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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301817

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301817

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301817
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 2 JU
Avocat requérantSELARL DU PARC CABINET D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juin 2023, Mme A C forme opposition à la contrainte délivrée le 4 mai 2023 par le directeur régional de Pôle emploi pour le recouvrement de la somme de 2 509,92 euros, correspondant au montant restant à sa charge d'un indu d'allocation de solidarité spécifique, versée entre le 1er juin 2018 et le 31 mars 2019, et de la somme de 9,73 euros, correspondant aux frais d'établissement de cette contrainte, et demande au tribunal de procéder à un nouveau calcul de la somme restant à sa charge.

Elle soutient que :

- pendant la période en litige, et malgré toutes les démarches effectuées, elle n'a pas pu percevoir le revenu de solidarité active en raison d'une erreur de manipulation informatique de la part d'une employée de Pôle emploi Nevers, qui l'a verbalement reconnu ;

- elle avait demandé un effacement complet de sa dette car elle s'est retrouvée sans domicile ;

- il convient de déduire de la somme restant à sa charge la somme qu'elle aurait dû percevoir au titre du revenu de solidarité active, ainsi que tout ce qui en a découlé, notamment le remboursement des aides personnalisées au logement qu'elle a dû effectuer ;

- elle a toujours fourni les informations concernant son dossier et l'erreur venait bien de Pôle emploi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 janvier 2024, Pôle emploi, devenu France-Travail, représenté par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Du Parc - Monnet avocats et associés, conclut au rejet de la requête, à ce que le tribunal déclare que la somme due par Mme C portera intérêts au taux légal à compter du 3 octobre 2019 et à ce que soit mise à la charge de Mme C la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- la requête est tardive et, par suite, irrecevable ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une lettre du 3 mai 2024, le tribunal a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public, soulevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions reconventionnelles présentées par France-Travail et tendant à ce que le tribunal dise et juge que la somme due par Mme C portera intérêts au taux légal à compter du 3 octobre 2019, dès lors qu'une personne publique ou une personne privée chargée d'une mission de service public est irrecevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a le pouvoir de prendre elle-même.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les litiges visés audit article.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hamza Cherief magistrat désigné,

- et les observations de Me Cordin, représentant Pôle emploi.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 6 juin 2019, Pôle emploi, devenu France-Travail depuis le 1er janvier 2024, a notifié à Mme C un indu d'allocation de solidarité spécifique d'un montant de 5009,92 euros. La requérante a sollicité, le 11 juin 2019, l'effacement de sa dette, demande à laquelle France-Travail a fait partiellement droit par une décision du 28 août 2019 en ramenant le montant de la somme due par l'intéressée à 2 509,92 euros. Par la contrainte du 4 avril 2023, France-Travail a demandé à Mme C le paiement de cette somme, pour le recouvrement des allocations de solidarité spécifique indûment versées durant la période du 1er juin 2018 au 31 mars 2019 restant à sa charge, augmentée de la somme de 9,73 euros, correspondant aux frais de recouvrement. Mme C, par la présente requête, forme opposition à cette contrainte. Elle demande, par ailleurs, au tribunal de recalculer le montant de l'indu d'allocation de solidarité spécifique mis à sa charge par Pôle emploi.

Sur l'opposition à contrainte :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 5411-6 du code du travail : " Les changements affectant la situation au regard de l'inscription ou du classement du demandeur d'emploi et devant être portés à la connaissance de Pôle emploi, en application du second alinéa de l'article L. 5411-2, sont les suivants : / 1° L'exercice de toute activité professionnelle, même occasionnelle ou réduite et quelle que soit sa durée ; () ". Aux termes de l'article R. 5411-7 du même code : " Le demandeur d'emploi porte à la connaissance de Pôle emploi les changements de situation le concernant dans un délai de soixante-douze heures ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 5425-2 du code du travail : " Lorsque le bénéficiaire de l'allocation de solidarité spécifique reprend une activité professionnelle salariée ou non salariée, la rémunération tirée de l'exercice de cette activité est intégralement cumulée avec le versement de l'allocation de solidarité spécifique pendant une période de trois mois, consécutifs ou non, dans la limite des droits aux allocations restants. / Tout mois civil au cours duquel une activité même occasionnelle ou réduite a été exercée est pris en compte pour le calcul de cette période ". Il résulte de ces dispositions, applicables à compter du 1er septembre 2017, que le bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique est compatible avec la reprise d'une activité professionnelle dans la limite d'une durée de trois mois seulement.

