mardi 15 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2302055 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 juillet 2023, M. E D, représenté par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Alciat-Juris, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2023 par lequel le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse lui a infligé la sanction de révocation ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse de le réintégrer sur son poste de professeur de (ANO)mathématiques(/ANO) au collège de et de reconstituer sa carrière et ses droits sociaux et à la retraite, à compter du 2 juin 2023, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse de procéder à la suppression, dans son dossier, de toute mention relative à la décision de sanction, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de deux cents euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que le signataire de la décision attaquée a reçu délégation à cet effet du ministre ;
- il a été privé de la possibilité de consulter son dossier individuel avant la tenue du conseil de discipline, malgré sa demande du 15 décembre 2022, sa saisine de la Commission d'accès aux documents administratifs, sa relance du 7 mars 2023, demeurées sans réponse avant le 22 mars 2023 et n'a reçu cette copie que le 4 avril 2023 malgré son envoi diligent le jour même de la somme réclamée le 22 mars 2023 pour la copie des documents ; il a, ce faisant, été privé de la garantie attachée aux droits de la défense, prévue par l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 et par l'article L. 532-4 du code général de la fonction publique ;
- en outre, il n'a jamais eu communication du procès-verbal de synthèse établi le 17 décembre 2019 par les services de gendarmerie de , alors que ce procès-verbal revêt un caractère essentiel dans les motifs de la décision ministérielle attaquée ; il a également, ce faisant, été privé de la garantie attachée aux droits de la défense ;
- à titre principal, la décision est entachée d'une erreur de fait, dès lors que l'arrêt de la cour d'appel de a été cassé par l'arrêt du 15 novembre 2022 de la Cour de cassation, que l'autorité de la chose jugée au pénal ne peut lui être opposée, que Mme A était majeure lorsque leur relation a débuté, que les déclarations de celle-ci sont contradictoires car elle a été forcée à témoigner par la gendarmerie, qu'il conteste l'existence d'une expertise contradictoire de ses appareils électroniques, qu'il n'est pas établi qu'il aurait détenu une photographie dénudée du petit frère de Mme A, qu'il s'est rétracté des propos qu'il a tenus devant les gendarmes, que le handicap mental dont il est atteint est de nature à remettre en cause la fiabilité de ses déclarations initiales, comme le mentionne l'expertise du docteur F ;
- à titre subsidiaire, le ministre a commis une erreur de droit, dès lors que l'expertise psychiatrique ordonnée par le tribunal correctionnel de Nevers conclut à l'abolition de son discernement et du contrôle de ses actes, en raison des troubles psychiques dont il est atteint.
Par trois mémoires en défense, enregistrés les 12 et 19 décembre 2024 et 31 janvier 2025, la ministre de l'éducation nationale conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées par une lettre du 23 décembre 2024 que cette affaire était susceptible, à compter du 20 janvier 2025, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 18 février 2025 par ordonnance du même jour.
La ministre d'État, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche a produit, à la demande du tribunal, des pièces complémentaires, enregistrées le 24 février 2025, qui ont été communiquées dans les conditions prévues par les dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi du 22 avril 1905 portant fixation du budget des dépenses et des recettes de l'exercice 1905 ;
- le décret n° 84-961 du 25 octobre 2004 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Irénée Hugez,
- et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. E D, professeur certifié de mathématiques, a été affecté à compter du 1er septembre 2015 au collège de . A la suite d'un signalement adressé à l'inspection académique par la principale du collège, relatif à l'attitude inapproprié de M. D à l'égard d'une élève de classe de quatrième, une perquisition a été réalisée au domicile de l'intéressé ayant permis la découverte de photographies à caractère pédo-pornographique, parmi lesquelles ont été trouvés des clichés dénudés d'une autre élève du collège, laquelle les lui avait envoyés de sa propre initiative ou à sa demande. Des poursuites pénales pour détention d'images de mineurs présentant un caractère pornographique, corruption de mineur de quinze ans et corruption de mineur de plus de quinze ans ont été engagées à l'encontre de M. D, qui a également été placé sous contrôle judiciaire avec interdiction d'exercer toute activité impliquant un contact habituel avec les mineurs. L'intéressé a été suspendu de ses fonctions à titre conservatoire à compter du 10 février 2020 pour une durée initiale de quatre mois. Cette suspension a été prolongée à plusieurs reprises et interrompue par plusieurs périodes au cours desquelles l'intéressé a été placé en congé de maladie. Par une lettre du 15 novembre 2022, le recteur de l'académie de Dijon a informé l'intéressé de l'engagement d'une procédure disciplinaire. A l'issue de sa séance du 27 mars 2023, la commission administrative paritaire compétente à l'égard des professeurs certifiés, siégeant en formation disciplinaire, a rendu un avis favorable à la sanction de révocation, par vingt-quatre voix pour et treize contre. Par un arrêté du 10 mai 2023, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse a prononcé la sanction de révocation à l'encontre de M. D. Celui-ci demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. En premier lieu, aux termes des deux premiers alinéas de l'article premier du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions ou à compter de l'enregistrement de cet acte au recueil spécial mentionné à l'article L. 861-1 du code de la sécurité intérieure, lorsqu'il est fait application de cet article, ou à compter du jour où cet acte prend effet, si ce jour est postérieur, peuvent signer, au nom du ministre ou du secrétaire d'Etat et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : / 1° Les secrétaires généraux des ministères, les directeurs d'administration centrale, les chefs des services à compétence nationale mentionnés au premier alinéa de l'article 2 du décret du 9 mai 1997 susvisé et les chefs des services que le décret d'organisation du ministère rattache directement au ministre ou au secrétaire d'Etat ; ".
