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le formulaire qu'il a rempli faisant seulement état de la mention " salarié ". Par suite, il ne peut utilement soutenir que le préfet de la Côte-d'Or, qui n'était pas tenu d'examiner d'office s'il était possible de délivrer un titre de séjour sur un autre fondement que celui sollicité, a entaché sa décision d'erreur de droit pour lui avoir opposé le caractère irrégulier de sa situation.
6. En troisième lieu, et en tout état de cause, si M. A se prévaut de l'exercice d'une activité professionnelle en tant qu'employé depuis le mois de mai 2022 et de la conclusion d'un contrat de travail à durée indéterminée en juillet 2022, cette seule circonstance ne saurait suffire à justifier la régularisation de sa situation. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir que la décision du préfet de la Côte-d'Or de ne pas lui accorder un titre de séjour, que ce soit sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou en vertu du pouvoir de régularisation exceptionnelle dont il dispose, serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
7. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France très récemment ; son épouse se trouve dans la même situation que lui, et la cellule familiale a vocation à se reconstituer dans leur pays d'origine, où les deux époux ont vécu jusqu'à l'âge, respectivement, de trente-deux et vingt-cinq ans. Si leur fille aînée, née en 2018, est scolarisée en maternelle, rien ne s'oppose à ce qu'elle poursuive sa scolarité dans son pays d'origine. Si M. A se prévaut de la présence en France de sa mère et d'un frère, cette circonstance ne lui confère pas de droit au séjour. Il ne peut davantage de prévaloir d'une parfaite intégration en France du fait de son activité professionnelle, qui est très récente et est exercée irrégulièrement.
8. Eu égard à l'ensemble des éléments de sa situation, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de séjour a été prise en violation des dispositions de l'article
L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision d'éloignement :
9. En premier lieu, en l'absence d'illégalité entachant la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette prétendue illégalité et soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.
10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 8 et en l'absence de toute précision particulière, et même en tenant compte des effets propres de la mesure d'éloignement, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant ainsi que d'une violation des dispositions des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.
En ce qui concerne les autres décisions :
11. En premier lieu, en l'absence d'illégalité entachant les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, les moyens tirés de cette prétendue illégalité et soulevés par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire et de celle désignant le pays de destination de la mesure d'éloignement ne peuvent qu'être écartés.
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12. En deuxième lieu, M. A se prévaut de sa situation de responsable-adjoint qui ferait obstacle à ce qu'il puisse être obligé de quitter le territoire dans un délai de trente jours. Outre qu'il n'est pas autorisé à continuer à exercer cette activité en raison de la décision de refus de séjour qui lui est opposée, il ressort des pièces produites qu'il était employé sur un poste de vendeur-employé de caisse. Il n'est par suite pas fondé à soutenir que le délai de trente jours qui lui est laissé pour quitter le territoire français serait insuffisant au regard des responsabilités exercées.
13. En troisième lieu, les seules déclarations vagues et imprécises du requérant quant aux raisons qui l'auraient conduit à quitter son pays d'origine ne saurait suffire à établir que la décision fixant le pays de destination a été prise en violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par
M. A doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
15. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés au litige
16. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à l'avocate de M. A de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Grenier.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Océane Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2023.
La rapporteure,
M-E B
Le président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026