mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2302276 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | AXIENS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 2 août 2023 et 5 janvier et 8 février 2024, l'exploitation agricole à responsabilité limitée Duvert David et Anne-Sophie, représentée par la société civile professionnelle d'avocats Axiojuris - Lexiens, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er mars 2023, par laquelle la directrice générale de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer a fixé le montant de l'aide aux investissements vitivinicoles octroyée, à la somme de 171 185,59 euros, en tant que cette décision ne lui accorde pas un montant d'aide supplémentaire de 4 683,36 euros, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer de procéder à une nouvelle instruction de sa demande dans la limite de l'annulation prononcée, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de deux cents euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée du 1er mars 2023 ne mentionne pas les motifs de droit et de fait qui ont amené l'établissement public à exclure certaines dépenses lors du calcul du montant de l'aide octroyée ;
- cette décision n'est pas revêtue de la signature de son auteur ;
- lors de l'instruction de sa demande, FranceAgriMer a interverti les montants de 644,08 euros non éligibles et 30 749,20 euros éligibles ;
- les montants renseignés dans le téléservice tiennent déjà compte de la proratisation en fonction des surfaces, tant pour le bâtiment neuf que pour la salle de dégustation, de sorte que FranceAgriMer a commis une erreur de fait ;
- l'avant-projet sommaire constitue une étude préalable au sens de l'annexe 1 et du f de l'article 2.2.1 de la décision INTV-GPASV-2021-44 du 20 octobre 2021 de la directrice générale de FranceAgriMer, de sorte qu'elle est fondée à demander la réintégration d'une somme de 4 525 euros hors taxes dans les dépenses éligibles ; le montant des frais d'études doit être recalculé en prenant en compte un montant total de dépenses plafonnées de 581 616,95 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 15 décembre 2023 et 26 janvier 2024, l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par l'exploitation agricole requérante ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées par une lettre du 28 décembre 2023 que cette affaire était susceptible, à compter du 29 janvier 2024, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 12 mars 2024 par ordonnance du même jour.
L'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer a produit, à la demande du tribunal, des éléments complémentaires, enregistrés le 1er août 2024, qui ont été communiqués dans les conditions prévues par les dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 ;
- le règlement délégué (UE) n° 2016/1149 de la Commission du 15 avril 2016 ;
- le règlement d'exécution (UE) n° 2016/1150 de la Commission du 15 avril 2016 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le décret n° 2018-787 du 11 septembre 2018 ;
- la décision INTV-GPASV-2021-44 du 20 octobre 2021 de la directrice générale de FranceAgriMer ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Irénée Hugez,
- les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public,
- et les observations de Me Goirand, représentant l'exploitation agricole à responsabilité limitée Duvert David et Anne-Sophie.
Considérant ce qui suit :
1. L'exploitation agricole à responsabilité limitée Duvert David et Anne-Sophie, dont l'activité est la culture de la vigne, et dont le siège est à Prissey en Saône-et-Loire, a déposé, le 17 février 2022, un dossier de demande d'aide communautaire aux investissements vitivinicoles auprès de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer, dont l'objet était notamment la construction d'un bâtiment neuf de production, d'une salle de dégustation et d'une chaîne de réception de vendange et l'acquisition de matériel et d'équipements de vinification. Par une lettre du 24 février 2022, l'établissement public a accusé réception de cette demande et a indiqué, au vu des éléments produits, que le montant maximal de l'aide susceptible d'être octroyée est de 176 737,21 euros et que cet accusé de réception valait autorisation de commencer les travaux à compter du 3 février 2022. Par une nouvelle lettre du 22 avril 2022, l'établissement public a délivré un accusé de réception de " dossier complet à première vue ", sous réserve de l'instruction détaillée de la demande et a informé la société que sa demande était retenue au titre de l'appel à projets de l'année 2022. Par une décision d'éligibilité, en date du 1er mars 2023, l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer a octroyé à l'EARL Duvert David et Anne-Sophie une aide d'un montant de 171 185,59 euros, correspondant à des dépenses éligibles d'un montant total de 570 618,64 euros. Le silence de l'établissement public a fait naître une décision implicite de rejet du recours gracieux, en date du 19 avril 2023, par lequel la société conteste cette décision, en tant qu'elle ne lui attribue pas une aide d'un montant de 175 868,95 euros. Par sa requête, l'EARL Duvert David et Anne-Sophie demande au tribunal d'annuler la décision du 1er mars 2023, en tant que celle-ci ne lui a pas accordé un montant d'aide complémentaire de 4 683,36 euros, et la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité externe :
2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que l'exploitation agricole requérante a été informée le 22 avril 2022 de ce que sa demande était retenue au titre de l'appel à projet 2022 au sens des dispositions de l'article 5.4.3. de la décision n° INTV-GPASV-2021-44 du 20 octobre 2021. En conséquence, la décision attaquée, qui a été prise, conformément à l'article 5.5. de cette décision, à l'issue de la procédure d'instruction des demandes d'aide, visant à contrôler le respect des critères d'admissibilité, alors que la société avait déjà été informée, comme il vient d'être dit, de ce que sa demande était retenue au titre de l'appel à projet 2022, doit être regardée comme une décision refusant un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir, et devait être motivée en vertu des dispositions précitées.
