vendredi 16 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2301643 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | REFERE |
| Avocat requérant | JOLET INGRID |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 juin 2023, M. C E, représenté par Jolet, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les arrêtés du 6 juin 2023 par lesquels le préfet du Doubs a ordonné son transfert aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile, et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 800 euros TTC à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.
M. E soutient que :
- l'arrêté portant transfert aux autorités croates est insuffisamment motivé et résulte d'un examen insuffisant de sa situation ;
- il souffre de graves problèmes de santé (cardiopathie idiopathique) dont la possibilité de prise en charge en Croatie n'est pas établie ;
- l'arrêté portant assignation à résidence est insuffisamment motivé ;
- cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;
- cet arrêté est entaché d'une erreur de droit.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 juin 2023, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Desseix en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 12 juin 2023 à 14h00.
Des pièces ont été produites par M. B au cours de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Desseix, magistrate désignée ;
- les observations de M. E, qui soutient qu'il a fait l'objet de violences en Croatie et que son état de santé ne pourra être pris en charge dans ce pays.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C E, ressortissant congolais (République démocratique du Congo) né le 22 avril 1986 à Kinshasa, est entré irrégulièrement en France et a présenté une demande d'asile le 21 avril 2023. Le préfet du Doubs a, par deux arrêtés du 6 juin 2023, notifiés le 12 juin suivant, ordonné le transfert de l'intéressé aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile, et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête, M. E demande l'annulation de ces arrêtés.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas l'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de transfert aux autorités croates :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente qui enregistre sa demande et procède, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, à la détermination de l'Etat responsable en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, ou en application d'engagements identiques à ceux prévus par le même règlement ". Aux termes de l'article L. 572-1 du même code : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative () ".
5. Pour l'application de ces dispositions, est suffisamment motivée une décision de transfert qui mentionne le règlement le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, dit " D A ", et comprend l'indication des éléments de fait sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre Etat membre, une telle motivation permettant d'identifier le critère du règlement européen dont il est fait application.
6. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise le règlement européen mentionné ci-dessus, ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il indique que M. E a déposé une demande d'asile le 21 avril 2023 et que la consultation du fichier européen Eurodac a révélé que l'intéressé avait sollicité l'asile auprès des autorités croates le 4 avril 2023. Il relève ensuite que les autorités croates, saisies d'une demande de reprise en charge, ont implicitement accepté, le 10 mai 2023, leur responsabilité dans l'examen de cette demande d'asile. L'arrêté précise enfin que la situation de M. E ne relève pas des dérogations prévues aux articles 3-2 et 17 du règlement précité. Ainsi, il a été satisfait à l'exigence de motivation imposée par l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En second lieu, il ne ressort pas de la motivation de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier, que le préfet du Doubs n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé et des conséquences de sa réadmission en Croatie au regard notamment des garanties exigées par le respect du droit d'asile. En particulier, si le requérant se prévaut de son état de santé, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment du compte rendu de l'entretien individuel dont il a bénéficié, qu'il en aurait fait part à l'autorité administrative avant l'intervention de la décision de transfert. Dans ces conditions, M. E n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté serait entaché d'un défaut d'examen de sa situation.
8. En troisième lieu, M. E a produit à l'audience un compte rendu d'hospitalisation du 22 au 28 avril 2023 au centre hospitalier universitaire de Dijon dont il ressort que l'intéressé souffre d'une cardiopathie idiopathique sévère nécessitant une prise en charge médicale, et notamment un traitement médicamenteux et un suivi en consultation. Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la pathologie dont souffre M. E ne pourrait être prise en charge en Croatie, ni qu'à la date de l'arrêté litigieux, le voyage vers ce pays aurait présenté un risque compte tenu de son état de santé. Le moyen tiré de ce que l'arrêté de transfert aux autorités croates serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 573-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 peut être assigné à résidence selon les modalités prévues aux articles L. 751-2 à L. 751-7 ". L'article L. 751-2 de ce code dispose : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge peut être assigné à résidence par l'autorité administrative pour le temps strictement nécessaire à la détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. / () En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. / L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée. () ". En vertu de l'article L. 732-1 du même code, rendu applicable, par l'article L. 751-4, aux assignations à résidences prises sur le fondement de l'article L. 751-2, " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".
10. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, notamment l'article L. 751-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle rappelle que M. E a fait l'objet d'une mesure de transfert aux autorités croates, que l'intéressé est domicilié à Dijon et qu'il ne dispose pas de moyens lui permettant de se rendre en Croatie. L'arrêté en litige indique ensuite que l'exécution de la mesure de transfert dont M. E demeure néanmoins une perspective raisonnable. Cette décision est ainsi suffisamment motivée.
11. En deuxième lieu, le requérant se borne à faire valoir qu'il ne cause aucun trouble à l'ordre public, sans soumettre au tribunal aucune circonstance propre à sa situation personnelle susceptible de démontrer le caractère disproportionné de la mesure d'assignation à résidence prononcée en vue de faciliter l'exécution de la décision de remise aux autorité croates. Le moyen tiré de ce que la décision portant assignation à résidence serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. E doit, par suite, être écarté.
12. Enfin, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il ne peut, par suite, qu'être écarté.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 6 juin 2023 par lesquels le préfet du Doubs a ordonné son transfert aux autorités croates et prononcé son assignation à résidence.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. E au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. E est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, au préfet du Doubs et à Me Jolet.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, au préfet de la Côte d'Or et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.
La magistrate désignée,
M. DESSEIXLe greffier,
J. TESTORI
La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026