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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301840

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301840

mardi 19 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301840
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantADIDA ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 juin 2023, la société à responsabilité limitée TCFM, représentée par la société d'exercice libéral par actions simplifiée Adida et Associés, demande au tribunal d'annuler la décision du 3 mai 2023 par laquelle le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Bourgogne-Franche-Comté lui a infligé une amende administrative d'un montant total de 1 600 euros et un avertissement.

Elle soutient que :

- la décision est injustifiée, dès lors que le constat initial de l'inspection du travail a été fait quelques jours avant le premier confinement lié à l'épidémie de covid-19, qu'il a été particulièrement difficile de trouver des artisans et entreprises pour réaliser les travaux prescrits, même en tenant compte du délai supplémentaire accordé, que son gérant est souvent en déplacement et qu'il lui est impossible de contrôler en permanence la mise à disposition d'installations sanitaires salubres et que toutes les diligences ont été réalisées pour lever les non-conformités, comme cela a été indiqué par un courriel du 25 janvier 2023 et une lettre du 13 février 2023 ;

- le motif tiré de ce que le dirigeant aurait eu une attitude irrespectueuse et inappropriée le 8 avril 2021 est erroné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2023, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Bourgogne-Franche-Comté conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées par une lettre du 9 octobre 2023 que cette affaire était susceptible, à compter du 27 novembre 2023, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 4 décembre 2023 par une ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Irénée Hugez,

- les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public,

- et les observations de Me Buisson, représentant la société à responsabilité limitée TCFM.

Considérant ce qui suit :

1. Un contrôle a été effectué le 26 février 2020 par l'inspection du travail au sein des locaux de la société à responsabilité limitée TCFM, qui exerce une activité d'installation et de maintenance en chaudronnerie et tuyauterie industrielles à Saint-Laurent-d'Andenay, en périphérie de Montchanin, en Saône-et-Loire, à l'issue duquel l'inspectrice du travail lui a adressé ses observations, assorties de trois mises en demeure relatives à l'insalubrité des cabinets d'aisance, à l'encrassement des murs, des sols et du lavabo de ces cabinets, à l'absence de nettoyage périodique, d'aération et d'assainissement, à l'absence de récipient pour garnitures périodiques, et à la non-conformité des vestiaires collectifs du local de restauration à la réglementation applicable. A l'issue de trois contre-visites inopinées, qui se sont déroulées les 2 février, 9 avril et 25 mai 2021, l'inspecteur du travail a constaté l'absence de levée des non-conformités s'agissant des cabinets d'aisance, hormis le changement du lavabo. L'inspecteur du travail a transmis au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Bourgogne-Franche-Comté un rapport en date du 25 juin 2021 relatif à l'absence de moyens de nettoyage et de séchage ou d'essuyage à proximité du lavabo, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 4228-7 du code du travail, à l'absence de papier hygiénique dans les cabinets d'aisance, en méconnaissance de l'article R. 4228-11 de ce code, à l'absence d'aération dans les cabinets d'aisance en méconnaissance de l'article R. 4228-12 du même code, à l'absence de nettoyage et de désinfection réguliers des cabinets d'aisance, en méconnaissance de l'article R. 4228-13 dudit code, et enfin à l'absence de récipient pour garnitures périodiques dans les cabinets d'aisance réservés aux femmes, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 4228-10 de ce code, demandant la mise en œuvre d'une sanction administrative. Le 3 mai 2023, à l'issue de la procédure contradictoire prévue par l'article R. 8115-10 du même code, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Bourgogne-Franche-Comté a prononcé à l'encontre de la société une amende administrative d'un montant total de 1 600 euros (50 euros par manquement * 4 manquements * 8 salariés), sur le fondement des dispositions de l'article L. 8115-1 du code du travail, et un avertissement pour l'absence de récipient pour garnitures périodiques dans les cabinets d'aisance réservés aux femmes. La SARL TCFM demande au tribunal d'annuler cette décision.