4. En l'espèce, il ressort des termes mêmes de cette décision du 1er mars 2023 qu'elle mentionne notamment le règlement (UE) n° 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013, le décret du 11 septembre 2018 relatif au programme d'aide national au secteur vitivinicole pour les exercices financiers 2019 à 2023 et la décision n° INTV-GPASV-2021-44 du 20 octobre 2021 modifiée et consolidée définissant les conditions de mise en œuvre par FranceAgriMer d'une aide aux programmes d'investissements vitivinicoles sur lesquels elle se fonde. Ainsi est-elle suffisamment motivée en droit. Néanmoins, si cette décision mentionne le montant maximum d'aide susceptible d'être octroyé, le montant des dépenses éligibles, les diverses obligations mises à la charge du bénéficiaire, la répartition des dépenses éligibles par action et sous-action, le montant d'aide en résultant et les " actions constituant les objectifs principaux qui ne peuvent pas être annulées ", elle ne mentionne ni les dépenses considérées comme inéligibles, ni les motifs de fait ayant conduit à les écarter. Dès lors, la décision du 1er mars 2023, en tant qu'elle refuse un montant d'aide supplémentaire de 4 683,36 euros, est insuffisamment motivée et doit, pour ce motif, être annulée.
En ce qui concerne la légalité interne :
5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté par l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer que le montant éligible des dépenses de maçonnerie retenu par l'établissement public pour le bâtiment neuf de production est erroné et qu'il aurait dû être égal à 30 749,20 euros et non à 644,08 euros. Dès lors, le moyen soulevé doit être accueilli et l'EARL Duvert David et Anne-Sophie est à nouveau fondée à demander l'annulation des décisions attaquées.
6. En deuxième lieu, aux termes du b), intitulé " Plafonnement des investissements relatifs à la construction de biens immeubles " de l'article 2.2.1. de la décision n° INTV-GPASV-2021-44 du 20 octobre 2021 de la directrice générale de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer : " Les dépenses éligibles en construction, extension de biens immeubles, hors création d'un caveau, hors création d'une salle de dégustation, sont plafonnées à 600 €/m² et la superficie éligible est plafonnée à 10 000 m² par bâtiment. ".
7. Il est constant que la surface éligible à l'aide du bâtiment neuf de production est de 104 mètres carrés. Dès lors, en vertu des dispositions précitées, le montant des dépenses éligibles pour ce bâtiment était plafonné à la somme de 62 400 euros (600 x 104). Or, le montant des dépenses éligibles pris en compte par l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer dans les décisions en litige est de 50 102,04 euros, auquel doit être ajouté le montant résultant de l'erreur matérielle commise mentionnée au point 5 du présent jugement, portant le montant précité de 50 102,04 euros à la somme de 80 207,16 euros (50 102,04 + 30 749,20 - 644,08). Ce montant doit être plafonné à la somme de 62 400 euros en vertu de ce qui vient d'être dit. Dans ces conditions, une fois qu'il a été fait droit au moyen analysé au point 5 du présent jugement, le moyen tiré de ce que la société avait déclaré des montants de dépenses déjà proratisés par la part des surfaces éligibles et de ce que FranceAgriMer, en appliquant à ces dépenses une nouvelle proratisation, aurait commis une erreur de fait, ne peut qu'être écarté comme inopérant, dès lors qu'il est dépourvu d'incidence sur le montant des dépenses éligibles relatives au bâtiment neuf de production, en raison du plafonnement de ce montant.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'EARL Duvert David et Anne-Sophie est fondée à demander l'annulation de la décision du 1er mars 2023, par laquelle la directrice générale de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer a fixé le montant de l'aide aux investissements vitivinicoles octroyée, à la somme de 171 185,59 euros, en tant que cette décision ne lui accorde pas un montant d'aide supplémentaire de 4 683,36 euros, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ".
10. Les motifs du présent jugement impliquent, d'une part, qu'il soit enjoint à l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer de prendre une nouvelle décision, conformément aux motifs du présent jugement, après une nouvelle instruction de la demande de l'EARL Duvert David et Anne-Sophie, en tant que cette demande porte sur un montant complémentaire de 4 683,36 euros, et d'autre part, qu'il soit enjoint à l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer de rectifier dans cette nouvelle décision l'erreur mentionnée au point 5 du présent jugement. Il y a lieu d'enjoindre à l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer de procéder à ces mesures d'exécution dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l'EARL Duvert David et Anne-Sophie et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 1er mars 2023, par laquelle la directrice générale de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer a fixé le montant de l'aide aux investissements vitivinicoles octroyée à l'EARL Duvert David et Anne-Sophie, à la somme de 171 185,59 euros, est annulée en tant que cette décision ne lui accorde pas un montant d'aide supplémentaire de 4 683,36 euros.
Article 2 : La décision implicite de rejet du recours gracieux de l'EARL Duvert David et Anne-Sophie à l'encontre de la décision visée à l'article premier du présent jugement est annulée.
Article 3 : Il est enjoint à l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer de réexaminer, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, la demande d'aide du 17 février 2022 de l'EARL Duvert David et Anne-Sophie, en tant que cette demande porte sur un montant complémentaire de 4 683,36 euros, de prendre, dans ce même délai, une nouvelle décision sur cette demande, conformément aux motifs du présent jugement, et de rectifier à cette occasion l'erreur mentionnée au point 5 du présent jugement.
Article 4 : L'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer versera la somme de 1 500 euros à l'EARL Duvert David et Anne-Sophie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de l'EARL Duvert David et Anne-Sophie est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à l'exploitation agricole à responsabilité limitée Duvert David et Anne-Sophie et à l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
M. Hugez, premier conseiller,
M. Cherief, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
Le rapporteur,
I. Hugez
Le président,
Ph. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026