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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302420

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302420

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302420
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationCH 1 JU
Avocat requérantBEAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 août 2023 M. B A, représenté par Me Beaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 3 juillet 2021, 17 décembre 2021 à 14h40, 17 décembre à 15h et 27 juillet 2022 ; à titre subsidiaire d'annuler la décision lui retirant trois points à la suite de l'infraction du

27 juillet 2022 ;

2°) d'annuler la décision " 48 SI " du 14 juin 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reconstituer son capital de points et de lui restituer son permis de conduire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ; à titre subsidiaire d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les trois points retirés à la suite de l'infraction du 27 juillet 2022 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-il n'a pas reçu, à l'occasion des infractions relevées contre lui, les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

-la décision " 48 SI " est irrégulière en ce qu'elle porte notification globale des décisions de retrait de points en méconnaissance des dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, de sorte qu'il n'a pas été informé, dès le stade de la constatation de l'infraction, de la réduction de points susceptible d'être encourue du fait de la commission de l'infraction relevée à son encontre.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 avril 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 17 avril 2024 la clôture de l'instruction a été fixée au

3 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rousset, vice-président, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Rousset a été seul entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A demande au tribunal d'annuler les décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 3 juillet 2021, 17 décembre 2021 à 14h40, 17 décembre 2021 à 15h et 27 juillet 2022 ainsi que la décision " 48 SI " du 14 juin 2023 invalidant son permis de conduire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de notification :

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 223-3 du code de la route : " Le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple quand il est effectif ".

3. M. A soutient que les décisions de retrait de points contestées ne lui ont jamais été notifiées et que la notification globale de ces décisions dans la décision " 48SI " portant invalidation de son permis de conduire est irrégulière. Toutefois, la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévue par les dispositions de l'article

L. 223-3 du code de la route, ne conditionne pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette procédure a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que le ministre de l'intérieur ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait ainsi lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que, dans la décision procédant au retrait des derniers points, il récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur qui demeure recevable à exciper de l'illégalité de chacun de ces retraits. Ainsi, les moyens relatifs au défaut de notification des décisions de retraits de points et à la notification de ces mêmes décisions à l'occasion de la décision contestée portant invalidation du permis de conduire de M. A sont inopérants et doivent être écartés.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information :

4. Il résulte des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'accomplissement de la formalité substantielle prescrite par ces dispositions, qui constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, conditionne la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité du retrait de points. L'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document lui permettant de constater la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

S'agissant de la décision de retrait de point consécutive à l'infraction du 27 juillet 2022 (2 points) :

5. Le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle-ci, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée de l'obligation d'information qui lui incombe en vertu des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, à moins que l'intéressé, à qui il appartenait à cette fin de produire l'avis de contravention qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

6. Il ressort du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. A que celui-ci a procédé au règlement différé de l'amende forfaitaire correspondant à l'infraction du 27 juillet 2022. En outre, le requérant ne démontre pas s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet. Dès lors, l'administration est réputée lui avoir délivré l'information requise. Par suite, le moyen tiré de ce que M. A n'avait pas bénéficié de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route suite à la commission de l'infraction du 27 juillet 2022 doit être écarté.

S'agissant des décisions de retrait de points consécutives aux infractions du

17 décembre 2021 à 14h40 (4 points) et 15h (6 points):

7. L'omission de la formalité prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route est sans influence sur la régularité du retrait de points lorsque la réalité de l'infraction a été établie par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester. Cette dernière condition est également remplie lorsque la condamnation intervient selon la procédure simplifiée régie par les articles 524 et suivants du code de procédure pénale, qui permettent au juge de statuer sans débat préalable sur une contravention de police, mais qui réservent la possibilité, pour le prévenu, de former opposition à l'ordonnance pénale ainsi prononcée et d'obtenir que l'affaire soit portée à l'audience du tribunal de police ou de la juridiction de proximité dans les formes de la procédure ordinaire.

8. Il résulte de l'instruction, et notamment de la mention " 72 " et " 76 " figurant au relevé d'information intégral de l'intéressé, que les infractions commises par M. A le

17 décembre 2021 à 14h 40 et 15h ont donné lieu à une condamnation pénale prononcée par le tribunal de police de Mâcon le 23 janvier 2023 devenue définitive le 18 février 2023, ce que ne conteste pas le requérant. Dès lors, il ne peut se prévaloir utilement de la méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le moyen tiré d'un défaut d'information doit, par suite, être écarté.

S'agissant de la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du 3 juillet 2021 (4 points) :

9. il résulte du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale qu'en l'absence de paiement ou de requête en exonération, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Conformément aux dispositions de l'article A. 37-28 du code de procédure pénale, ce titre exécutoire est adressé au contrevenant sous forme d'avis d'amende forfaitaire majorée qui contient une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est constatée et dont il est établi qu'il a payé sans objection l'amende forfaitaire majorée correspondant à cette infraction ou n'a formé aucune réclamation dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale a nécessairement reçu le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit alors être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

10. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral que l'infraction commise le 3 juillet 2021 a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur produit un bordereau de situation en date du 16 octobre 2023 établissant que M. A s'est acquitté, du montant de l'amende forfaitaire majorée auprès du centre d'encaissement des amendes. Ainsi, l'intéressé, qui a nécessairement reçu l'avis d'amende forfaitaire majorée, compte tenu de ce qui a été dit au point 9, n'établit ni même n'allègue que cet avis était inexact ou incomplet. Dès lors, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le requérant de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende correspondant à l'infraction susmentionnée, les informations requises en vertu des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions susmentionnées ainsi que de la décision référencée " 48 SI " du 14 juin 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande M. A au titre des frais qu'il a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.

Le magistrat désigné,

O. RoussetLa greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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