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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302075

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302075

mardi 26 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302075
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 3 JU
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 juillet et 8 septembre 2023, M. A C, représenté par Me Desprat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or ne l'a pas autorisé à résider en France au titre de l'asile, a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence, d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- le préfet de la Côte-d'Or a commis une " erreur manifeste d'appréciation " de son " état de santé " ;

- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions des articles L. 542-1 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est, en outre, entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Le préfet de la Côte-d'Or, représenté par la SELARL Centaure Avocats, a produit une note en délibéré le 22 septembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant géorgien né en 1986 et entré irrégulièrement en France le 27 septembre 2022, a présenté simultanément une demande de protection internationale le 17 octobre 2022 et une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade le 20 octobre 2022. Sa demande d'asile a été rejeté par l'Office français de protection des réfugiés (OFPRA) le 17 avril 2023. Par un arrêté du 21 juin 2023, le préfet de la Côte-d'Or ne l'a pas autorisé à résider en France au titre de l'asile, a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours en fixant le pays de renvoi. M. C demande l'annulation de cet arrêté du 21 juin 2023.

Sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. La présente requête présente les caractéristiques de l'urgence prévue par les dispositions citées au point 2. Il y a donc lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

4. En premier lieu, par un arrêté du 30 janvier 2023, régulièrement publié le 2 février 2023 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Côte-d'Or a délégué sa signature à M. Carre, secrétaire général de la préfecture de la Côte-d'Or, pour ce qui concerne notamment tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Côte-d'Or. Par suite, le moyen tiré de ce que M. Carre n'était pas compétent pour signer l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

5. En second lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il n'a dès lors pas méconnu les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

En ce qui concerne la légalité interne :

6. En premier lieu, il ne ressort pas pièces du dossier, et en particulier de l'arrêté du 21 juin 2023, que le préfet de la Côte-d'Or, qui n'avait pas à énoncer de manière exhaustive l'intégralité des éléments caractérisant la situation de M. C, aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation de ce dernier. Dans ces conditions, le préfet de la Côte-d'Or n'a entaché sa décision d'aucune erreur de droit.

7. En deuxième lieu, l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que, lorsque l'étranger a exercé, en temps utile, un recours contre la décision de l'OFPRA, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend en principe fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Il en va toutefois autrement lorsque, en application des dispositions du 1° de l'article L. 531-24, l'OFPRA a statué selon la procédure accélérée au motif que le demandeur provient d'un " pays d'origine sûr ". Dans ce cas, et conformément au d) du 1° de l'article L. 542-2, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin dès que l'Office a rejeté la demande de protection internationale.

8. Ainsi qu'il a été dit au point 1, l'OFPRA a rejeté la demande d'asile de M. C après avoir mis en œuvre la procédure accélérée mentionnée au 1° de l'article L. 531-24. Dans ces conditions, et alors même que l'intéressé a exercé un recours devant la CNDA le 30 juin 2023, le préfet de la Côte-d'Or n'a commis aucune erreur de droit en n'autorisant plus M. C à résider en France à la suite de la décision de l'Office. Dans les circonstances particulières de l'espèce, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

10. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous les éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

11. Le préfet de la Côte-d'Or justifie d'un avis du collège des médecins de l'OFII en date du 10 mars 2023 selon lequel l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. L'administration doit ainsi être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier, en l'espèce, la possibilité de refuser d'accorder à M. C le droit de séjourner en France au titre de l'article L. 425-9.

12. Certes, M. C fait valoir qu'il a été victime d'un grave accident de la route en 2020 ayant causé de graves traumatismes et notamment une fracture du tibia droit, qu'il a été opéré en Géorgie dans le cadre de cette fracture et que, à la suite de cette opération, des complications sont apparues en raison de la " qualité médiocre " de l'opération réalisée. L'intéressé indique également qu'il a été contraint de quitter la Géorgie dans la mesure où il ne pouvait pas y bénéficier d'un accompagnement médical adapté et qu'il a bénéficié d'une prise en charge adéquate à son arrivée sur le territoire français. M. C précise encore qu'il a fait une chute, le 12 juin 2023, entrainant une nouvelle opération chirurgicale et qu'il est depuis astreint à la prise d'un traitement médical contraignant, qu'il doit encore à ce jour subir plusieurs interventions chirurgicales lourdes au niveau des jambes et que la disponibilité des médicaments ainsi que les suivis médicaux sont largement limités en Géorgie. Il ne ressort toutefois pas de ces seuls éléments que le défaut de prise en charge de l'état de santé de l'intéressé serait pour autant susceptible d'entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui vient d'être dit aux points 9 à 12 que le moyen invoqué par le requérant tiré de l'" erreur manifeste d'appréciation " de son " état de santé ", qui doit être analysé comme tiré de la violation de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

14. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

15. Si le requérant, dont la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA, fait valoir, d'une part, qu'il subit, du fait de son état de santé, des discriminations en Géorgie et, d'autre part, que le difficile accès au soin en Géorgie est constitutif de traitements inhumains et dégradants, il n'apporte pas d'éléments de nature à établir que ces faits auraient en l'espèce le caractère de traitements inhumains et dégradants et n'établit donc pas la réalité ou l'actualité de risques qu'il serait personnellement susceptible d'encourir en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Ses conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant, n'implique, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme au profit de M. C qui a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

DECIDE :

Article 1er : M. C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée pour le surplus.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Desprat.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2023.

Le magistrat désigné,

L. BLa greffière,

A. Roussilhe

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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