jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2302025 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET CLEMANG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 juillet 2023 et 16 avril 2024, M. A B, représenté par Me Clemang, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé de procéder au retrait ou à l'abrogation de l'arrêté du 13 janvier 2023 portant, d'une part, retrait de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié ", d'autre part, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de destination.
2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui restituer son titre de séjour pluriannuel ou, à tout le moins, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ".
Il soutient que :
- son recours est recevable, dès lors qu'il présente des éléments nouveaux et que, le cas échéant, il conviendra de requalifier sa demande d'abrogation en demande de retrait, laquelle, s'agissant d'un acte individuel non créateur de droits illégal est possible sans condition de délai ;
- l'arrêté du 13 janvier 2023 est entaché d'erreur de droit et d'erreur de fait, dès lors que le préfet a considéré à tort qu'il n'était plus employé par la société Eurotrans, laquelle se trouve en situation de redressement judiciaire, et qu'il lui était loisible de cumuler plusieurs emplois ;
- cet arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 avril 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable, faute de justifier d'un changement de droit ou de circonstances de faits postérieur à l'arrêté du 13 janvier 2023, lequel est devenu définitif ;
- à titre subsidiaire, la demande présentée par le requérant doit être regardée comme un recours gracieux exercé plus de deux mois après la notification de la décision attaquée.
Par une ordonnance du 10 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 avril 2024.
Par un courrier du 28 mai 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite du 7 juin 2023 en tant qu'elle refuse de procéder au retrait de l'arrêté du 13 janvier 2023, décision qui n'existe pas, faute pour le requérant d'avoir adressé une telle demande au préfet.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viotti, conseillère,
- les observations de Me Clemang, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 18 mai 1987 à Midelt, est entré en France le 4 septembre 2016 sous couvert d'un visa de court séjour valant titre de séjour obtenu en qualité de conjoint de français. Il a ensuite bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle valable du 25 octobre 2017 au 24 octobre 2019. Puis, ayant divorcé, M. B a obtenu une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " valable du 13 février 2020 au 12 février 2021 et s'est ensuite vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle en cette qualité, valable du 13 juillet 2021 au 12 juillet 2025. Par arrêté du 13 janvier 2023, le préfet de la Côte-d'Or lui a retiré ce titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. A la suite de son interpellation par les gendarmes le 8 mars 2023, le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence par arrêté du 8 mars 2023. Le recours formé par M. B à l'encontre de cet arrêté a été rejeté par un jugement n° 2300643 rendu par la magistrate désignée par le président du tribunal le 15 mars 2023. L'intéressé a ensuite demandé au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre la décision du préfet de la Côte-d'Or de mettre à exécution la mesure d'éloignement du 13 janvier 2023 et d'ordonner qu'il soit mis fin à son placement en rétention. Par une ordonnance n° 2301182 du 4 mai 2023, le juge des référés a refusé de faire droit à cette demande. Par l'intermédiaire de son conseil, M. B a ensuite demandé au préfet d'abroger l'arrêté du 13 janvier 2023, demande reçue le 7 avril 2023 par les services de la préfecture. Une décision implicite de rejet est née le 7 juin 2023 du silence gardé par le préfet de la Côte-d'Or pendant deux mois sur cette demande. M. B en demande l'annulation.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne l'étendue du litige :
2. Par un courrier du 30 mars 2023 dont les termes sont dépourvus d'ambigüité, le conseil de M. B a, ainsi qu'il a été dit, demandé au préfet de la Côte-d'Or d'abroger pour l'avenir l'arrêté du 13 janvier 2023. Cette demande a été reçue le 7 avril suivant et a donné lieu à une décision implicite de rejet née le 7 juin 2023. Par suite, le requérant, qui n'a pas sollicité le retrait de cet arrêté, n'est pas recevable à demander l'annulation de la décision implicite de rejet du 7 juin 2023 en tant qu'elle refuse d'y procéder.
En ce qui concerne la demande d'abrogation :
3. L'arrêté du 13 janvier 2023, qui emporte retrait de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié " de M. B et, par voie de conséquence, obligation de quitter le territoire français, est fondé sur la circonstance qu'il ne bénéficiait plus d'un contrat à durée indéterminée et qu'il effectuait des missions en qualité d'intérimaire.
4. Aux termes de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé ".
5. Il appartient à tout intéressé de demander à l'autorité compétente de procéder à l'abrogation d'une décision illégale non réglementaire qui n'a pas créé de droits, si cette décision est devenue illégale à la suite de changements dans les circonstances de droit ou de fait postérieurs à son édiction.
6. Les pièces que le requérant estime propres à démontrer que le préfet s'est mépris sur sa situation en relevant qu'il n'était plus sous contrat de travail à durée indéterminée au sein de la société Eurotrans, dont il est en outre le gérant, sont antérieures à l'arrêté du 13 janvier 2023 et auraient pu être produites dans le cadre de la procédure contradictoire qui en a précédé l'édiction, puis à l'appui d'un recours contentieux formé contre lui. Elles ne caractérisent donc en rien l'existence d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait survenu depuis l'intervention de l'arrêté du 13 janvier 2023. Si M. B se prévaut d'un jugement rendu par le tribunal de commerce le 19 décembre 2023 ayant arrêté le plan de redressement judiciaire de la société Eurotrans, cette circonstance, en tout état de cause postérieure à la décision implicite du 7 juin 2023, ne saurait avoir eu pour effet de rendre illégal l'arrêté du 13 janvier 2023. Enfin, l'intéressé fait valoir que cet arrêté méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale, tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il vit avec une ressortissante française depuis plus de trois ans et qu'il possède le centre de ses attaches familiales en France. Toutefois, aucun de ces éléments ne constitue une circonstance de fait ou de droit postérieure à l'édiction de cet arrêté.
7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposée en défense, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite du 7 juin 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Si une personne publique qui n'a pas eu recours au ministère d'avocat peut néanmoins demander au juge le bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais spécifiques exposés par elle à l'occasion de l'instance, elle ne saurait se borner à faire état d'un surcroît de travail de ses services et doit faire état précisément des frais qu'elle aurait exposés pour défendre à l'instance. Dès lors que le préfet de la Côte-d'Or ne fait pas précisément état des frais que l'Etat aurait exposés pour défendre à l'instance, sa demande ne peut qu'être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Côte-d'Or.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Valérie Zancanaro, première conseillère,
Mme Océane Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.
La rapporteure,
O. ViottiLe président,
O. Rousset
La greffière,
C. Sivignon
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2302025
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026