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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302082

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302082

jeudi 13 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302082
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantNERAUD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a rejeté la requête de M. A... contestant un blâme prononcé par le directeur régional de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DREETS) de Bourgogne-Franche-Comté. Le tribunal a jugé que la sanction, fondée sur les articles L. 532-1 du code général de la fonction publique et l’arrêté ministériel du 29 décembre 2016, était légalement prise par une autorité compétente. Il a également estimé que la matérialité des faits était établie et que la procédure, incluant l’enquête administrative et la consultation du comité social, ne révélait ni défaut d’impartialité ni erreur manifeste d’appréciation. En conséquence, les conclusions indemnitaires et celles relatives aux frais de justice ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juillet 2023 et 16 juillet 2025, M. G... A..., représenté par Me Néraud, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 16 juin 2023 par lequel le directeur régional de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités de Bourgogne-Franche-Comté a prononcé à son encontre une sanction disciplinaire de blâme ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision de sanction disciplinaire est signée par une autorité incompétente ;
- cette décision est entachée d’un défaut d’impartialité dès lors que son auteur, également initiateur de la procédure de sanction disciplinaire, témoigne d’une animosité manifeste à son égard et qu’elle ne se fonde que sur les déclarations de son supérieur hiérarchique, sans prise en compte d’autres témoignages, qui a été associé à la conduite de l’enquête administrative alors qu’il lui est également hostile ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen particulier du dossier ;
- la matérialité des faits qui lui sont reprochés n’est pas établie et la décision méconnaît les dispositions de l’article L. 121-10 du code général de la fonction publique, dès lors qu’elle est entachée d’inexactitudes matérielles en ce qu’il n’a pas méconnu le principe de respect de l’autorité hiérarchique et que les pièces du dossier de sanction disciplinaire font abstraction de son état de santé, en particulier de son désarroi psychologique ;
- la décision est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle est entachée d’un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2023, le directeur régional de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités de Bourgogne-Franche-Comté, représenté par Me Suissa, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 11 juin 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 21 juillet 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Céline Frey,
- les conclusions de Mme Nelly Ach, rapporteure publique,
- et les observations de Me Néraud, représentant M. A... et de Me Bouchoudjan, représentant la direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DREETS) de Bourgogne-Franche-Comté.


Considérant ce qui suit :

M. A..., attaché d’administration de l’Etat, a été affecté le 1er novembre 2022 au service régional de contrôle de la formation professionnelle de la direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DREETS) de Bourgogne-Franche-Comté en tant qu’agent de contrôle de la formation professionnelle et de l'apprentissage. Le 22 février 2023, un incident est intervenu lors d’un échange entre M. A... et son responsable hiérarchique, H..., chef du service régional de contrôle de la formation professionnelle. A la suite de cet incident, M. A... a contacté sa hiérarchie et fait un signalement auprès de l’assistante sociale de la direction. M. F..., chef de pôle et supérieur hiérarchique de H..., a convoqué M. A... à un rendez-vous le 10 mars 2023, auquel il ne s’est pas rendu. Le directeur régional de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités a initié une enquête administrative sur l’incident du 22 février 2023 par une note du 10 mars 2023 et dont les conclusions ont été présentées lors du comité social d’administration du 31 mai 2023. Par un courrier du 5 juin 2023, M. A... a été informé qu’une procédure disciplinaire était engagée à son encontre. Par un arrêté du 16 juin 2023, le directeur régional de la DREETS de Bourgogne-Franche-Comté a prononcé à son encontre une sanction disciplinaire de blâme. Par la présente requête, M. A... en demande l’annulation.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, d’une part aux termes de l’article L. 532-1 du code général de la fonction publique : « Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination ». D’autre part, aux termes de l’article 1er de l'arrêté ministériel du 29 décembre 2016 portant déconcentration des actes relatifs à la situation individuelle des agents publics exerçant leurs fonctions dans les services déconcentrés des administrations civiles de l'État au sens de l'article 15 du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 modifié relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'État dans les régions et département : « Pour les fonctionnaires relevant des corps ou emplois mentionnés à l'annexe 1-a du présent arrêté exerçant leurs fonctions dans les services déconcentrés des administrations civiles de l'Etat mentionnés à l'annexe 2 du présent arrêté, sont déléguées aux préfets de région, au préfet de Mayotte et au représentant de l'Etat à Saint-Pierre-et-Miquelon par le ministre chargé de l'environnement, le ministre chargé de l'économie, le ministre chargé des affaires sociales, le ministre chargé de la santé, le ministre chargé du travail, le ministre de l'intérieur, le ministre chargé de l'agriculture, le ministre chargé du logement, le ministre chargé de la culture, le ministre chargé des familles, le ministre chargé de la ville, le ministre chargé de la jeunesse et des sports, chacun en ce qui le concerne, les décisions individuelles relatives : / (…) 30° Aux sanctions disciplinaires du premier groupe ». L’annexe 1-a de cet arrêté mentionne le corps des attachés d’administration de l’Etat et l’annexe 2, les directions régionales de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités.

