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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302037

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302037

vendredi 21 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302037
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantBEN HADJ YOUNES SANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Ben Hadj Younès, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 juillet 2023 par lequel le préfet de la Côte d'Or l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- l'arrêté portant assignation à résidence est insuffisamment motivé ;

- les modalités de l'assignation à résidence sont entachées d'erreur d'appréciation et apparaissent disproportionnées au regard de la finalité de la mesure.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Desseix en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 20 juillet 2023 à 15h00.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Desseix, magistrate désignée ;

- les observations de Me Ben Hadj Younès, représentant M. A, qui reprend les arguments et moyens présentés à l'appui de sa requête,

- les observations de Mme C, représentant le préfet de la Côte d'Or, qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant turc né le 15 mai 1991, est entré en France le 23 février 2017 muni d'un visa de court séjour valable jusqu'au 13 mars 2017. Le 13 décembre 2017, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Le 8 avril 2021, M. A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement, d'une part, de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, de l'article L. 435-1 du même code. Par un arrêté du 5 décembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office. Par un jugement n°2300743 du 10 juillet 2023, le Tribunal administratif de Dijon a rejeté la requête de l'intéressé tendant à l'annulation de cet arrêté. Par un arrêté du 15 juillet 2023, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Côte d'Or l'assigné à résidence, pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas l'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Contrairement à ce que soutient le requérante l'autorité administrative n'était tenue pas de préciser les motifs pour lesquels elle a estimé que l'éloignement de l'intéressée demeure une perspective raisonnable. La décision attaquée n'a ainsi pas méconnu l'exigence de motivation mentionnée à l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

6. M. A soutient que les modalités d'application de la mesure d'assignation sont disproportionnées, dès lors que l'assignation à résidence sur le territoire de la commune de Chenôve entrave gravement sa liberté de circulation et que l'obligation quotidienne de pointage au commissariat lui impose des contraintes excessives. Toutefois l'intéressé ne fait état d'aucune circonstance particulière qui nécessiterait des déplacements hors de la commune de Chenôve. Il ne produit par ailleurs aucun autre justificatif de quelle que nature que ce soit tendant à démontrer qu'il serait dans l'impossibilité de se rendre quotidiennement au commissariat de Dijon à l'horaire prévu par la mesure d'assignation à résidence. Enfin, le préfet n'était pas tenu de fixer l'obligation de pointage au commissariat de Chenôve, lieu de résidence de l'intéressé, lequel n'allègue d'ailleurs pas que ce commissariat serait plus facilement accessible pour lui que celui de Dijon. Le moyen tiré du caractère disproportionné des modalités d'application de la mesure d'assignation à résidence doit, par suite, être écarté.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les conclusions de la requête de M. A sont, pour le surplus, rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à B A, au préfet de la Côte d'Or et à Me Ben Hadj Younès.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2023.

La magistrate désignée,

M. DESSEIXLe greffier,

J. TESTORI

La République mande et ordonne au préfet de la Côte d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier

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