mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2302089 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | AXIENS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 juillet 2023 et 12 janvier 2024, et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 6 août 2024, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Agnès Paquet, représentée par la société civile professionnelle Axiojuris - Lexiens, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 février 2023, par laquelle la directrice générale de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer a fixé le montant définitif de l'aide aux investissements vitivinicoles octroyée, à la somme de 186 126,75 euros, en tant que cette décision ne lui accorde pas un montant d'aide supplémentaire de 15 445,67 euros, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer de procéder à une nouvelle instruction dans la limite de l'annulation prononcée, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de deux cents euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée du 28 février 2023 ne mentionne pas les motifs de droit et de fait qui ont amené l'établissement public à exclure certaines dépenses lors du calcul du montant de l'aide octroyée ;
- cette décision n'est pas revêtue de la signature de son auteur ;
- la surface de dégagement de 4,55 mètres carrés au niveau R+1 a été écartée en méconnaissance du a) de l'article 2.2.1 de la décision INTV-GPASV-2021-49 de la directrice générale de FranceAgriMer et de la circulaire du 3 février 2012 relative au respect des modalités de calcul de la surface de plancher des constructions définie par le livre I du code de l'urbanisme, de sorte que le montant de l'investissement, s'agissant du bâtiment neuf de production, s'établit à 484 411,97 euros, plafonné à 432 762 euros ;
- s'agissant de la surface de 4,55 mètres carrés de dégagement, elle doit bénéficier du droit à l'erreur résultant de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- les dépenses d'un montant de 1 570 euros relatives à l'acquisition du logiciel Isavigne sur un poste supplémentaire et à son installation, et non à de la formation, sont éligibles en vertu du d) de l'article 2.2.1 de la décision INTV-GPASV-2021-49 de la directrice générale de FranceAgriMer ;
- le montant des dépenses d'études qui aurait dû être retenu s'élève à 56 549,58 euros, correspondant à 10 % du montant total plafonné du projet, et non à 54 926,76 euros ; il y a également lieu de réintégrer dans le calcul des montants éligibles au titre des études, ceux correspondant à la cage de monte-charge, aux surfaces du monte-charge et du dégagement et au logiciel supplémentaire ;
- il résulte de ce qui précède que le montant des dépenses éligibles plafonnées s'établit à 671 908,03 euros et non à 620 422,49 euros, correspondant à une aide de 201 572,42 euros et non de 186 126,75 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2023, l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer conclut au non-lieu à statuer partiel et au rejet du surplus de la requête.
Il soutient que :
- après une nouvelle instruction du dossier de demande d'aide, une nouvelle décision d'éligibilité a été édictée, fixant le montant maximal de l'aide à la somme de 198 963,10 euros et le plafond de dépenses éligibles à la somme de 663 210,33 euros ;
- pour le surplus, les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées par une lettre du 11 décembre 2023 que cette affaire était susceptible, à compter du 15 janvier 2024, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 12 mars 2024 par ordonnance du même jour.
L'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer a produit, à la demande du tribunal, des pièces complémentaires, enregistrées le 26 juillet 2024, qui ont été communiquées dans les conditions prévues par les dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 ;
- le règlement délégué (UE) n° 2016/1149 de la Commission du 15 avril 2016 ;
- le règlement d'exécution (UE) n° 2016/1150 de la Commission du 15 avril 2016 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le décret n° 2018-787 du 11 septembre 2018 ;
- la décision INTV-GPASV-2021-44 du 20 octobre 2021 de la directrice générale de FranceAgriMer ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Irénée Hugez,
- les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public,
- et les observations de Me Goirand, représentant l'EURL Agnès Paquet.
Considérant ce qui suit :
1. L'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Agnès Paquet, dont l'activité est la vinification et le négoce de vins, et dont le siège est à Meloisey dans la Côte-d'Or, a déposé, le 4 février 2022, un dossier de demande d'aide communautaire aux investissements vitivinicoles auprès de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer, dont l'objet était la construction d'un bâtiment dédié à la vinification et l'achat de matériels de vinification, de commercialisation et de vendange. Par une lettre du 24 février 2022, l'établissement public a accusé réception de cette demande et a indiqué, au vu des éléments produits, que le montant maximal de l'aide susceptible d'être octroyée était de 203 355,64 euros et que cet accusé de réception valait autorisation de commencer les travaux à compter du 4 février 2022. Par une nouvelle lettre du 22 avril 2022, l'établissement public a délivré un accusé de réception de " dossier complet à première vue ", sous réserve de l'instruction détaillée de la demande et a informé la société que sa demande était retenue au titre de l'appel à projets de l'année 2022. Par une première décision d'éligibilité, en date du 28 février 2023, l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer a octroyé à l'EURL Agnès Paquet une aide d'un montant de 186 126,75 euros, correspondant à des dépenses éligibles d'un montant total de 620 422,49 euros. Le silence de l'établissement public a fait naître une décision implicite de rejet du recours gracieux, en date du 28 mars 2023, par lequel la société conteste cette décision, en tant qu'elle ne lui attribue pas une aide d'un montant de 201 572,42 euros. Par sa requête, l'EURL Agnès Paquet demande au tribunal d'annuler la décision du 28 février 2023, en tant que celle-ci ne lui a pas accordé un montant d'aide complémentaire de 15 445,67 euros, et la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur le non-lieu à statuer et sur la portée des conclusions :
2. D'une part, si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde et que, dès lors, celle-ci ne peut être utilement contestée au motif que l'administration aurait méconnu ces dispositions en ne communiquant pas au requérant les motifs de sa décision implicite dans le délai d'un mois qu'elles lui impartissent.