En l’espèce, par un arrêté n°22-630 BAG du 24 octobre 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de région Bourgogne-Franche-Comté du même jour, portant délégation de signature, le préfet de la Côte-d’Or, préfet de région Bourgogne-Franche-Comté, M. Robine, a donné délégation de signature à M. Ribeil, directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Bourgogne-Franche-Comté « à l'effet : / (…) - de signer tous les actes, y compris les correspondances, relatifs à l’organisation et au fonctionnement des services placés sous son autorité, tant en ce qu'ils concernent la gestion des moyens en personnels, que ceux ayant trait aux moyens matériels, mobiliers et immobiliers ». Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de la décision attaquée, qui manque en fait, doit être écarté.

En deuxième lieu, M. A... soutient que la circonstance que M. Ribeil, directeur régional de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités de Bourgogne-Franche-Comté, ait engagé les poursuites disciplinaires à son encontre le 5 juin 2023, et en particulier ait rédigé le rapport disciplinaire, faisait obstacle, sauf à méconnaitre le principe d’impartialité, à ce qu’il pût régulièrement prononcer la sanction disciplinaire en litige.

Il ressort des pièces du dossier que le lancement de la procédure disciplinaire a été précédé d’une enquête administrative, engagée à l’initiative de M. Ribeil par une note du 10 mars 2023 et dont les conclusions ont été présentées au comité social d’administration du 31 mai 2023. Contrairement aux allégations du requérant, H... n’a pas participé à la conduite de l’enquête administrative qui s’est déroulée sous la responsabilité de la secrétaire générale de la direction et de la chargée de mission dialogue social. Les 23, 28 et 29 mars 2023, ont ainsi été entendus, outre le médecin du travail, les représentants syndicaux, les agents du service régional de contrôle de la formation professionnelle et les témoins directs de l’incident du 22 février 2023 dont M. C..., directeur régional délégué. M. A..., convoqué à un entretien ne s’est pas présenté. S’il allègue qu’un agent ayant quitté le service n’a pas pu participer à l’enquête administrative, il ne démontre pas que la production de témoignages lui a été refusée dans le cadre de la procédure disciplinaire. Ainsi, malgré l’envoi d’un unique message, au contenu inapproprié dans un contexte professionnel, « je l’avais perdu de vue celui-là… », M. Ribeil, qui a pris sa décision au vu des conclusions de l’enquête administrative diligentée à son initiative, ne peut être regardé comme ayant manqué à l’impartialité requise dans la conduite de la procédure disciplinaire ou manifesté une animosité particulière à l’égard de l’intéressé. Par suite, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 16 juin 2023 serait entaché pour ce motif d'une illégalité.

En troisième lieu, M. A... soutient que la décision attaquée a été prise sans examen particulier de sa situation dès lors que ni son état psychologique, ni sa demande de protection fonctionnelle alléguée n’ont été pris en compte. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment des conclusions de l’enquête administrative, de la saisine de la médecine du travail et des nombreux échanges écrits entre le requérant et sa direction, que la décision en litige a été prise à l’issue d’un examen suffisamment complet de la situation de l’intéressé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En quatrième lieu, aux termes de l’article L. 121-10 du code général de la fonction publique : « L'agent public doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, sauf dans le cas où l'ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public ». Aux termes de l’article L. 530-1 du code général de la fonction publique : « Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. (…) ». Aux termes de l’article L. 533-1 du même code : « Les sanctions disciplinaires pouvant être infligées aux fonctionnaires sont réparties en quatre groupes : / 1° Premier groupe : / a) L'avertissement ; / b) Le blâme ; / c) L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours. (…) ».