3. Par un décret du 22 octobre 2022, régulièrement publié au Journal officiel de la République française du lendemain, le Président de la République a nommé M. Boris Melmoux-Eude, conseiller référendaire à la Cour des comptes, directeur général des ressources humaines du ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse, du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche et du ministère des sports et des jeux olympiques et paralympiques. Dès lors, M. G était compétent pour signer la décision attaquée du 10 mai 2023. Par suite, le moyen soulevé, qui manque en fait, doit, pour ce motif, être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 : " Tous les militaires, tous les employés et ouvriers de toutes administrations publiques ont droit à la communication personnelle et confidentielle de toutes les notes, feuilles signalétiques et tous autres documents composant leur dossier, soit avant d'être l'objet d'une mesure disciplinaire ou d'un déplacement d'office, soit avant d'être retardé dans leur avancement à l'ancienneté. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 532-4 du code général de la fonction publique : " Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes. ". Aux termes de l'article premier du décret du 25 octobre 1984 relatif à la procédure disciplinaire concernant les fonctionnaires de l'État : " L'administration doit dans le cas où une procédure disciplinaire est engagée à l'encontre d'un fonctionnaire informer l'intéressé qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel et de tous les documents annexes et la possibilité de se faire assister par un ou plusieurs défenseurs de son choix. / Les pièces du dossier et les documents annexes doivent être numérotés. ".
5. En application de ces dispositions, et en vertu du principe général des droits de la défense, le fonctionnaire qui fait l'objet d'une procédure disciplinaire doit être informé des insuffisances qui lui sont reprochées et mis à même de demander la communication de son dossier.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été informé le 15 novembre 2022 par le recteur de l'académie de Dijon de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre, de sa convocation devant la commission administrative paritaire académique compétente à l'égard des professeurs certifiés, siégeant en formation disciplinaire, le 24 janvier 2023 et notamment de son droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel, soit par consultation, avec l'assistance d'un ou plusieurs défenseurs de son choix, soit par l'envoi de ces pièces, sous réserve d'en acquitter les frais de reproduction. Par une lettre du 15 décembre 2022 de son conseil, reçue le 20 décembre 2022, M. D a notamment informé le recteur qu'il réfutait l'ensemble des accusations portées à son encontre, qu'il ne serait ni présent ni représenté lors de la séance du 24 janvier 2023 de la commission administrative paritaire, mais qu'il sollicitait la copie et l'envoi postal de l'ensemble des pièces de son dossier individuel postérieures au 10 novembre 2019. Cette séance a d'abord été annulée par une lettre du 13 janvier 2023. M. D a de nouveau été informé, par une lettre du 20 février 2023 du recteur de l'académie de Dijon de l'engagement d'une procédure disciplinaire à son encontre, de sa convocation devant la commission administrative paritaire académique compétente à l'égard des professeurs certifiés, siégeant en formation disciplinaire, le 27 mars 2023 et notamment de son droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel, soit par consultation, avec l'assistance d'un ou plusieurs défenseurs de son choix, soit par l'envoi de ces pièces, sous réserve d'en acquitter les frais de reproduction. Par une lettre du 6 mars 2023, en réponse à celle du 15 décembre 2022, le recteur a informé M. D du coût de 39,28 euros correspondant à la reproduction des 160 pages de documents composant son dossier et à l'affranchissement du courrier, l'a invité à lui adresser le règlement correspondant et l'a informé de l'envoi des copies à réception de ce règlement. Il ressort des pièces du dossier que cette lettre, adressée simultanément au conseil de M. D, a été envoyée tout à la fois par courrier postal et par courriel le 6 mars 2023, sur son adresse professionnelle, à l'intéressé, qui ne le conteste pas dans la présente instance, que cette lettre a été présentée le 9 mars 2023 au domicile de M. D, puis mise en instance et n'a pas été retirée, que son conseil a été avisé par courriel le 14 mars 2023 de l'absence de paiement de la somme demandée, qu'à l'occasion de sa réponse tardive, une semaine plus tard, ce conseil a été informé de la mise en instance du pli contenant la lettre du 6 mars 2023 et de la décision