jeudi 23 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2301831 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | MIFSUD ELODIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 juin 2023 et un mémoire enregistré le 11 octobre 2023,
M. C B E, représenté par Me Mifsud, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;
2°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence pour une durée de six mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise sans examen réel et sérieux, dès lors qu'elle est fondée sur des procédures mentionnées au fichier de traitement d'antécédents judiciaires (TAJ) qui ont toutes été classées sans suite ;
- elle a été prise après consultation illégale du fichier automatisé des empreintes digitales ;
- la décision refusant un délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de destination seront annulées par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement ;
- la décision d'interdiction de retour a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise sans examen réel et sérieux ;
- elle sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement ;
- la décision d'assignation a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise sans examen réel et sérieux ;
- elle sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement.
La date de clôture de l'instruction a été fixée au 31 octobre 2023 par une ordonnance du 16 octobre 2023.
Le préfet de la Côte-d'Or, représenté par la SELARL Centaure, a présenté des mémoires en défense, enregistrés le 3 et le 6 novembre 2023, après la clôture de l'instruction, qui n'ont pas été communiqués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les observations de Me Mifsud, représentant M. B E.
Considérant ce qui suit :
1. M. B E, ressortissant tunisien né le 12 mai 1984, est entré régulièrement en France le 21 mai 2011 en tant que conjoint de français. Le divorce de M. B E et de
Mme M. a été prononcé le 18 février 2013. Par arrêté du 28 août 2013, le préfet de la Côte-d'Or a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours au motif que la communauté de vie était rompue. Le recours de M. B E contre cet arrêté a été rejeté par jugement du tribunal du 26 mars 2014. L'intéressé s'est maintenu en France en situation irrégulière et a de nouveau contracté mariage avec son ex-épouse, Mme M. le 15 février 2020. Le 26 avril 2023, il a fait l'objet d'une garde à vue pour des faits de détérioration ou dégradation d'un bien appartenant à autrui, appels téléphoniques malveillants réitérés par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité, menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet, à la suite de la plainte de Mme A, avec laquelle il entretenait une relation extraconjugale. Puis le 26 juin 2023, il a de nouveau fait l'objet d'une garde à vue pour des faits de violences sans incapacité sur personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité. Le 26 juin 2023, le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de 3 ans et l'a assigné à résidence pour une durée de 6 mois. Par la présente requête, M. B E demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. B E.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la compétence de la signataire des décisions :
4. Le préfet de la Côte-d'Or a régulièrement donné délégation, par arrêté du 30 janvier 2023, publié le 2 février 2023 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, à
M. Frédéric Carre, secrétaire général de la préfecture, et en cas de son absence ou empêchement, à Mme Amelle Ghayou, secrétaire générale adjointe, à l'effet de signer les décisions contestées. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de la signataire de ces arrêtés doivent être écartés.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Il procède à une analyse suffisante de la situation personnelle de M. B E et mentionne les motifs qui ont conduit à prononcer à son égard la décision attaquée. Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.
6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B E au vu des éléments qui avaient été portés à sa connaissance, avant de prendre la décision attaquée. L'arrêté contesté mentionne à cet égard que M. B E est défavorablement connu des services de police et que, même si les faits en cause n'ont pas donné lieu à condamnation ou à poursuite pénale, ils démontrent le comportement délictuel de l'intéressé.
M. B E ne peut dès lors utilement se prévaloir de l'absence de condamnation prononcée à son encontre à la date de la décision attaquée pour soutenir que le préfet aurait commis une erreur dans l'examen de sa situation.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".
8. M. B E ne conteste pas s'être maintenu irrégulièrement en France après rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour en tant que conjoint de français. Il entre dès lors dans les prévisions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et pouvait légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Si le préfet de la Côte-d'Or a par ailleurs estimé que son comportement représente une menace pour l'ordre public, un tel motif est surabondant dès lors que la mesure d'éloignement n'est pas fondée sur le 5° de l'article L. 611-1 précité, lequel permet d'éloigner un étranger dont le comportement constitue une menace pour l'ordre public, mais seulement sur le 3° du même article. Ainsi, à supposer même que l'appréciation à laquelle s'est livrée le préfet sur ce point soit erronée, une telle erreur demeurerait sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté. Il en va de même, a fortiori, s'agissant du moyen tiré de l'absence d'habilitation de l'agent ayant consulté le fichier automatisé des empreintes digitales, lequel se rapporte à un motif surabondant et étant, comme tel, dépourvu de portée utile. En outre, aucun élément ne permet d'établir que le préfet n'a pas eu recours pour consulter le fichier aux agents expressément habilités pour consulter ce fichier des services du ministère de l'intérieur et de la gendarmerie nationale.
En ce qui concerne les décisions refusant un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination :
9. Il résulte de ce qui précède que M. B E n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, et n'est par suite pas fondé à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre les décisions refusant un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour :
10. En vertu des articles L. 613-2, L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de sa notification, lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger en tenant compte, pour fixer la durée de cette interdiction de retour, de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.
11. En premier lieu, l'arrêté contesté vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Il procède à une analyse suffisante de la situation personnelle de M. B E et mentionne les motifs qui ont conduit à prononcer à son égard la décision attaquée. Il rappelle la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet et les faits de violence sur conjoint, commis en 2012, et les nouveaux faits pour lesquels il a fait l'objet d'une garde à vue en avril et en juin 2023. Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit être écarté.
12. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B E au vu des éléments qui avaient été portés à sa connaissance, avant de prendre la décision attaquée.
13. En dernier lieu, M. B E n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, et n'est par suite pas fondé à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
14. En premier lieu, le requérant qui n'établit pas l'illégalité des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français, n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, leur illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'arrêté portant assignation à résidence.
15. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Il rappelle que M. B E fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai, et qu'il ne peut immédiatement quitter le territoire français. Par suite, cette décision est suffisamment motivée et le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
16. En dernier lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B E au vu des éléments qui avaient été portés à sa connaissance, avant de prendre la décision attaquée. Si l'intéressé se prévaut d'une relaxe qui aurait été prononcée lors d'une audience du 28 juin 2023, au demeurant postérieurement à la décision en litige, cette circonstance est inopérante, dès lors que la décision d'assignation n'est pas fondée sur les poursuites pénales dont l'intéressé fait l'objet.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
18. L'exécution du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés au litige
19. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à l'avocate de M. B E de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : M. C B E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B E est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B E, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Mifsud.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Océane Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.
La rapporteure,
M-E D
Le président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026