Il incombe à l’autorité investie du pouvoir disciplinaire d’établir les faits sur le fondement desquels elle inflige une sanction à un agent public. Il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent ayant fait l’objet d’une sanction disciplinaire sont matériellement établis et constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes. Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur ces questions.

En l’espèce, pour infliger au requérant la sanction du blâme, le directeur régional de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités de Bourgogne-Franche-Comté s’est fondé sur la circonstance que M. A... a, par deux fois à quelques jours d’intervalle, méconnu son devoir d’obéissance, en contredisant le 22 février 2023 son supérieur hiérarchique direct et en refusant d’obéir à ses consignes puis en ne se présentant pas, le 10 mars 2023, à un entretien auquel il avait été convoqué. M. A... conteste la matérialité et le caractère fautif des faits qui lui sont ainsi reprochés et soutient que la sanction qui lui est infligée est disproportionnée.

D’une part, le 22 février 2023, M. A... et son supérieur hiérarchique direct, H..., chef du service régional de contrôle de la formation professionnelle, ont eu un échange informel sur une question juridique pouvant avoir des implications sur la gestion des dossiers du service. A l’issue de cet échange, H... a demandé à M. A... de se conformer à la position qu’il venait d’arrêter puis de quitter son bureau. S’il ressort des pièces du dossier et notamment des conclusions du rapport d’enquête administrative que H... a pu adopter un ton et une attitude peu appropriés pour un responsable hiérarchique, M. A..., en persistant à défendre une position contraire à la décision prise par son chef de service et en se maintenant dans le bureau qu’il était invité à quitter, a doublement méconnu les instructions de celui-ci. Par ailleurs, M. A... a été convoqué à un entretien le 10 mars 2023 par M. F..., chef de pôle et supérieur hiérarchique de H..., en présence de M. C... directeur régional délégué de la DREETS et témoin de l’incident du 22 février. Il ressort des pièces du dossier que cet entretien visait seulement à échanger au sujet de l’événement pour lequel M. A... avait procédé à un signalement auprès de l’assistante sociale du personnel le jour-même et à la cellule risques psycho-sociaux le 7 mars 2023. Un tel échange s’inscrivait dans le cadre d’une relation hiérarchique normale, hors de toute procédure disciplinaire et témoignait de la prise en compte de la situation de l’agent, y compris de son possible état psychologique. Le requérant ne s’est pas présenté à cet entretien et, sollicité par M. F... qui s’est déplacé jusqu’à son bureau quand il a constaté son absence, a réitéré son refus d’y participer. Ainsi, M. A... a méconnu, à deux reprises, les consignes de sa hiérarchie. Les faits litigieux, dont la matérialité est établie, sont de nature fautive, dès lors qu’ils constituent des actes de désobéissance. Ils sont ainsi de nature à justifier une sanction disciplinaire.

D’autre part, en dépit des allégations du requérant, il ne ressort pas des termes du rapport disciplinaire ni de la décision attaquée que ses précédents recours, administratifs et contentieux, cités par l’administration comme éléments de contexte, ont motivé la décision de blâme, qui se fonde exclusivement sur les faits cités au point 10. Ainsi, eu égard à la nature de ces faits, à leur réitération dans un délai court et aux circonstances particulières de l’espèce, en édictant une sanction du premier groupe, à savoir un blâme, le directeur régional de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités de Bourgogne-Franche-Comté n’a pas pris une sanction disproportionnée aux manquements allégués. Le requérant n’est dès lors pas fondé à soutenir que l’arrêté en litige est entaché d’erreur d’appréciation.

En dernier lieu, contrairement à ce que soutient M. A..., il ne ressort pas des pièces du dossier que le blâme en litige serait entaché d’un détournement de pouvoir et notamment qu’il aurait été sanctionné pour des motifs autres que ceux rappelés au point 10 du jugement.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. A... doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par M. A....

Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de M. A... la somme demandée par l’Etat au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.


D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l’Etat au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G... A... et au ministre du travail et des solidarités.

Copie en sera adressée au directeur régional de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités de Bourgogne-Franche-Comté.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,
Mme Valérie Zancanaro, première conseillère,
Mme Céline Frey, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2025.


La rapporteure,





C. Frey

Le président,





O. Rousset
La greffière,





C. Chapiron


La République mande et ordonne au ministre du travail et des solidarités, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,
La greffière,

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