du recteur d'adresser à l'intéressé, malgré l'absence de règlement, les pièces de son dossier. M. D n'a envoyé le règlement du coût des copies et de l'affranchissement que le 22 mars 2023 au plus tôt. Le pli contenant ces documents, envoyé le 21 mars 2023, a été présenté au domicile de l'intéressé le 23 mars 2023, puis mis en instance et retiré seulement le 4 avril 2023, postérieurement à la tenue du conseil de discipline. M. D a ainsi été mis à même d'assurer la défense de ses intérêts, de prendre connaissance au rectorat du dossier administratif individuel le concernant et d'en obtenir une copie moyennant le règlement des frais occasionnés. La possibilité lui a également été offerte de consulter une copie de son dossier à son domicile, adressée par voie postale, sous réserve de régler également les frais d'affranchissement correspondants. Faute pour l'intéressé de prendre connaissance de ses courriels, de retirer de manière diligente les plis recommandés qui lui ont été adressés et d'avoir donné suite aux demandes de règlement dont il a fait l'objet, dont il ne pouvait au demeurant ignorer la nécessité, l'administration n'était pas tenue de lui transmettre par voie postale une copie de son dossier. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, et nonobstant le délai avec lequel le recteur a adressé à M. D la facture du coût des copies, M. D a lui-même fait obstacle à la communication de son dossier. Alors qu'il a, au demeurant, présenté des observations écrites, en date du 7 mars 2023, en vue de la séance du conseil de discipline du 27 mars 2023, sans attendre la communication des pièces de son dossier, qu'il a lui-même indiqué à cette occasion qu'il n'avait rien à ajouter et qu'il ne serait ni présent ni représenté lors de la séance du 27 mars 2023, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé de la garantie liée aux droits de la défense et que la décision attaquée serait ainsi intervenue au terme d'une procédure irrégulière.
7. En troisième lieu, M. D soutient qu'il n'a jamais eu communication du procès-verbal de synthèse établi le 17 décembre 2019 par les services de gendarmerie de La Charité-sur-Loire, alors que ce procès-verbal revêt un caractère essentiel dans les motifs de la décision ministérielle attaquée. Il ressort des énonciations mêmes de la décision attaquée que les pages du procès-verbal de synthèse du 17 décembre 2019, établi par les services de gendarmerie de , et au demeurant produit à l'instance par le ministre en défense, faisait partie des pièces administratives du dossier de M. D, numérotées III-336 à III-337. D'une part, alors qu'il n'est pas contesté que le dossier de l'intéressé lui a été envoyé, accompagné d'une page de garde revêtue du nombre de pièces numérotées par catégorie, composant son dossier, que les pièces de son " dossier administratif " étaient ainsi numérotées de III-1 à III-386 puis de III-387 à III-412, il lui appartenait, à supposer même qu'il ait pu manquer les pièces numérotées de III-336 à III-337, d'en faire la demande, ce qu'il s'est abstenu de faire. D'autre part, et au demeurant, comme le soutient la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en défense, M. D, par l'intermédiaire de son conseil, ne conteste pas avoir eu accès à ces pièces dans le cadre des instances pénales dont il a fait l'objet. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas été mis à même d'obtenir communication de l'intégralité de son dossier en méconnaissance de l'article 65 de la loi du 22 avril 1905 et que la sanction de révocation a été prise au terme d'une procédure irrégulière. Par suite, le moyen tiré de l'absence de communication du procès-verbal de synthèse du 17 décembre 2019 doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne :
8. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 530-1 du code général de la fonction publique : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. ". En outre, aux termes de l'article L. 533-1 du même code : " Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : / 1° Premier groupe : () / 2° Deuxième groupe : / a) La radiation du tableau d'avancement ; / b) L'abaissement d'échelon à l'échelon immédiatement inférieur à celui détenu par le fonctionnaire ; / c) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; / d) Le déplacement d'office dans la fonction publique de l'Etat./ 3° Troisième groupe : / a) La rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à l'échelon correspondant à un indice égal ou, à défaut, immédiatement inférieur à celui afférent à l'échelon détenu par le fonctionnaire ; / b) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans. / 4° Quatrième groupe : / a) La mise à la retraite d'office ; / b) La révocation. ".
