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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302251

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302251

jeudi 12 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302251
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP BON DE SAULCE LATOUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2023, M. D A B, représenté par la SCP Bon, de Saulce Latour, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2023 par lequel le préfet de la Nièvre a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Nièvre de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle porte atteinte à son droit de mener une vie privée et familiale normale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2023, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.

Il soutient que l'ensemble des moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 septembre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. Nicolet a présenté son rapport lors de l'audience publique qui s'est tenue en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 16 novembre 1991, est entré sur le territoire français le 16 novembre 2015 muni d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité de conjoint de Français, valable du 3 novembre 2015 au 3 novembre 2016. Il s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle valable du 28 février 2018 au 27 février 2020 en qualité de conjoint de Français. Le 17 février 2020, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour en sa qualité de conjoint de français. Par un arrêté du 16 novembre 2020, le préfet de la Nièvre a refusé la délivrance de ce titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. La légalité de cet arrêté a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Dijon du 30 mars 2021, confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 15 juin 2022. Le 20 juillet 2022, le requérant a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de parent d'un enfant français, sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 18 juillet 2023, dont l'intéressé demande au tribunal l'annulation, le préfet de la Nièvre a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Le requérant ayant été admis en cours d'instance au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sa demande d'aide juridictionnelle provisoire a perdu son objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 11 de l'accord du 17 mars 1988 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. / Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation. ". Aux termes de l'article 7 quater du même accord : " Sans préjudice des dispositions du b et du d de l'article 7 ter, les ressortissants tunisiens bénéficient, dans les conditions prévues par la législation française, de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". ".

5. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

6. Pour justifier de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de son fils, C, né le 19 juin 2021, M. A B verse à l'instance des factures établies notamment entre juin et septembre 2021 ainsi qu'en mai 2023. Si les factures du 29 juin, 8 juillet, 12 juillet et du 26 août 2021 portent sur des achats de lait infantile et de couches, il ne ressort pas des relevés de compte de l'intéressé qu'il aurait effectivement réalisé ces achats. Si le requérant produit une facture d'achat de médicaments pour bébé au sein d'une pharmacie à Imphy, il apparaît sur ses relevés de compte qu'il se trouvait, le même jour, à Grasse. Au surplus, les autres factures versées au dossier ne démontrent pas que le requérant contribue effectivement à l'éducation et à l'entretien de C, celles-ci ne se rapportant à aucun achat effectué pour le compte d'un enfant en bas âge et ne portant, pour la plupart, que sur l'année 2021. Si le requérant soutient avoir effectué plusieurs virements au bénéfice de la mère de son fils, les relevés de comptes produits se bornent à indiquer quelques virements épisodiques en 2021, 2022 et 2023. Par ailleurs, la participation effective du requérant à l'éducation de son fils depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans ne peut être justifiée par la seule production d'avis d'échéance, de cinq attestations de proches et de photographies non datées. Enfin, il ressort également des pièces du dossier que la mère de l'enfant, interrogée dans le cadre d'une enquête administrative diligentée par le service départemental du renseignement territorial de la Nièvre en juin 2023, a déclaré que le requérant avait quitté le domicile conjugal depuis le 29 octobre 2022, qu'elle ignorait son adresse et qu'il ne participait pas aux dépenses quotidiennes. Dans ces conditions, M. A B n'est pas fondé à soutenir qu'il justifie contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant français. Le moyen tiré de la violation de L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit par suite être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. A B est entré en France en 2015 sous couvert d'un visa de long séjour obtenu en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la communauté de vie avec son épouse a cessé dès 2017, de sorte que les époux ont entamé une procédure de divorce, et qu'il a été condamné, par jugement du tribunal correctionnel de Grasse du 12 avril 2018, à un an d'emprisonnement dont six mois avec sursis, assorti d'une mise à l'épreuve de douze mois, pour des faits de violence à son égard. S'il a noué par la suite une relation avec une autre ressortissante française, dont est né un fils, sa nouvelle compagne, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, a déclaré leur séparation. Il ressort également des pièces du dossier, et notamment du compte-rendu d'enquête et du procès-verbal d'audition du 29 octobre 2022, que sa compagne a déposé plainte contre le requérant pour des faits de violence sur conjoint avec incapacité de moins de huit jours. Au demeurant, si le 14 novembre 2022, sa compagne a retiré sa plainte, il est constant que celle-ci n'est pas revenue sur les faits reprochés à l'intéressé. Par ailleurs, et ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, M. A B ne démontre pas la réalité de sa contribution à l'entretien et l'éducation de son fils, ressortissant français. Enfin, l'intéressé n'établit ni même n'allègue être isolé dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans, et ne présente aucune intégration particulière sur le territoire français. Par suite, la décision litigieuse n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. M. A B n'est pas fondé à se prévaloir des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale / () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. La décision de refus de séjour opposée au requérant n'ayant ni pour objet ni pour effet de le séparer de son fils mineur avec lequel il ne réside pas et avec lequel, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, il ne justifie pas de l'intensité des liens entretenus, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, la décision lui refusant un titre de séjour n'encourant pas la censure du tribunal, M. A B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 8 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

14. Ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, M. A B ne démontre ni l'intensité des relations qu'il entretient avec son fils de nationalité française ni sa participation à son entretien et à son éducation. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le conseil de M. A B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A B est rejeté

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A B, au préfet de la Nièvre et à la SCP Bon, de Saulce Latour.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

Mme Hascoët, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.

Le président-rapporteur,

P. Nicolet

L'assesseur le plus ancien,

I. Hugez

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

lc

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