mardi 30 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2301980 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 juillet 2023, M. A B demande au tribunal d'annuler la décision du 5 mai 2023 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a refusé de faire droit à sa demande tendant à la délivrance d'une autorisation préalable en vue de suivre une formation aux métiers de la sécurité privée.
Il soutient que :
- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie, qu'il est pompier volontaire et pratique le tir à l'arc qui est une activité nécessitant du calme et de la concentration.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 novembre 2023, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Nicolet, président-rapporteur,
- et les conclusions de M. Bataillard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a sollicité le 24 février 2023 la délivrance de l'autorisation préalable prévue par les dispositions de l'article L. 612-22 du code de la sécurité intérieure afin de suivre une formation aux métiers de la sécurité privée. Cette demande a été rejetée par le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité par une décision du 5 mai 2023. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 612-22 du code de la sécurité intérieure : " L'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle est soumis à la délivrance d'une autorisation préalable, fondée sur le respect des conditions fixées aux 1°, 2° et 3° de l'article L. 612-20 " Aux termes de l'article L. 612-20 de ce même code : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / () 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () ".
3. Il résulte des dispositions précitées que lorsqu'elle est saisie d'une demande d'autorisation préalable d'accès à une formation pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-42 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.
4. Pour rejeter la demande de M. B tendant à la délivrance de l'autorisation préalable prévue par les dispositions précitées de l'article L. 612-22 du code de la sécurité intérieure afin de suivre une formation aux métiers de la sécurité privée, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité s'est fondé sur la circonstance que le requérant a été mis en cause en qualité d'auteur pour des faits de violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et de violence commise en réunion suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, commis les 25 et 26 avril 2018, ce qui révélait un comportement de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes et constituait des faits contraires à la probité.
5. En premier lieu, en se bornant à livrer sa version des faits et à alléguer, sans en justifier, avoir porté plainte contre son épouse, le requérant ne produit aucun élément permettant de remettre en cause la matérialité des faits qui lui sont reprochés. Au surplus, les mentions " violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité " et " violence commise en réunion suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours " figurent sur l'extrait du fichier de traitement des antécédents judiciaires de l'intéressé, édité le 28 février 2023, et le requérant admet avoir fait l'objet d'un rappel à la loi pour ces faits. Par suite, le requérant, qui ne conteste pas sérieusement la matérialité des faits qui lui sont reprochés, n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur de fait.
6. En second lieu, M. B, qui ne conteste pas sérieusement la matérialité des faits qui lui sont reprochés, soutient qu'il est pompier volontaire et qu'il pratique le tir à l'arc, activité nécessitant une certaine concentration et un certain calme. Toutefois, et alors même que sa pratique du tir à l'arc lui permettrait de progresser dans la maîtrise de soi, cette circonstance est sans influence sur la légalité de la décision attaquée, les faits qui lui sont reprochés, bien qu'isolés, datés de cinq ans à la date de la décision attaquée, sont récents et constituent des actes graves de violence et d'atteinte à la sécurité des personnes, incompatibles avec l'exercice d'une activité privée de sécurité. Dans ces conditions, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article 612-20 du code de la sécurité intérieure.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au Conseil national des activités privées de sécurité.
Délibéré après l'audience du 22 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
Mme Hascoët, première conseillère,
M. Cherief, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.
Le président-rapporteur,
P. Nicolet
L'assesseure le plus ancien,
P. Hascoët
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au ministère de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
lc
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