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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302190

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302190

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302190
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2023 et un mémoire enregistré le

12 septembre 2023, M. A C et Mme B E, représentés par Me Lantheaume, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du préfet de Saône-et-Loire portant refus de délivrance de récépissé de demande de titre de séjour ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir les décisions du préfet de Saône-et-Loire du 22 juin 2023 portant refus de délivrance de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ volontaire, et fixant le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- dès lors qu'ils ont conclu un pacte civil de solidarité, ils ont tous les deux intérêt pour agir contre la décision de refus de séjour ;

- la décision implicite portant refus de délivrance de récépissé est entachée d'une méconnaissance des dispositions des articles R. 431-12 et R. 431-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- la décision portant refus de délivrance de titre de séjour est entachée d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen réel et sérieux de la situation personnelle du demandeur ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il est justifié d'une durée de vie commune de plus d'un an, qui est la durée exigée par les dispositions de la circulaire du

28 novembre 2012 ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- la mesure portant obligation de quitter le territoire est illégale dès lors que la décision de refus d'admission au séjour est illégale ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision accordant un délai de départ volontaire de trente jours et la décision fixant le pays de destination seront annulées par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 août 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en tant qu'elle est présentée par Mme E, qui ne justifie pas d'un intérêt pour agir ;

- la décision implicite de refus de délivrance d'un récépissé a été implicitement abrogée par l'arrêté contesté, et le moyen tiré de l'illégalité de cette décision ne peut être soulevé ;

- les moyens soulevés à l'encontre des autres décisions contestées ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

A été seul entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme D, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né le 13 juillet 1996, est entré irrégulièrement en France le 30 mars 2020, selon ses déclarations. Le 13 mai 2022, il a conclu un pacte civil de solidarité avec Mme E, ressortissante française. Le 2 novembre 2022, il a sollicité un titre de séjour, en faisant valoir sa situation familiale. Par arrêté du 22 juin 2023, le préfet de Saône-et-Loire a rejeté cette demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par la présente requête M. C et Mme E demandent l'annulation de la décision refusant implicitement au requérant la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour et de l'arrêté du 22 juin 2023.

Sur la recevabilité

2. A supposer que Mme E ne justifie pas d'un intérêt pour agir contre les décisions attaquées, la requête est recevable en tant qu'elle est présentée par M. C.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus implicite de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour :

3. D'une part, il résulte des dispositions combinées des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le silence gardé par l'administration au terme d'un délai de quatre mois sur les demandes de titre de séjour vaut décision implicite de rejet. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. () ". Et aux termes de l'article R. 431-13 : " La durée de validité du récépissé mentionné à l'article R. 431-12 ne peut être inférieure à un mois. Il peut être renouvelé. " Il résulte de ces dispositions que la remise d'un récépissé a pour seul objet de permettre à un ressortissant étranger de séjourner régulièrement sur le territoire français pendant la durée de l'instruction de sa demande de titre de séjour.

4. Le préfet de Saône-et-Loire fait valoir que le requérant ne peut se prévaloir d'un refus de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour dès lors qu'il a pris une décision expresse de refus de séjour le 22 juin 2023 abrogeant nécessairement tout récépissé. Toutefois, si à compter de cette dernière date, le requérant ne peut plus prétendre à la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour, il est toujours recevable à contester un refus de délivrance d'un tel récépissé pour une période antérieure dès lors que son dossier de demande comportait l'ensemble des pièces nécessaires à l'instruction de sa demande de titre de séjour. Il ressort des pièces du dossier que M. C a déposé une demande de titre de séjour le 2 novembre 2022, et il n'est pas contesté qu'aucun récépissé ne lui a été délivré alors que sa demande était complète et n'avait fait l'objet d'aucune décision implicite de rejet. Par suite, M. C est fondé à soutenir que la décision implicite de refus de délivrance d'un récépissé a méconnu l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'elle doit par conséquent être annulée.

En ce qui concerne l'arrêté du 22 juin 2023 :

5. En premier lieu, par un arrêté du 13 mars 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de Saône-et-Loire a donné délégation à Mme F, directrice de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté pour ce motif.

6. En deuxième lieu, la décision portant refus de séjour mentionne les dispositions sur lesquelles elle se fonde, notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 423-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise que M. C ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en tant que conjoint de français, n'étant pas marié à une ressortissante française, et qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale au regard, notamment de l'ancienneté de sa présence sur le territoire français et de ses conditions de séjour. Dès lors, le préfet a suffisamment énoncé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision litigieuse ni d'aucune pièce du dossier que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de l'intéressé avant de prendre à son encontre la décision contestée. Contrairement à ce qui est soutenu, le préfet s'est prononcé sur son droit au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et la circonstance qu'il ne soit pas fait mention de la durée d'ancienneté de sa relation avec Mme E ne peut suffire à établir un défaut d'examen de sa situation.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la

République ".

9. M. C fait valoir qu'il séjourne sur le territoire français depuis un peu plus de trois ans à la date de la décision attaquée et se prévaut de sa communauté de vie avec sa partenaire,

Mme E, qu'il dit avoir rencontré alors que cette dernière séjournait en Tunisie, qu'il a décidé de la rejoindre en France en 2020, et avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité en mai 2022. S'il produit des attestations confirmant sa présence en France depuis 2020, celles-ci sont toutes établies par Mme E elle-même et par des membres de sa famille, la preuve de la communauté de vie n'étant pour le reste apportée par la production de pièces extérieures au cercle familial que depuis novembre 2021. En tout état de cause, M. C, qui est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu plus de deux ans avant de solliciter un titre de séjour, ne fait état d'aucune intégration significative dans la société française, en dehors des liens noués avec Mme E et sa famille. Il n'allègue pas être isolé dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-trois ans et où il a toujours des liens familiaux. Dans ces conditions, quand bien même il justifie d'une ancienneté de vie commune de plus d'un an, il n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les requérants ne peuvent enfin utilement se prévaloir des énonciations de la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui constituent uniquement des orientations générales adressées par le ministre de l'intérieur aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision de refus de séjour porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C.

10. En cinquième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles visés auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Par suite, et alors qu'ainsi qu'il vient d'être dit, M. C n'est pas fondé à se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne peut utilement soutenir que la décision attaquée n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour.

11. En sixième lieu, les moyens invoqués à l'encontre de la décision lui refusant un titre de séjour ayant été écartés, les requérants ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.

12. En septième lieu, si les requérants soutiennent qu'ils ne peuvent vivre ensemble en Tunisie, en raison de la situation professionnelle et familiale de Mme E, il ne ressort pas pour autant, eu égard aux éléments de la situation des intéressés rappelés au point 9., que la décision d'éloignement aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

13. En dernier lieu, les moyens invoqués à l'encontre de la décision d'obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, les requérants ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le délai de départ volontaire et contre la décision fixant le pays de destination.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions en annulation dirigées contre l'arrêté du 22 juin 2023 doivent être rejetées

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

15. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés au litige

16. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre la charge de l'Etat le versement de la somme que réclame M. C sur le fondement des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La décision de refus implicite de délivrance d'un récépissé de la demande de titre de séjour de M. C est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de Saône-et-Loire.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

La rapporteure,

M-E D

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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