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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302277

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302277

jeudi 10 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302277
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantBEN HADJ YOUNES SANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 8 août 2023, M. A B, représenté par Me Ben Hadj Younès, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 juillet 2023, par lequel le préfet de la Nièvre l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des articles L. 761 1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté attaqué :

- cet arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il était " loisible au préfet " de mettre en exécution la mesure d'éloignement prise par les autorités italiennes sur le fondement de l'article L. 615-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision, stéréotypée, est insuffisamment motivée au regard des critères fixés par la loi ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 août 2023, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 7 août 2023 à 15 heures.

Au cours de l'audience publique, en présence de Mme Lelong, greffière, Me Ben Hadj Younès a sollicité, à titre exceptionnel, un report, fixé au 8 août 2023 à 16 heures, afin de présenter un mémoire dans l'intérêt de son client, M. B, également présent.

Le dossier a été radié du rôle de l'audience du 7 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Hunault en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 8 août 2023 à 16 heures.

A été entendu au cours de l'audience publique, en présence de Mme Lelong, greffière, le rapport de Mme Hunault, première conseillère.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 12 février 1984, a déclaré être entré irrégulièrement en France en octobre 2022 suite à une décision d'éloignement prise par les autorités italiennes. Par deux arrêtés du 31 juillet 2023, le préfet de la Nièvre l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, puis l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. B demande l'annulation du premier arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à plusieurs décisions :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Ludovic Pierrat, secrétaire général de la préfecture de la Nièvre, à qui la préfet a donné délégation, par un arrêté du 11 mai 2023 publié le lendemain au recueil n° 58-2023-063 des actes administratifs de la préfecture, aisément accessible en ligne contrairement à ce qui est soutenu, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et ne peut qu'être écarté.

5. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Selon l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".

6. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne en outre les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 précité. Enfin, il expose avec une précision suffisante la situation personnelle, administrative, professionnelle et familiale de M. B. Ainsi, l'arrêté en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français sans délai et fixe le pays de destination, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

7. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Selon l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions () d'interdiction de retour () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

8. En l'espèce, l'interdiction de retour sur le territoire français vise notamment les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette décision, qui n'est nullement stéréotypée, énumère, contrairement aux allégations du requérant, les critères rappelés au point qui précède, en particulier l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement, attestant de fait de la prise en compte par le préfet de l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées, ainsi qu'en témoigne, du reste, la limitation de la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à seulement un an. Enfin, en l'absence d'une précédente mesure d'éloignement du territoire français et de menace à l'ordre public, le préfet de la Nièvre n'avait pas à préciser expressément ne pas retenir ces motifs.

9. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué pris dans son ensemble doit être écarté.

En ce qui concerne le surplus des moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Il ressort des dispositions des articles L. 610-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives à l'obligation de quitter le territoire français, de celles des articles L. 615-1 et suivants relatives aux cas de l'étranger obligé de quitter le territoire d'un autre État membre de l'Union européenne ou d'un État dans lequel s'applique l'acquis de Schengen et de celles des articles L. 621-1 et suivants relatives aux procédures de remise aux États membres de l'Union européenne ou parties à la convention d'application de l'accord de Schengen que le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre État ne sont pas exclusifs l'un de l'autre et que le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre.

11. S'il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'un signalement au système d'information Schengen et d'une décision d'éloignement par les autorités italiennes, le préfet de la Nièvre n'était nullement tenu de mettre en œuvre la procédure prévue par l'article L. 615-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, aucun texte ne subordonne l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'inexistence d'une mesure d'éloignement prise par un autre Etat membre de l'Union européenne ou par un Etat avec lequel s'applique l'acquis de Schengen et susceptible d'être mise en œuvre sur le fondement de l'article L. 615-1 du même code. Dès lors le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne le surplus des moyens dirigés contre les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi :

12. Les moyens invoqués à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, M. B n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination.

En ce qui concerne le surplus des moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

14. En second lieu, l'intéressé, qui ne peut se prévaloir ni d'une ancienneté de séjour ni d'attaches particulières sur le territoire national, ne justifie pas de la réalité de la présence alléguée de son épouse et de ses enfants en Italie, pas plus qu'il ne démontre entretenir des liens avec les enfants qu'il dit avoir, ni même n'allègue que ces derniers seraient en situation régulière dans cet Etat membre de l'Union européenne. En tout état de cause, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale soit reconstituée dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, il n'apparaît pas qu'en fixant à un an la durée pendant laquelle M. B ne pourra revenir en France, le préfet de la Nièvre ait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 31 juillet 2023 par lequel le préfet de la Nièvre l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Nièvre et à Me Ben Hadj Younès.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 août 2023.

La magistrate désignée,

K. HunaultLa greffière,

L. Lelong

La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

No 2302277

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