jeudi 16 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2301959 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | ROTHDIENER GAËTAN |
Vu la procédure suivante :
I/ Par une requête enregistrée le 10 juillet 2023 sous le n° 2301959, M. B D, représenté par Me Rothdiener, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 juillet 2023 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin aux conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de rétablir rétroactivement les conditions matérielles d'accueil à son profit ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
-la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
-elle est entachée d'erreur de droit, dès lors qu'il ne s'agit pas d'un refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil ;
- cette décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation sa situation justifiant son refus d'embarquer.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 novembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés et qu'au surplus,
M. et Mme D n'ont pas procédé au renouvellement de leurs attestations de demande d'asile pendant plusieurs mois et leurs démarches n'ont été entamées que tardivement à l'expiration du délai de transfert.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du
2 octobre 2023.
II/Par une requête enregistrée le 19 janvier 2024 sous le n° 2400185, M. B D, représenté par Me Rothdiener, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 janvier 2024, par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin, le concernant, au bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;
2°) de faire injonction à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, cela avec effet rétroactif, dans les quinze jours suivant la notification de l'ordonnance à venir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée, tant en droit qu'en fait ;
- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière, sans qu'il ait été préalablement mis à même de présenter ses observations, comme l'exigent les articles L. 551-16 et D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation au regard du 3° de ce même article L. 551-16, le défaut de production de l'attestation de demande d'asile, qui au demeurant n'est en l'espèce imputable qu'à l'autorité préfectorale, ne pouvant caractériser un non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile, au sens de ce texte ;
- elle a été prise en violation de l'article D. 553-25 du même code, lequel prévoit seulement la suspension, non la cessation, des conditions matérielles d'accueil en cas de défaut de validité de l'attestation de demande d'asile, et réserve expressément le cas où, comme en l'espèce, cette situation est imputable à l'administration.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 août 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- les observations de Me Rothdiener représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant arménien, est entré en France à une date indéterminée, accompagné de son épouse et de leur fils mineur. Il a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié et a ainsi bénéficié, à compter du 28 octobre 2022, des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile. Par décision du 3 juillet 2023, la directrice territoriale de Dijon de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin à ces conditions matérielles d'accueil au motif que M. D, qui avait entre-temps fait l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités polonaises pris le 3 avril 2023 par le préfet du Doubs dans le cadre du dispositif dit " C A ", s'était soustrait à l'exécution de cette mesure. Par ordonnance du 25 juillet 2023, le juge des référés de ce tribunal a suspendu l'exécution de cette décision et enjoint à l'OFII de rétablir provisoirement les conditions matérielles d'accueil de M. D. Par lettre du 17 novembre 2023, l'OFII a invité M. D à lui transmettre, afin d'assurer l'exécution de cette ordonnance de référé, une attestation de demande d'asile en cours de validité. L'intéressé n'ayant pu communiquer un tel document, la directrice régionale de Dijon de l'OFII a de nouveau pris, le 5 janvier 2024, une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil. Par ordonnance du 30 janvier 2024, le juge des référés de ce tribunal a suspendu l'exécution de cette décision et enjoint à l'OFII de rétablir provisoirement les conditions matérielles d'accueil de M. D.
