mercredi 2 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2302233 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | REFERE |
| Avocat requérant | FAIVRE ALEXIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 juillet 2023, M. D A, représenté par Me Faivre, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les arrêtés du 27 juillet 2023 par lesquels le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être regardée comme entachée d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet a considéré à tort que son comportement représente une menace à l'ordre public alors qu'aucune procédure judiciaire n'a été intentée à son encontre et qu'il est présumé innocent ;
- il appartient au préfet de démontrer que l'agent qui a consulté le fichier automatisé des empreintes digitales (Faed) était dûment habilité pour ce faire ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les décisions refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;
- le préfet a commis une erreur de droit dans l'application des articles L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute de tenir compte de la nature et de l'ancienneté des liens qu'il entretient avec la France ;
- le préfet a également commis une " erreur manifeste d'appréciation " eu égard à sa situation privée et familiale ;
- l'arrêté portant assignation à résidence est illégal par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- cet arrêté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 733-1, L. 733-2 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il l'assigne à " une adresse qui ne peut correspondre à aucune résidence et implique même que l'intéressé ne puisse être localisé " ;
- les modalités de cette assignation sont disproportionnées et entachées d'" une erreur manifeste d'appréciation " eu égard à sa situation familiale et personnelle ;
Par un mémoire en défense enregistré le 2 août 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Viotti en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 2 août 2023 à 14 h 00.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viotti, conseillère,
- les observations de Me Faivre, représentant M. A, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans sa requête ;
- et celles de M. E, représentant le préfet de la Côte-d'Or.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 27 décembre 1997 à Souassi, déclare être entré en France au cours de l'année 2017. Par un premier arrêté du 16 mars 2019, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Cette obligation n'ayant pas été exécutée, le préfet de la Loire-Atlantique a édicté à son encontre une deuxième mesure d'éloignement le 25 novembre 2020. Le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nantes a, par un jugement n° 2012110 du 10 décembre 2020, rejeté le recours formé par l'intéressé à l'encontre de cet arrêté, jugement confirmé par une ordonnance n° 21NT00943 du président de la cour administrative d'appel de Nantes. Puis, par un arrêté du 4 février 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer à M. A un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français en assortissant cette mesure d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. A la suite de son placement en garde à vue pour des faits d' " usage de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation " le 26 juillet 2023, le préfet de la Côte-d'Or l'a, par arrêté du 27 juillet 2023, obligé pour la quatrième fois à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Par un second arrêté pris le même jour, le préfet de la Côte-d'Or l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces arrêtés.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, la décision en litige a été signée par M. F C, à qui le préfet de la Côte-d'Or a, par arrêté du 18 octobre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du lendemain, aisément consultable en ligne, conféré à cet effet une délégation de signature. Le moyen tiré du vice d'incompétence ne peut donc qu'être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".
6. En l'espèce, la décision en litige vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, notamment le 1° de son article L. 611-1. Après avoir rappelé le parcours migratoire de M. A et les multiples mesures d'éloignement dont il a fait l'objet, le préfet de la Côte-d'Or précise que l'intéressé ne peut justifier de son entrée en France durant l'année 2017 tel qu'il l'a prétendu durant son audition par les forces de l'ordre, et qu'il se maintient volontairement en situation irrégulière sur le territoire français depuis cette date, le préfet de la Loire-Atlantique lui ayant refusé, par arrêté du 4 février 2022, la délivrance d'un titre de séjour. Ces mentions étaient suffisantes pour permettre à M. A de comprendre les motifs pour lesquels une obligation de quitter le territoire français lui est opposée. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée.
7. En troisième lieu, M. A ne conteste pas être entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y être maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Il entre dès lors dans les prévisions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et pouvait légalement faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Si le préfet de la Côte-d'Or a par ailleurs estimé que son comportement représente une menace pour l'ordre public, un tel motif est surabondant dès lors que la mesure d'éloignement n'est pas fondée sur le 5° de l'article L. 611-1 précité, lequel permet d'éloigner un étranger dont le comportement constitue une menace pour l'ordre public. Ainsi, à supposer même que l'appréciation à laquelle s'est livrée le préfet sur ce point soit erronée, une telle erreur d'appréciation demeurerait sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté. Il en va de même, a fortiori, s'agissant du moyen tiré de l'absence d'habilitation de l'agent ayant consulté le fichier automatisé des empreintes digitales, lequel se rapporte à un moyen surabondant et étant, comme tel, dépourvu de portée utile.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
9. M. A se prévaut de sa durée de présence en France, de sa relation avec une ressortissante française et de son insertion sur le territoire. Toutefois, à supposer qu'il soit réellement entré en France au cours de l'année 2017, sa durée de présence serait essentiellement due à son maintien sur le territoire français en méconnaissance des trois mesures d'éloignement édictées à son encontre en 2019, 2020 et 2022. En outre, les pièces qu'il produit, à savoir des photographies, trois attestations peu circonstanciées rédigées par sa compagne, Mme B, la fille de cette dernière et une voisine, ainsi qu'une facture d'électricité à son seul nom, ne sont pas suffisantes à caractériser la réalité, l'ancienneté et l'intensité de la relation de concubinage que M. A indique entretenir depuis un an avec Mme B. En tout état de cause, celle-ci serait très récente à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, l'intéressé n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où résident encore, selon les mentions non contestées de l'arrêté attaqué, ses parents et trois de ses frères. Si l'arrêté indique également qu'un frère de M. A réside à Lyon, il ne se prévaut pas de ce lien familial dans le cadre de la présente instance et ne justifie, en tout état de cause, pas des liens qu'ils entretiendraient. Enfin, la seule circonstance que M. A ait bénéficié d'un contrat de travail à durée déterminée pendant quatre mois en 2023 en tant que technicien en fibre optique, ne suffit pas à caractériser une insertion particulière sur le territoire français. Au demeurant, il est constant que le requérant a été placé en garde à vue pour des faits d' " usage de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation ", en l'occurrence une carte d'identité belge. Si le requérant fait valoir qu'il n'a pas été pénalement condamné pour ces faits, il n'en conteste nullement la matérialité. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. A est connu des forces de l'ordre pour des faits similaires commis le 25 novembre 2020. Par ce comportement, il ne justifie pas de son intégration à la société française, dont le respect des lois est une composante. Compte tenu de la durée et des conditions de séjour de M. A en France, la décision en litige n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne les décisions refusant d'accorder un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination :
10. Les moyens invoqués à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ayant été écartés, M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixation du pays de destination.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. A excipe en vain de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui des conclusions dirigées contre la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
13. En troisième lieu, la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
14. En l'espèce, la décision par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a interdit à M. A de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans mentionne les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle expose de manière suffisante les motifs de fait sur lesquels elle se fonde et atteste de la prise en compte par le préfet de la Côte-d'Or de l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées.
