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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301768

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301768

vendredi 8 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301768
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 3 JU
Avocat requérantBREY CÉLINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n° 2301768, enregistrée le 22 juin 2023, M. E B, représenté par Me Brey, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal :

a) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2023 par lequel le préfet de l'Yonne a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

b) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;

3°) à titre subsidiaire :

a) de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) statue sur son recours ;

b) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui délivrer une attestation de demande d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- l'arrêté du 5 juin 2023 est entaché d'un vice d'incompétence ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru en situation de compétence liée, d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant refus d'autorisation de résidence en France, méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français, est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

- à titre subsidiaire, le caractère suspensif du recours formé devant la CNDA doit être rétabli conformément à l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire enregistré le 30 août 2023, le préfet de l'Yonne, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juillet 2023.

II. Par une requête n° 2301769, enregistrée le 22 juin 2023, Mme D B, représentée par Me Brey, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal :

a) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2023 par lequel le préfet de l'Yonne a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

b) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement ;

3°) à titre subsidiaire :

a) de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) statue sur son recours ;

b) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui délivrer une attestation de demande d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- l'arrêté du 5 juin 2023 est entaché d'un vice d'incompétence ;

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru en situation de compétence liée, d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant refus d'autorisation de résidence en France, méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français, est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

- à titre subsidiaire, le caractère suspensif du recours formé devant la CNDA doit être rétabli conformément à l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 août 2023, le préfet de l'Yonne, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bois, conseillère, pour statuer sur les requêtes prévues par les dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bois, magistrate désignée,

- les observations de Me Brey, pour M. et Mme B,

- et les observations de Me Rannou, pour le préfet de l'Yonne.

Le rapport de Mme Bois a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, ressortissants albanais nés respectivement en 1991 et 1996, sont entrés en France, le 14 août 2022 accompagnés de leur fille, la jeune A et ont présenté trois demandes d'asile qui ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés (OFPRA) le 15 décembre 2022. Par deux arrêtés du 5 juin 2023, le préfet de l'Yonne a refusé de les admettre au séjour au titre de l'asile, les a obligés à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par les requêtes nos 2301768 et 2301769, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, M. et Mme B demandent au tribunal d'annuler les arrêtés du 5 juin 2023.

Sur les conclusions aux fins d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. et Mme B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par des décisions du 3 juillet 2023, leurs conclusions tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les décisions de refus d'admission au séjour :

3. En premier lieu, par un arrêté du 25 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 26 août suivant, le préfet de l'Yonne a donné délégation à Mme Pauline Girardot, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions de refus d'autorisation de résidence, d'obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Dès lors, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur des décisions de refus d'autorisation de résidence manquent en fait et doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Yonne aurait omis de procéder à un examen personnalisé de la situation de M. et Mme B et n'aurait pas pris en compte les éléments relatifs à leur situation personnelle avant de prononcer les décisions de refus d'autorisation de résidence.

5. En troisième lieu, lorsque le préfet refuse d'admettre au séjour, au titre de l'asile ou de la protection subsidiaire, un étranger dont la demande d'asile ou de protection subsidiaire a été rejetée et qui ne dispose plus du droit de se maintenir, à ce titre, sur le territoire français, il n'exerce aucun pouvoir d'appréciation sur les risques invoqués par l'intéressé en cas de retour dans son pays d'origine.

6. Il résulte de ce qui précède qu'en se bornant à tirer les conséquences du rejet de la demande d'asile par l'OFPRA pour considérer que M. et Mme B ne pouvaient pas être autorisés à se maintenir sur le territoire, le préfet de l'Yonne n'a commis aucune erreur de droit.

7. En quatrième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sont inopérants à l'encontre des décisions de refus d'autorisation de résidence, qui n'ont pas pour objet de renvoyer M. et Mme B dans leur pays d'origine.