3. D'autre part, lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le recours gracieux du 28 mars 2023 de l'EURL Agnès Paquet a donné lieu, en cours d'instance, à une décision explicite du 10 août 2023 d'acceptation partielle de ce recours et de rejet du surplus, qui s'est substituée à la décision implicite de rejet, née du silence de l'établissement public. D'autre part, il ressort également des pièces du dossier qu'une nouvelle décision d'éligibilité a été édictée le 19 septembre 2023, afin de tirer les conséquences de l'acceptation partielle du recours gracieux de la société, octroyant un montant d'aide de 198 963,10 euros, correspondant à un montant de dépenses éligibles s'élevant à la somme de 663 210,33 euros. En tant qu'elle accorde un montant d'aide supplémentaire de 12 836,35 euros (198 963,10 - 186 126,75) et refuse un montant d'aide supplémentaire de 2 609,32 euros (201 572,42 - 198 963,10), cette décision doit être regardée comme ayant entendu retirer la décision initiale du 28 février 2023. En tant qu'elle refuse un montant d'aide supplémentaire de 2 609,32 euros, cette décision doit être regardée comme remplaçant, dans cette mesure, la décision initiale par une décision ayant la même portée. En outre, cette décision du 19 septembre 2023 qui est revêtue des voies et délais de recours, a été notifiée à la société requérante au plus tard à la date à laquelle elle en a pris connaissance, lors de sa communication par le tribunal, au moyen de l'application informatique mentionnée à l'article R. 414-1 du code de justice administrative, de sorte qu'elle est devenue définitive à la date à laquelle le tribunal statue, en tant qu'elle retire la décision initiale du 28 février 2023.
5. En application de ce qui a été dit au point précédent du présent jugement, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de l'EURL Agnès Paquet dirigées contre la décision du 28 février 2023 de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer, qui ont perdu leur objet. Il y a lieu, en revanche, de regarder ces conclusions comme dirigées contre la décision du 19 septembre 2023 de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer, en tant que cette décision refuse un montant d'aide supplémentaire de 2 609,32 euros.
Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :
6. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
7. Il ressort des pièces du dossier que la société requérante a été informée le 22 avril 2022 de ce que sa demande était retenue au titre de l'appel à projet 2022 au sens des dispositions de l'article 5.4.3. de la décision n° INTV-GPASV-2021-44 du 20 octobre 2021. En conséquence, la décision attaquée, qui a été prise, conformément à l'article 5.5. de cette décision, à l'issue de la procédure d'instruction des demandes d'aide, visant à contrôler le respect des critères d'admissibilité, alors que la société avait déjà été informée, comme il vient d'être dit, de ce que sa demande était retenue au titre de l'appel à projet 2022, doit être regardée comme une décision refusant un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir, et devait être motivée en vertu des dispositions précitées.
8. En l'espèce, il ressort des termes mêmes de cette décision du 19 septembre 2023 qu'elle mentionne le décret du 11 septembre 2018 relatif au programme d'aide national au secteur vitivinicole pour les exercices financiers 2019 à 2023 et la décision n° INTV-GPASV-2021-44 du 20 octobre 2021 modifiée et consolidée définissant les conditions de mise en œuvre par FranceAgriMer d'une aide aux programmes d'investissements vitivinicoles sur lesquels elle se fonde. Ainsi est-elle suffisamment motivée en droit. Néanmoins, si cette décision mentionne le montant maximum d'aide susceptible d'être octroyé, le montant des dépenses éligibles, les diverses obligations mises à la charge du bénéficiaire, la répartition des dépenses éligibles par action et sous-action, le montant d'aide en résultant et les " actions constituant les objectifs principaux qui ne peuvent pas être annulées ", elle ne mentionne ni les dépenses considérées comme inéligibles, ni les motifs de fait ayant conduit à les écarter. Dès lors, la décision du 19 septembre 2023, en tant qu'elle refuse un montant d'aide supplémentaire de 2 609,32 euros, est insuffisamment motivée et doit, pour ce motif, être annulée.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'EURL Agnès Paquet est fondée à demander l'annulation de la décision du 19 septembre 2023, par laquelle l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer lui a octroyé un montant d'aide de 198 963,10 euros, en tant que cette décision refuse un montant d'aide supplémentaire de 2 609,32 euros.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ".
11. Les motifs du présent jugement impliquent qu'il soit enjoint à l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer de prendre une nouvelle décision après une nouvelle instruction de la demande de l'EURL Agnès Paquet, en tant que cette demande porte sur un montant complémentaire de 2 609,32 euros, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer une somme au titre des frais exposés par l'EURL Agnès Paquet et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision du 28 février 2023, par laquelle la directrice générale de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer a fixé le montant définitif de l'aide aux investissements vitivinicoles octroyée à l'EURL Agnès Paquet, à la somme de 186 126,75 euros, en tant que cette décision ne lui accorde pas un montant d'aide supplémentaire de 15 445,67 euros, et contre la décision implicite de rejet du recours gracieux de l'EURL Agnès Paquet dirigé contre cette décision.
Article 2 : La décision du 19 septembre 2023, par laquelle l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer a octroyé à l'EURL Agnès Paquet un montant d'aide de 198 963,10 euros est annulée en tant que cette décision refuse un montant d'aide supplémentaire de 2 609,32 euros.
Article 3 : Il est enjoint à l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer de réexaminer la demande d'aide du 4 février 2022 de l'EURL Agnès Paquet, en tant que cette demande porte sur un montant complémentaire de 2 609,32 euros et de prendre une nouvelle décision sur cette demande, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de l'EURL Agnès Paquet est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée Agnès Paquet et à l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
M. Hugez, premier conseiller,
M. Cherief, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
Le rapporteur,
I. Hugez
Le président,
Ph. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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