2. D'une part, aux termes de l'article L. 8115-1 du code du travail : " L'autorité administrative compétente peut, sur rapport de l'agent de contrôle de l'inspection du travail mentionné à l'article L. 8112-1, et sous réserve de l'absence de poursuites pénales, soit adresser à l'employeur un avertissement, soit prononcer à l'encontre de l'employeur une amende en cas de manquement : / () 5° Aux dispositions prises pour l'application des obligations de l'employeur relatives aux installations sanitaires, à la restauration et à l'hébergement prévues au chapitre VIII du titre II du livre II de la quatrième partie, ainsi qu'aux mesures relatives aux prescriptions techniques de protection durant l'exécution des travaux de bâtiment et génie civil prévues au chapitre IV du titre III du livre V de la même partie pour ce qui concerne l'hygiène et l'hébergement. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 8115-3 du même code : " Le montant maximal de l'amende est de 4 000 euros et peut être appliqué autant de fois qu'il y a de travailleurs concernés par le manquement. ". Aux termes de l'article L. 8115-4 de ce code : " Pour déterminer si elle prononce un avertissement ou une amende et, le cas échéant, pour fixer le montant de cette dernière, l'autorité administrative prend en compte les circonstances et la gravité du manquement, le comportement de son auteur, notamment sa bonne foi, ainsi que ses ressources et ses charges. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 4228-7 du code du travail : " Les lavabos sont à eau potable. / () Des moyens de nettoyage et de séchage ou d'essuyage appropriés sont mis à la disposition des travailleurs. Ils sont entretenus ou changés chaque fois que cela est nécessaire. ". Aux termes de l'article R. 4228-11 du même code : " Les cabinets d'aisance () sont () pourvus de papier hygiénique. ". Aux termes de l'article R. 4228-12 de ce code : " Les cabinets d'aisance sont aérés conformément aux règles d'aération et d'assainissement du chapitre II et convenablement chauffés. ". A cet égard, l'article R. 4222-4 précise que " dans les locaux à pollution non spécifique, l'aération est assurée soit par ventilation mécanique, soit par ventilation naturelle permanente " et l'article R. 4222-1 prévoit que : " Dans les locaux fermés où les travailleurs sont appelés à séjourner, l'air est renouvelé de façon à : / 1° Maintenir un état de pureté de l'atmosphère propre à préserver la santé des travailleurs ; / 2° Eviter les élévations exagérées de température, les odeurs désagréables et les condensations. ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article R. 4228-13 dudit code : " L'employeur fait procéder au nettoyage et à la désinfection des cabinets d'aisance et des urinoirs au moins une fois par jour. ". Enfin, l'article R. 4228-10 de ce même code prévoit que les cabinets d'aisance réservés aux femmes comportent un récipient pour garnitures périodiques.

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration a prononcé une amende sanctionnant la méconnaissance de la législation en matière d'hygiène, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, de se prononcer non sur les éventuels vices propres de la décision litigieuse mais sur le bien-fondé et le montant de l'amende fixée par l'administration. S'il estime que l'amende a été illégalement infligée, dans son principe ou son montant, il lui revient, dans la première hypothèse, de l'annuler et, dans la seconde, de la réformer en fixant lui-même un nouveau quantum proportionné aux manquements constatés et aux autres critères prescrits par les textes en vigueur.

5. D'une part, la société requérante ne conteste pas la réalité des manquements qui lui sont reprochés, tenant aux faits que, lors des contrôles de l'inspection du travail, les cabinets d'aisance n'étaient pas pourvus de papier hygiénique ni aérés, soit par ventilation mécanique, soit par ventilation naturelle permanente, il n'était pas procédé à leur nettoyage et à leur désinfection au moins une fois par jour, les cabinets d'aisance destinés aux femmes ne comportaient pas de récipient pour garnitures périodiques et aucun moyen de nettoyage et de séchage ou d'essuyage approprié n'était mis à disposition à proximité immédiate du lavabo. Les circonstances selon lesquelles la situation a été régularisée postérieurement au contrôle, la date du constat initial n'a pas permis de procéder à la mise en conformité rapidement, eu égard à l'épidémie de covid-19 et à l'indisponibilité des ouvriers et le gérant de la société est souvent en déplacement de sorte qu'il lui serait impossible d'être plus diligent sont sans incidence sur le bien-fondé de la sanction, la matérialité des faits qui en sont à l'origine s'appréciant à la date du contrôle et non à celle de la décision administrative mettant à la charge de la société l'amende en litige ou lui infligeant un avertissement.

6. D'autre part, l'administration a retenu un montant unitaire de 50 euros. Contrairement à ce que soutient la société requérante, les dispositions précitées de l'article L. 8115-4 du code du travail permettaient à l'administration de tenir compte, comme elle l'a fait, du comportement du chef d'entreprise lors des opérations de contrôle, dont il n'est pas sérieusement contesté qu'il s'est emporté à deux reprises lors de la deuxième contre-visite, manifestant un comportement agressif et discourtois, indiquant qu'il n'était pas possible " d'avancer dans ces conditions ", menaçant de fermer l'entreprise si des suites étaient données, avant de quitter les lieux en claquant la porte sans salutations. Si la société peut également être regardée comme se prévalant, au soutien de la disproportion de la sanction, des mises en conformité auxquelles elle aurait procédé, il résulte de l'instruction, d'une part, que ces mises en conformité ne sont pas établies par les pièces du dossier et d'autre part, qu'à supposer même qu'elles soient intervenues, elles ne l'ont été qu'après trois contre-visites, trois années écoulées et deux séries de mises en demeure, ce qui ne saurait caractériser la bonne foi de la société. Ainsi, en fixant le quantum des amendes à 50 euros par manquement et par salarié, alors que les dispositions précitées de l'article L. 8115-3 du code du travail fixent à 4 000 euros le montant maximal de l'amende, par manquement et par salarié, et en se limitant à un avertissement s'agissant du récipient pour garnitures périodiques, et en tenant compte, outre des éléments précités, des résultats déficitaires de la société et de la gravité des manquements, l'administration n'a pas entaché la décision attaquée de disproportion.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la société à responsabilité limitée TCFM n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 3 mai 2023 par laquelle le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Bourgogne-Franche-Comté lui a infligé une amende administrative d'un montant total de 1 600 euros et un avertissement. Par suite, sa requête doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société à responsabilité limitée TCFM est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée TCFM et à la ministre du travail et de l'emploi.

Copie en sera adressée au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Bourgogne-Franche-Comté.

Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

M. Cherief, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 novembre 2024.

Le rapporteur,

I. Hugez

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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