9. L'autorité de la chose jugée s'attachant aux décisions des juges répressifs devenues définitives qui s'impose aux juridictions administratives s'attache à la constatation matérielle des faits mentionnés dans le jugement et qui sont le support nécessaire du dispositif.
10. La décision par laquelle le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse a révoqué M. D est fondée sur le manquement de l'intéressé à son devoir d'exemplarité, de correction, de dignité, à son obligation de protéger les élèves mineurs placés sous son autorité et sur l'atteinte portée à l'éthique de sa profession et au lien de confiance entre élèves, parents et service public pour avoir entretenu une relation amicale puis amoureuse avec une ancienne élève, ayant commencé alors que celle-ci était mineure, avoir sollicité de l'intéressée la transmission de photos dénudées, pour certaines centrées sur les parties intimes de l'adolescente, avoir conservé sur son ordinateur ces photographies et celles du petit frère de l'intéressée, également centrées sur son sexe, parmi d'autres photographies à caractère pornographique de mineures.
11. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été poursuivi devant le tribunal correctionnel de pour avoir favorisé ou tenté de favoriser la corruption d'une de ses anciennes élèves, lorsqu'il était en poste au en , la jeune B, avec qui il était resté en contact, en lui demandant de lui adresser des photographies dénudées, en particulier de ses parties intimes et pour avoir détenu des photographies de mineurs, présentant un caractère pornographique, en particulier de la jeune B et de son petit frère. Par un jugement du 15 décembre 2020, le tribunal l'a relaxé du chef de corruption de mineur de quinze ans et l'a déclaré coupable du surplus et condamné à une peine de dix mois d'emprisonnement assortis en totalité du sursis probatoire pendant deux ans. Par un arrêt du 6 janvier 2022, la cour d'appel de a confirmé le jugement sur la déclaration de culpabilité, mais l'a déclaré pénalement irresponsable, en raison du trouble autistique dont est atteint l'intéressé. Par un arrêt du 15 novembre 2022, la chambre criminelle de la Cour de cassation a cassé et annulé l'arrêt de la cour d'appel de et a renvoyé l'affaire devant la cour d'appel d'. Par un arrêt du 16 avril 2024, devenu irrévocable à la suite de l'ordonnance du 18 septembre 2024 de la Cour de cassation constatant la déchéance du second pourvoi de M. D, a confirmé le jugement du tribunal correctionnel de sur la déclaration de culpabilité, a condamné M. D à une peine de dix mois d'emprisonnement assortis en totalité du sursis probatoire pendant cinq ans et a prononcé l'interdiction définitive, à l'encontre de l'intéressé d'exercer une activité professionnelle ou bénévole impliquant un contact habituel avec des mineurs.
12. Il ressort des énonciations de faits de l'arrêt précité de la cour d'appel , auxquelles est attachée l'autorité de la chose jugée, qu'à la suite de faits antérieurs à l'occasion desquels avaient été reprochés à M. D, en poste au collège de La Charité-sur-Loire, une attitude inappropriée et un comportement manipulateur et culpabilisant à l'égard d'une élève, l'envoi de messages courts inappropriés à une autre élève et une attitude perçue comme déplacée et inadaptée à l'encontre d'autres, des photographies à caractère pornographique mettant en scène des mineurs ont été découvertes enregistrées sur du matériel informatique, saisi à son domicile. L'une des jeunes filles apparaissant sur ces photographies a été identifiée comme étant l'une des anciennes élèves de M. D, la jeune B, lorsqu'il était en poste en , et l'un des très jeunes enfants comme étant le frère de S., le jeune C ressort encore des énonciations de cet arrêt que M. D et la jeune B ont engagé, postérieurement à la période à laquelle il était son professeur de mathématiques, une relation amicale, affective puis physique, que le requérant a sollicité, au fil du temps, à une époque comprise entre le quinzième et le dix-septième anniversaire de l'intéressée, l'envoi de plusieurs dizaines de photographies de la jeune fille dénudée, centrées sur ses parties intimes et/ou en situation d'acte sexuel. Il ressort enfin tant des faits constatés par cet arrêt que des pièces du dossier que, nonobstant le syndrome d'Asperger et les troubles autistiques dont est atteint M. D, celui-ci a mené, parallèlement à ces faits, pendant toute la période de relations personnelles entre M. D et la jeune B, antérieurement et postérieurement, sa carrière de professeur de mathématiques de manière adaptée sur le plan pédagogique, faisant l'objet d'appréciations professionnelles élogieuses, traduisant tant son plein investissement que sa disponibilité et des relations normales avec ses collègues, qu'il avait parfaitement conscience de la nature de la relation qu'il entretenait avec la jeune B, considérant initialement qu'elle avait atteint " la majorité sexuelle ", puis modifiant ses déclarations pour déclarer la jeune fille majeure, après avoir compris qu'il encourrait néanmoins des poursuites pénales.