2. Par les requêtes susvisées, M. D demande l'annulation des décisions du
3 juillet 2023 et du 5 janvier 2024. Il y a lieu de joindre ces deux requêtes, qui portent sur la situation d'un même demandeur d'asile au regard de son droit aux conditions matérielles d'accueil, afin qu'il y soit statué par un jugement unique.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 3 juillet 2023 :
3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que l'OFII a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil au profit de M. D, son épouse et leur enfant, au motif que l'intéressé et son épouse ont refusé, le 11 mai 2023, d'embarquer dans l'avion devant les éloigner vers la Pologne en exécution de deux arrêtés de transfert du 3 avril 2023. Il est toutefois établi par les pièces versées à l'instruction que M. D, qui est atteint d'une insuffisance rénale chronique terminale, bénéficie de séances de dialyse trois fois par semaine depuis le mois de décembre 2022 et que le 11 mai 2023, date à laquelle il devait prendre un avion à destination de Varsovie à 9h30, il se trouvait au centre hospitalier de Chalon-sur-Saône où il a bénéficié d'une séance de dialyse de 7h00 à 11h30. Il est également établi que le médecin de l'OFII a, le 2 décembre 2022, émis un avis indiquant que l'intéressé ne devait pas être transféré compte tenu de sa situation médicale. Dès lors, dans les circonstances particulières de l'espèce, M. D est fondé à soutenir que la décision du
3 juillet 2023 est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article
L. 551-16 de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
5. L'OFII soutient que la décision en litige était justifiée, dès lors que M. et Mme D n'ont pas procédé au renouvellement de leurs attestations de demande d'asile pendant plusieurs mois et que leurs démarches n'ont été entamées que tardivement à l'expiration du délai de transfert. Toutefois, à supposer que l'OFII ait ainsi entendu demander une substitution de motifs, il ressort des pièces du dossier que les intéressés, qui ont déposé une demande d'asile le 7 novembre 2022, étaient, à la date de la décision litigieuse, en possession d'attestations de demande d'asile valables jusqu'au 2 août 2023, de sorte que le motif dont la substitution est demandée repose en tout état de cause sur des considérations inexactes.
6. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés,
M. D est fondé à demander l'annulation de la décision de l'OFII du 3 juillet 2023.
Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision du 5 janvier 2024 :
7. Aux termes de l'article D. 553-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des dispositions de l'article L. 551-14, le défaut de validité de l'attestation de demande d'asile entraîne la suspension des droits à l'allocation, sauf s'il est imputable à l'administration ".
8. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 5 janvier 2024 par laquelle l'OFII a décidé une seconde fois de mettre fin aux conditions matérielles de la famille D se fonde sur la circonstance que celle-ci n'aurait pas produit les informations utiles à l'instruction de leur demande.
9. Il ressort des pièces du dossier que par courrier du 15 novembre 2023, l'OFII a demandé à M. D de lui fournir son attestation de demande d'asile, à laquelle M. D n'a pu donner suite. Il établit toutefois par les pièces produites que des démarches ont été entreprises auprès de la préfecture du Doubs en vue de l'enregistrement de sa demande d'asile, démarches qui sont demeurées sans réponse.
10. Par suite, l'absence de détention d'une attestation de demande d'asile ne pouvait être regardée comme imputable à M. D. En tout état de cause, le défaut de validité de l'attestation de demande d'asile peut seulement, en vertu des dispositions de l'article D. 553-25 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, entraîner la suspension et non la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil, et une telle situation ne peut être regardée comme caractérisant une méconnaissance des exigences des autorités chargées de l'asile au sens de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés, que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision de l'OFII du 5 janvier 2024.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
12. L'exécution du présent jugement, qui annule les décisions du 3 juillet 2023 et du
5 janvier 2024 n'implique pas qu'il soit enjoint à l'OFII de rétablir au profit de M. D le bénéfice des conditions matérielles d'accueil antérieurement à la plus ancienne de ces deux dates. En revanche, eu égard aux motifs d'annulation qui fondent le jugement, son exécution implique nécessairement que l'OFII rétablisse M. D dans l'intégralité de ses droits aux conditions matérielles d'accueil au titre des périodes en litige, sous déduction des sommes déjà versées, et ce jusqu'à la date à laquelle il a cessé de remplir les conditions pour en bénéficier. Il y a ainsi lieu d'enjoindre à l'OFII de procéder à un tel rétablissement, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. D tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
DÉCIDE :
Article 1er : Les décisions de la directrice territoriale de l'OFII du 3 juillet 2023 et du 5 janvier 2024 sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint à l'OFII de rétablir M. D dans l'intégralité de ses droits aux conditions matérielles d'accueil au titre de la période en litige sous déduction des sommes déjà versées, et ce jusqu'à la date à laquelle il a cessé de remplir les conditions pour en bénéficier, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Rothdiener.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 18 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère
Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2025.
La rapporteure,
M-E E
Le président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
2 N° 2400185
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026