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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302192

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302192

lundi 23 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302192
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationCH 1 JU
Avocat requérantDE MESNARD ADÈLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2023 et un mémoire enregistré le 2 octobre 2023, M. D A, représenté par Me De Mesnard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jour, a fixé le pays de destination, et a prononcé une interdiction de retour d'un an ;

2°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire a été pris par une autorité incompétente ;

- le préfet ne pouvait prononcer une décision d'éloignement en se fondant sur les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est titulaire d'une attestation valable jusqu'au 19 juillet 2023 ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors qu'il est exposé à des risques de traitement inhumains et dégradants en cas de retour au Burundi ;

- la nullité portant obligation de quitter le territoire français entraîne celle de la décision fixant le pays de renvoi ;

- cette dernière décision est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise sans examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle a été prise en violation de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la nullité portant obligation de quitter le territoire français entraîne celle de la décision d'interdiction de retour ;

- cette interdiction est entachée d'incompétence, de défaut de motivation et d'erreur d'appréciation, dès lors qu'elle est disproportionnée et fait obstacle à la procédure pénale suite à son dépôt de plainte.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B par décision du 27 janvier 2022 en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes prévues à l'article L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 3 octobre 2023.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant du Burundi né le 5 mai 2000, est entré en France en septembre 2022, pour y solliciter l'asile. Après rejet de sa demande par décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) du 1er décembre 2022, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 26 mai 2023, le préfet de Saône-et-Loire a prononcé à son encontre, par l'arrêté attaqué, une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et une interdiction de retour pour une durée d'un an.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence du signataire de l'arrêté :

4. Par un arrêté du 13 mars 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Saône-et-Loire a délégué sa signature à Mme C, directrice de la citoyenneté et de la légalité, pour ce qui concerne, notamment, les décisions d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

5. En premier lieu, aux termes de l'article l ; 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles

L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".

6. L'arrêté attaqué abroge, par son article 1er, l'attestation de demande d'asile qui avait été délivrée à M. A. Celui-ci n'est dès lors pas fondé à se prévaloir de la possession d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 19 juillet 2023.

7. En second lieu, M. A, dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, ne produit aucun élément nouveau permettant d'établir la réalité de ses allégations quant aux circonstances de son départ du Burundi et quant aux risques auxquels il serait personnellement exposé dans cet Etat, points sur lesquels il se borne à produire un certificat médical mentionnant les cicatrices relevées sur son corps et des informations très générales sur la situation du pays.

M. A n'établit pas dès lors que la décision d'éloignement l'exposerait à un risque d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants, et serait dès lors entachée d'erreur d'appréciation.

En ce qui concerne le pays de renvoi :

8. En premier lieu, M. A, qui n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

9. En deuxième lieu, la décision mentionne les dispositions dont elle fait application, notamment des articles L. 721-3 à 5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. A déclare être de nationalité burundaise et n'établit pas être exposé à des risques de traitements contraires à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans ce pays. Elle est ainsi suffisamment motivée.

10. En troisième lieu, pour les mêmes raisons que celles mentionnées au point 7., le moyen tiré de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur d'appréciation dont serait entachée la décision attaquée doit être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

11. En premier lieu, M. A, qui n'établit pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français.

12. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne qu'au regard de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. A est entré récemment en France et n'y justifie pas de liens anciens, stables et intenses, et que, bien qu'il n'ait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, et que son comportement ne présente pas une menace pour l'ordre public, il est prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an. Cette décision est ainsi suffisamment motivée.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ". Et aux termes de l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

14. M. A n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, et il ne ressort pas des pièces du dossier que son comportement présente une menace pour l'ordre public. En revanche, il ne dispose pas de liens particuliers en France, où il est entré très récemment. Son épouse et sa fille demeurent dans son pays d'origine, où il a vécu l'essentiel de son existence. S'il se prévaut de la plainte déposée le 20 septembre 2023 pour des faits de traite des êtres humains, cette circonstance est postérieure à la décision en litige, et ne pouvait dès lors être prise en considération au moment de son édiction. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Saône-et-Loire aurait commis une erreur d'appréciation en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions en annulation doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

16. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à l'avocat de M. D A quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : M. D A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 La requête de M. D A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de Saône-et-Loire et à Me De Mesnard.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.

La magistrate désignée,

M-E B

La greffière

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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