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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302427

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302427

lundi 28 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302427
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationREFERE
Avocat requérantBIGARNET VALENTIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 août 2023, M. A C, représenté par Me Bigarnet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 20 août 2023, par lequel le préfet de la Nièvre l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'annuler l'arrêté du 20 août 2023, par lequel le préfet de la Nièvre l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune de Clamecy pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Nièvre de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative, sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que " la décision " méconnaît son droit à sa vie privée et familiale et, ce faisant, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 août 2023, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen soulevé par le requérant n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B, par une décision du 1er septembre 2022, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes prévues à l'article L. 614-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 28 août 2023 à 8 heures 30 minutes.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Irénée Hugez ;

- les observations de Me Bigarnet, représentant M. C, qui s'en rapporte à ses écritures.

Le préfet de la Nièvre n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 8 heures 32 minutes.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien, né le 15 février 1994 en Algérie, a déclaré être entré irrégulièrement sur le territoire français en février 2020. Par un arrêté, en date du 30 avril 2021, le préfet de l'Yonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année. Le recours de l'intéressé à l'encontre de cet arrêté a été rejeté par un jugement du 13 septembre 2021 du tribunal administratif de Dijon. À la suite du placement de M. C en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour, le préfet de la Nièvre, par un premier arrêté en date du 20 août 2023, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un second arrêté du même jour, le préfet de la Nièvre l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune de Clamecy pour une durée de quarante-cinq jours. M. C demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. C.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. L'unique moyen soulevé qui n'est assorti d'aucun élément de fait venant à son soutien, est dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, si M. C a antérieurement mentionné qu'il a résidé en France entre février 2020 et mai 2021, puis entre mai 2022 et août 2023, qu'il a travaillé illégalement à Auxerre, et qu'il dispose en France d'une tante et d'une sœur, il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé s'est maintenu en France sans jamais disposer de titre de séjour et sans tenter de régulariser sa présence sur le territoire français, qu'il n'établit aucune des circonstances en matière de famille et de travail dont il s'est prévalu et qu'il n'est pas isolé en Algérie, pays dans lequel il a vécu la plus grande partie de sa vie, et dans lequel réside sa mère. Alors en outre que l'intéressé est célibataire et sans enfant et qu'il a déjà fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français, les arrêtés attaqués ne portent pas une atteinte disproportionnée à son droit à sa vie privée et familiale, au regard des motifs pour lesquels ils ont été pris. Dès lors, M. C n'est, en tout état de cause, pas fondé à soutenir que ces décisions méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est fondé à demander l'annulation ni de l'arrêté du 20 août 2023, par lequel le préfet de la Nièvre l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a assorti ces décisions d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, ni de l'arrêté du 20 août 2023, par lequel le préfet de la Nièvre l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune de Clamecy pour une durée de quarante-cinq jours.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C, et par voie de conséquence, celles à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le conseil de M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de la Nièvre et à Me Valentin Bigarnet.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 août 2023.

Le magistrat désigné,

I. B

La greffière,

L. Lelong

La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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