15. En quatrième lieu, il résulte des dispositions précitées que, lorsque le préfet prend à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
16. Contrairement à ce que soutient M. A, le préfet de la Côte-d'Or, qui a relevé la durée de présence en France de l'intéressé, son parcours migratoire et son concubinage avec Mme B, a dûment pris en compte l'ensemble des critères prévus par la loi, et notamment la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.
17. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a été interpellé le 26 juillet 2023 pour des faits d' " usage de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation ", l'intéressé ayant présenté aux forces de l'ordre une carte d'identité belge frauduleuse. Le préfet de la Côte-d'Or fait en outre valoir qu'il était déjà connu des services de police pour des faits de " faux et usage de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité, ou accordant une autorisation ", commis le 25 novembre 2020, dont la matérialité n'est pas contestée par le requérant. Ainsi, c'est à bon droit que le préfet de la Côte-d'Or a pu estimer que le comportement de M. A constitue, eu égard à la nature et à la réitération des faits, une menace pour l'ordre public. Compte tenu la vie privée et familiale du requérant, telle que décrite au point 9 du présent jugement, des trois précédentes mesures d'éloignement auxquelles il n'a pas déféré et de la menace pour l'ordre public que représente M. A, la durée de deux ans pendant laquelle le préfet de la Côte-d'Or lui a fait interdiction de retour sur le territoire français n'est pas entachée d'erreur d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
18. La décision portant obligation de quitter le territoire français n'encourant pas l'annulation, il est en vain excipé de son illégalité à l'appui des conclusions visant la décision assignant M. A à résidence.
19. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Selon l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée ". Aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".
20. L'arrêté en litige, qui vise les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 et celles de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rappelle que M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai par arrêté du 27 juillet 2023, notifiée le même jour. Il indique ensuite que l'exécution de cette mesure demeure une perspective raisonnable mais que l'intéressé ne peut pas quitter immédiatement le territoire français, dans la mesure où il est démuni de documents d'identité et de voyage et qu'il est nécessaire d'obtenir un laissez-passer consulaire puis de prévoir l'organisation matérielle de son départ. Par suite, cette décision est suffisamment motivée.
21. Aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie.
Il se présente également, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage ". Selon l'article L. 733-2 de ce code : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures. / Lorsque l'étranger assigné à résidence fait l'objet d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une décision d'interdiction administrative du territoire français, ou si son comportement constitue une menace pour l'ordre public, la durée de cette plage horaire peut être portée à dix heures consécutives par période de vingt-quatre heures ". Enfin, aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
22. M. A se plaint d'avoir été assigné dans le périmètre de la commune de Seurre, située dans le département de la Côte-d'Or, ce qui ne correspond selon lui à " aucune résidence fixe " puisqu'il justifie d'un domicile stable dans cette commune. Toutefois, le préfet de la Côte-d'Or s'est simplement borné à autoriser M. A à circuler au sein de la commune de Seurre, ainsi qu'il lui est loisible de le faire en application des dispositions du 1° de l'article R. 733-1 précité. Si le requérant soutient qu'il ne pourra, dès lors, pas " être localisé ", il est constant que l'article 2 de l'arrêté en litige lui impose de se présenter chaque jour à 9 heures, excepté les dimanches, jours fériés et chômés, à la brigade de gendarmerie de Saint-Jean-de-Losne afin de faire constater qu'il respecte la mesure d'assignation dont il fait l'objet, et qu'il devra, en application de l'article 3 du même arrêté, demeurer de 6 h 00 à 7 h 00, tous les jours, à son domicile, situé à Seurre. Par suite, le préfet de la Côte-d'Or a fait une exacte application des dispositions précitées et n'a commis ni erreur de droit, ni erreur d'appréciation.
23. Enfin, il ressort des pièces du dossier que la gendarmerie de Saint-Jean-de-Losne est située à environ 16 kilomètres du domicile de M. A, lequel fait valoir qu'il ne dispose d'aucun moyen de locomotion pour s'y rendre. Toutefois, le préfet de la Côte-d'Or justifie qu'il existe des transports express régionaux (TER) qui lui permettront de rejoindre Saint-Jean-de-Losne et il n'est pas établi que M. A ne pourrait s'y faire conduire par des tiers. Par suite, il n'apparaît pas que les modalités d'assignation à résidence définies par le préfet de la Côte-d'Or soient disproportionnées. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
24. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 27 juillet 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
26. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par le préfet de la Côte-d'Or.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Faivre.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer ainsi qu'au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 août 2023.
La magistrate désignée,
O. VIOTTILa greffière,
L. LELONG
La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
No 2302233
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026