4. En l'espèce, il résulte de l'instruction que l'indu d'allocation de solidarité spécifique mis à la charge de Mme C par la contrainte litigieuse a pour origine l'exercice, par la requérante, d'une activité non salariée entre le 1er juin 2018 et le 31 mars 2019. Il résulte de l'instruction que Mme C est, depuis 2016, la présidente et l'unique associée de la société " Le 111 ", immatriculée au Registre du commerce et des sociétés de Nevers. Si l'intéressée fait valoir qu'elle a toujours informé France-Travail de sa situation, elle n'établit avoir fait part de son activité en qualité de gérante de la société " Le 111 " qu'à l'occasion d'un échange, qui s'est tenu le 23 avril 2019, au cours duquel Mme C a déclaré qu'elle possédait cette société depuis 2016 et qu'elle souhaitait la " déplacer " afin d'exercer une activité de gérante de bar. Par ailleurs, la circonstance, à la supposer établie, qu'elle n'a pas pu bénéficier du revenu de solidarité active, dont le bénéfice lui aurait été verbalement reconnu, en raison d'une erreur informatique d'un agent de France-Travail est sans incidence sur le bien-fondé de l'indu en litige, Mme C ne pouvant utilement faire valoir qu'il convient de déduire de l'indu mis à sa charge les sommes qu'elle aurait du percevoir au titre du revenu de solidarité active et celles qu'elle allègue avoir acquittées au titre du remboursement de l'aide personnalisée au logement, perçue entre mars 2019 et juillet 2019, que la caisse d'allocation familiale lui aurait réclamé. Enfin, la circonstance que son activité, dont la réalité n'est pas contestée, n'a pas généré de ressources n'a pas pour conséquence de placer la requérante en situation de conserver le bénéfice de l'allocation au-delà de la période des trois mois suivant l'ouverture de ses droits à l'allocation de solidarité spécifique, intervenue le 6 mars 2018. Dans ces conditions, il résulte des dispositions précitées de l'article R. 5425-2 du code du travail que la requérante n'avait plus droit à l'allocation de solidarité spécifique à compter du 1er juin 2018 et c'est à bon droit que France-Travail a mis à la charge de l'intéressée l'indu en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que la créance litigieuse n'est pas fondée doit, en tout état de cause, être écarté, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense par France-Travail.

5. Il résulte de tout ce qui précède que l'opposition à contrainte formée par Mme C doit être rejetée ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions tendant à ce que le tribunal procède à un nouveau calcul de la somme restant à sa charge.

En ce qui concerne les conclusions reconventionnelles présentées par France-Travail :

6. France-Travail dispose, en vertu des dispositions des articles L. 5426-8-2, R. 5426-20 et R. 5426-21 du code du travail, des pouvoirs nécessaires pour faire assurer le recouvrement des créances dont il se prévaut. Il n'est par suite pas recevable à demander au tribunal de condamner Mme C à lui verser la somme visée dans la contrainte litigieuse avec intérêt au taux légal.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C la somme demandée par France-Travail au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, en l'absence de dépens dans la présente instance, les conclusions de France-Travail présentées au titre des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par France-Travail sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à France-Travail.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 18 juin 2024.

Le magistrat désigné,

H. B

La greffière

L. Curot

La République mande et ordonne au ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

lc

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