13. Il résulte ainsi de l'ensemble de ces constats de faits que, contrairement à ce que soutient M. D dans la présente instance, la jeune B n'était pas majeure lorsque leur relation a débuté, comme l'a au demeurant reconnu le requérant, lors de ses auditions par les services de gendarmerie et qu'à supposer même que certaines déclarations de l'intéressée aient pu être contradictoires, l'autorité de chose jugée s'attache aux faits précités et notamment à la nature de la relation engagée par M. D, à l'envoi des photographies dénudées à sa demande et à la nature même de ces photographies. Il ressort encore des pièces du dossier que, contrairement à ce que soutient M. D, parmi les photographies retrouvées sur son matériel informatique figuraient des photographies montrant en gros plan le sexe du petit frère de la jeune B, que ces photographies ont été identifiées par la mère de l'enfant et que sa sœur a reconnu les avoir envoyées spontanément au requérant, sans qu'aucun autre élément du dossier ne permette de contredire ces observations et déclarations. Enfin, ni l'expertise réalisée par le docteur F ni aucune autre pièce du dossier ne permettent d'inférer que le handicap dont il souffre aurait pu affecter, comme il le soutient, la fiabilité de ses déclarations initiales, au demeurant confirmées par les autres pièces du dossier et par les faits établis par le juge pénal, alors qu'au contraire, ses déclarations apparaissent cohérentes, réfléchies, structurées et précises, comme l'a au demeurant constaté ce juge. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
14. En dernier lieu, M. D se prévaut des troubles autistiques dont il est atteint et de l'expertise, requise par le tribunal correctionnel de , réalisée par le docteur F, aux termes de laquelle ces troubles auraient " aboli son discernement ou le contrôle de ses actes ", l'intéressé " étant étranger à (l')univers commun ", présentant une " distorsion de perception ", mais étant néanmoins " accessible à une sanction pénale ", pour soutenir que le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse aurait commis une erreur de droit. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et des constats énumérés au point 12, revêtus de l'autorisé de chose jugée que, comme il a été dit précédemment, l'intéressé poursuivait, au moment des faits reprochés, sa carrière de professeur de mathématiques de manière adaptée sur le plan pédagogique, faisant l'objet d'appréciations professionnelles élogieuses, traduisant tant son plein investissement que sa disponibilité et des relations normales avec ses collègues, qu'il avait parfaitement conscience de la nature de la relation qu'il entretenait avec la jeune B, considérant initialement qu'elle avait atteint " la majorité sexuelle ", puis modifiant ses déclarations pour déclarer la jeune fille majeure, après avoir compris qu'il encourrait néanmoins des poursuites pénales. Il ressort en outre des pièces du dossier que M. D, comme il le soutient au demeurant lui-même, manifestait au quotidien dans sa pratique professionnelle, un engagement particulier dans le suivi des élèves, dans la mise en œuvre de techniques pédagogiques innovantes, dans l'animation de groupes ou de clubs fonctionnant dans son établissement scolaire, étant même qualifié " d'élément moteur au sein du collège ", " pleinement investi ". Il ne ressort pas, dès lors, des pièces du dossier que l'intéressé aurait été dans un état psychique tel qu'il ne pouvait être regardé comme irresponsable de ses actes, y compris dans le cadre d'une relation affective, ni que cet état ait été de nature à justifier la gravité des fautes commises. Dans ces conditions, le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en révoquant M. D n'a pas commis d'erreur de droit en ne le considérant pas irresponsable pour raison médicale. Par suite, le moyen soulevé doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 mai 2023 par lequel le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse lui a infligé la sanction de révocation.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. D n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent également être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. D demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et à la ministre d'État, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche.
Copie en sera adressée à la rectrice de l'académie de Dijon
Délibéré après l'audience du 8 avril 2025, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
M. Hugez, premier conseiller,
M. Cherief, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 avril 2025.
Le rapporteur,
I. Hugez
Le président,
Ph. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne à la ministre d'État, ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
lc
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026