jeudi 16 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2302060 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 juillet et 23 septembre 2023,
M. B D, représenté par Me Boissy, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de l'Yonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, contenue dans l'arrêté du 21 avril 2023 ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Yonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'une semaine à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à exercer une activité professionnelle ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de condamner l'Etat aux entiers dépens.
Il soutient que :
- la décision portant refus de séjour est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;
- elle porte une atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et les dispositions de l'article
L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 10 et 11 septembre 2023, le préfet de l'Yonne, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant le versement de la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que l'ensemble des moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 juin 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Nicolet, rapporteur,
- et les observations de Me Ioannidou, représentant le préfet de l'Yonne.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant algérien né le 14 novembre 1988, a déclaré être entré en France le 2 septembre 2020. Le 21 octobre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 21 avril 2023, le préfet de l'Yonne a refusé d'accorder au requérant ce titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office. Par la présente requête, le requérant sollicite l'annulation de la décision portant refus de séjour, contenue dans cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par Mme C E, sous-préfète et secrétaire générale de la préfecture de l'Yonne, investie à cet effet d'une délégation selon un arrêté du 25 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 89-2022-205 de la préfecture de l'Yonne le 26 août 2022. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
4. M. D, qui est présent en France depuis un peu moins de trois ans à la date de la décision attaquée, se prévaut de ses attaches sur le territoire français, dont sa compagne, de nationalité française. Toutefois, et alors qu'il déclare avoir vécu en concubinage en avril 2020 avec celle-ci, il ne justifie pas d'une communauté de vie avec elle. En outre, si le requérant se prévaut de la naissance de sa fille A, née le 7 septembre 2020, il ne justifie pas, en produisant un seul mandat de 52 euros adressé à la mère de son enfant, quelques photographies non datées et treize justificatifs de présence lors de visites médiatisées, de ses relations avec sa fille, ni de sa contribution à son entretien et son éducation. De surcroît, il n'établit pas être isolé en Algérie, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-deux ans, et il ne justifie pas avoir tissé de liens intenses, stables et anciens sur le territoire français ou d'une intégration particulière. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. D a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en 2017, qu'il est connu du fichier automatisé des empreintes digitales pour avoir commis plusieurs infractions et qu'il a été condamné à trois reprises à des peines d'emprisonnement avec sursis entre 2017 et 2019. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de séjour du requérant sur le territoire français, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
6. Si M. D soutient être père d'un enfant de nationalité française, âgé de deux ans et quatre mois à la date de la décision attaquée, les seuls éléments qu'il produit ne permettent pas de justifier des liens anciens, stables et d'une particulière intensité qu'il entretiendrait avec celui-ci, ni de sa contribution effective à son entretien et à son éducation. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En l'absence de dépens dans la présente instance, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées à ce titre. Et dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter la demande du préfet de l'Yonne relative aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de l'Yonne au titre de de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, au préfet de l'Yonne et à Me Boissy.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
Mme Hascoët, première conseillère,
M. Cherief, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.
Le président-rapporteur,
P. Nicolet
L'assesseur le plus ancien,
P. Hascoët
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne au préfet de l'Yonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
lc
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