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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2301863

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2301863

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2301863
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMOUNDOUNGA NTSIGOU SERGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 juillet 2023, Mme B E épouse C, représentée par Me Moundounga, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans ce même délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français doivent être regardées comme entachées d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à leur signataire ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît l'article 6 et le b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît le b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 septembre 1968 ;

- le préfet a méconnu les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle justifie de son intégration dans la société française.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juillet 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une décision du 10 juillet 2023, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance du 23 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Viotti, conseillère, a seul été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante algérienne née le 24 novembre 1980 à Tizi Ouzou, est entrée régulièrement en France le 17 mai 2022 munie d'un passeport algérien revêtu d'un visa de court séjour à entrées multiples, valable du 1er avril 2022 jusqu'au 27 septembre 2022. Le 12 décembre 2022, elle a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " salarié " sur le fondement des dispositions du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 27 mars 2023, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête, Mme C en demande l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne le moyen soulevé à l'encontre de l'ensemble des décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 13 mars 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, le préfet de Saône-et-Loire a donné délégation à Mme A D, directrice de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer notamment les décisions de refus de séjour et celles portant obligation de quitter le territoire français. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention "salarié"; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () / Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis, alinéa 4 (lettres c et d), et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. / Ce visa de long séjour accompagné de pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titre mentionnés à l'alinéa précédent ".

4. Pour refuser à Mme C la délivrance d'un certificat de résidence algérien sur le fondement du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien précité, le préfet de Saône-et-Loire s'est fondé sur l'absence de présentation d'un contrat de travail régulièrement visé et sur l'absence de production d'un visa de long séjour. Chacun de ces motifs, dont aucun n'est contesté par la requérante, suffit légalement à fonder le rejet de sa demande. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ".

6. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. En revanche, lorsque le préfet, statuant sur la demande de titre de séjour, examine d'office si l'étranger est susceptible de se voir délivrer un titre sur un autre fondement, tous les motifs de rejet de la demande, y compris donc les motifs se prononçant sur les fondements examinés d'office par le préfet, peuvent être utilement contestés devant le juge de l'excès de pouvoir.

7. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme C ait déposé une demande de titre de séjour sur le fondement du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, ni que le préfet de Saône-et-Loire ait examiné d'office si elle pouvait s'en prévaloir. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien précitées est inopérant.

8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme C résidait en France depuis seulement dix mois à la date de la décision attaquée. Si elle se prévaut de la présence en France de plusieurs " membres de la famille " et verse à l'appui de ses allégations quatre attestations rédigées par des cousines et deux autres émanant de personnes dont il n'est pas précisé la nature du lien familial qui les unirait à la requérante, ces seules attestations, rédigées en des termes peu circonstanciés, ne suffisent pas à justifier de l'intensité et de l'ancienneté des liens qu'ils entretiendraient avec la requérante. De surcroît, il est constant qu'elle n'est pas isolée dans son pays d'origine, où elle a résidé l'essentiel de son existence et où demeurent encore sa mère et son époux. Si Mme C fait valoir que les violences conjugales qu'elle subissait l'ont conduite à se séparer de ce dernier, elle n'en justifie pas. Par ailleurs, il n'est fait état d'aucun obstacle à ce que la scolarité de ses trois enfants mineurs se poursuive en Algérie, la requérante faisant au demeurant elle-même valoir qu'ils ont " toujours fréquenté des écoles françaises en Algérie ". Enfin, la seule circonstance qu'elle soit titulaire d'une promesse d'embauche ne caractérise pas, par elle-même, une intégration professionnelle ou sociale particulière sur le territoire français. Compte tenu de la durée et des conditions de séjour en France de Mme C, le préfet de Saône-et-Loire n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. La décision en litige n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme C de ses enfants, lesquels pourront la suivre en cas de retour en Algérie et y poursuivre leur scolarité. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Selon l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

12. En l'espèce, la décision refusant à Mme C un titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent. Elle indique que l'intéressée a sollicité un certificat de résidence algérien portant la mention " salarié " sur le fondement des stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, avant de conclure qu'elle n'en remplit pas les conditions, faute de justifier d'un contrat de travail visé par l'autorité administrative et d'un visa de long séjour. Dans la mesure où la décision lui refusant un titre de séjour est suffisamment motivée, la décision portant obligation de quitter le territoire français, fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dûment visé, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte, conformément à l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

13. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier que le préfet de Saône-et-Loire aurait négligé de procéder à un examen attentif et complet de la situation de Mme C.

14. En troisième lieu, Mme C ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

15. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

16. Compte tenu de la situation privée et familiale de Mme C telle qu'exposée au point 8, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

17. En dernier lieu, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, prohibant les traitements inhumains ou dégradants, est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire, qui n'emporte pas, par elle-même, l'éloignement de la requérante à destination de l'Algérie.

18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 27 mars 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit à Mme C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E épouse C, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Moundounga.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 9 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

La rapporteure,

O. ViottiLe président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2301863

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