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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301862

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301862

jeudi 11 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301862
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP BON DE SAULCE LATOUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 juillet 2023, M. C B, représenté par la SCP Bon de Saulce Latour, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2023 par lequel le préfet de la Nièvre l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les décisions attaquées doivent être regardées comme entachées d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 juillet 2023, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une décision du 10 juillet 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Viotti, conseillère, a seul été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 12 octobre 1999 à Kindia, est entré en France le 12 juillet 2016. Par arrêté du 31 décembre 2018, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Le 17 juin 2021, le préfet de la Nièvre a également refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. A la suite de son placement en garde à vue le 18 avril 2023 pour des faits de dégradations de biens privés, outrages, rébellion et menace de mort sur un agent dépositaire de l'autorité publique, le préfet de la Nièvre a, par arrêté du 11 mai 2023, pris à son encontre une troisième obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans. Par la présente requête, M. B en demande l'annulation.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par décision du 10 juillet 2023, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire est devenue sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

3. En premier lieu, par un arrêté du 20 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de la Nièvre a donné délégation à Mme Blandine Georjon, secrétaire générale de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'État dans le département de la Nièvre, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions relatives à l'éloignement des étrangers. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions en litige doit être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. M. B se prévaut de son mariage avec une ressortissante française, Mme A, célébré le 22 octobre 2022. Toutefois, son mariage demeurait récent à la date de la décision attaquée et le requérant ne produit aucun élément permettant d'attester d'une communauté de vie antérieure au mariage et, plus généralement, depuis son incarcération en avril 2023. Nonobstant son épouse, il ne fait état d'aucun lien affectif particulier sur le territoire français, alors qu'il a résidé l'essentiel de son existence en Guinée, où il a nécessairement conservé des attaches. Il ressort également des mentions non contestées de l'arrêté en litige qu'il est défavorablement connu des forces de l'ordre pour des faits de vol en réunion commis le 12 mai 2018, de refus de se soumettre à un prélèvement biologique destiné à l'identification de son empreinte génétique par une personne soupçonnée d'infraction entraînant l'inscription au fichier national des empreintes génétiques (FNAEG), commis le 30 mai 2018 et réitérés le 23 novembre 2020, de refus de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques intégrés dans un fichier de police par une personne soupçonnée de crime ou de délit commis le 30 mai 2018, de menaces de morts réitérées et d'outrage à une personne chargée d'une mission de service public commis le 19 novembre 2020, de refus de se prêter aux prises d'empreintes digitales ou de photographies lors d'une vérification d'identité commis les 23 et 27 novembre 2020, d'outrage à une personne chargée d'une mission de service public et de menace de mort réitérée commis le 27 novembre 2020. Il a également été condamné à trois mois d'emprisonnement avec sursis le 24 novembre 2020 pour menaces de mort réitérées commises le 19 novembre 2020 puis placé en garde à vue le 18 avril 2023 pour des faits d'outrages et menaces de mort à l'encontre d'agents dépositaires de l'autorité publique et dégradations ou détériorations d'un bien appartenant à autrui, faits pour lesquels il a été incarcéré à la maison d'arrêt de Nevers à compter du 20 avril 2023 après comparution immédiate auprès du tribunal judiciaire de Nevers. L'intéressé ne saurait dès lors sérieusement se prévaloir de son insertion dans la société française, dont le respect des lois et des décisions de justice est une composante, cela quand bien même il ait brièvement travaillé au cours de l'année 2021. Il ressort en outre des pièces du dossier qu'il s'est maintenu sur le territoire français en dépit de deux précédentes mesures d'éloignement qui lui ont été notifiées en 2018 et en 2021. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, les décisions en litige n'ont pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises et n'ont donc pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 mai 2023 en tant qu'il l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit à M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. B.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de la Nièvre et à Me de Saulce Latour.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 21 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 janvier 2024.

La rapporteure,

O. ViottiLe président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2301862

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