8. En dernier lieu, M. et Mme B, arrivés sur le territoire français depuis seulement le 14 août 2022 accompagnés de leur fille, A, n'établissent pas être particulièrement intégrés sur le territoire français et leur demande d'asile a été rejetée. Ils n'établissent pas davantage être dépourvus d'attaches familiales en Albanie et être dans l'impossibilité de reconstituer leur cellule familiale dans ce pays. Dans ces conditions, les décisions de refus d'autorisation de résidence n'ont pas porté aux droits de M. et Mme B au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet de l'Yonne a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ses décisions de refus d'autorisation de résidence sur leur situation personnelle en n'utilisant pas son pouvoir de régularisation exceptionnelle.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 3, les moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions portant obligation de quitter le territoire français manquent en fait et doivent être écartés.

10. En deuxième lieu, les décisions d'autorisation de résidence n'étant pas entachées d'illégalité, les moyens invoqués par la voie de l'exception à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire, tirés de l'illégalité de ces décisions, doivent être écartés.

11. En troisième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont inopérants à l'encontre des décisions faisant obligation de quitter le territoire français qui n'ont pas pour objet de renvoyer les époux dans leur pays d'origine.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. Compte tenu de ce qui a été dit au point 8, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions portant obligation de quitter le territoire français sur les situations personnelles des requérants doivent être écartés.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de renvoi :

14. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 3, les moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions fixant le pays de renvoi manquent en fait et doivent être écartés.

15. En deuxième lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachées d'illégalité, les moyens invoqués par la voie de l'exception à l'encontre des décisions fixant le pays de renvoi, tirés de l'illégalité des décisions, doivent être écartés.

16. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Yonne aurait omis de procéder à un examen personnalisé de la situation de M. et Mme B et n'aurait pas pris en compte les éléments relatifs à leur situation personnelle avant de prononcer les décisions fixant le pays de renvoi.

17. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à a des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

18. M. et Mme B, dont la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA, qui se bornent à faire état, de manière non circonstanciée, de l'existence de risques de violences et du viol de leur fille émanant du père de M. B en cas de retour dans leur pays d'origine, n'établissent ni la réalité ni l'actualité de ces risques, et en particulier de l'impossibilité totale de s'extraire de l'emprise du père de M. B. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

19. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 8, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions fixant le pays de renvoi sur les situations personnelles des requérants doivent être écartés.

20. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 5 juin 2023. Leurs conclusions aux fins d'annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

21. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision. ". Aux termes de l'article L. 752-11 de ce code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

22. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office. Les moyens tirés des vices propres entachant la décision de l'Office ne peuvent utilement être invoqués à l'appui des conclusions aux fins de suspension de la mesure d'éloignement, à l'exception de ceux ayant trait à l'absence, par l'Office, d'examen individuel de la demande ou d'entretien personnel en dehors des cas prévus par la loi ou de défaut d'interprétariat imputable à l'Office. A l'appui de ses conclusions aux fins de suspension, le requérant peut se prévaloir d'éléments apparus et de faits intervenus postérieurement à la décision de rejet ou d'irrecevabilité de sa demande de protection ou à l'obligation de quitter le territoire français, ou connus de lui postérieurement.

23. Il ressort des pièces du dossier que l'OFPRA a rejeté les demandes d'asile de M. et Mme B ainsi que de leur fille, ressortissants provenant d'un pays considéré comme d'origine sûre, par des décisions du 15 décembre 2022 au motif d'un " récit peu étayé " avec des termes " confus et dépourvus de tout élément individualisé " pour décrire les maltraitances sexuelles dont aurait été victime Mme B. Par ailleurs, si les requérants présentent, en l'état du dossier, des témoignages des frères de M. B et des récits plus étayés des époux, ces seuls éléments sont insuffisants pour justifier, au titre de leur demande d'asile, leur maintien sur le territoire durant l'examen de leur recours par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, leurs conclusions aux fins de suspension de l'exécution des décisions leur faisant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

24. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation et de suspension présentées par M. et Mme B n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par les requérants doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

25. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. et Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions présentées par M. et Mme B dans les requêtes nos 2301768 et 2301769 est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Mme D B, au préfet de l'Yonne et à Me Brey.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 septembre 2023.

La rapporteure,

C. BoisLa greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne, ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

Nos 2301768, 2301769

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