jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2302483 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | CH 2 JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 août 2023 et le 3 juin 2024, M. A B, représenté par Me Caille, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 avril 2023 par laquelle Pôle Emploi a refusé de l'inscrire rétroactivement sur la liste des demandeurs d'emploi à compter du 28 janvier 2023 ;
2°) d'enjoindre à France Travail de l'inscrire sur la liste des demandeurs d'emploi à compter du 28 janvier 2023 ;
3°) de fixer tout ou partie de ses droits en renvoyant, au besoin, devant France Travail, afin que soit procédé à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs du jugement à venir.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- elle relève de la compétence de la juridiction administrative ;
- il appartenait à Pôle emploi de fixer la date d'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi le 28 janvier 2023, à l'issue de son contrat à durée déterminée, c'est-à-dire à la date où toutes les conditions d'inscription étaient effectivement réunies ;
- il a transmis personnellement tous les documents qui étaient requis, lesquels caractérisaient qu'il avait accès au marché du travail puisqu'étant à la recherche d'un emploi depuis le 28 janvier 2023 ; en outre les documents fournis permettaient de justifier de son identité et de sa domiciliation ;
- il remplissait, à la date du 28 janvier 2023, toutes les conditions d'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi, telles que définies par le code du travail et précisées par l'instruction Pôle emploi n° 2011-192 du 24 novembre 2011 relative à l'inscription des demandeurs d'emploi et au projet personnalisé d'accès à l'emploi ;
- son dépôt du dossier à la date du 1er mars 2023 s'explique par la tardiveté de l'envoi de l'attestation UNEDIC par son employeur ;
- l'article R. 5411-2 du code du travail a pour seul objet d'établir que l'inscription doit être faite par voie électronique ; aucune disposition légale ou réglementaire ne conditionne la détermination de la date d'inscription sur la liste des demandeurs d'emplois à " sa validation par le système informatique " comme l'a pourtant retenu Pôle emploi aux termes de sa décision ;
- en refusant d'apprécier s'il respectait les conditions d'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi, Pôle emploi s'est privé de son propre pouvoir d'appréciation et s'est placé par voie de conséquence en situation d'incompétence négative ;
- il demande simplement que la date de prise d'effet de cette inscription sur les listes de demandeurs d'emploi soit fixée à la date ou il remplissait les conditions légales et réglementaires pour ce faire ;
- il a travaillé, de sorte qu'il ne remplissait pas les conditions d'inscription sur une telle liste, qui n'est ouverte qu'aux personnes qui recherchent un emploi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2024, France Travail conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est dépourvue de tout moyen de droit ;
- la requête est tardive et, par suite, irrecevable ;
- le litige relatif aux allocations chômage ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative ;
- M. B est inscrit sans interruption depuis le 13 mai 2021, sa demande d'inscription rétroactive comme le refus qui lui a été opposé sont donc sans objet ;
- les moyen soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Cherief, conseiller, en application de l'article
R. 222-13 du code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Hamza Cherief, magistrat désigné.
Considérant ce qui suit :
1. M. B dont le contrat à durée déterminée a pris fin le 28 janvier 2023, a procédé à une demande d'allocation de retour à l'emploi le 1er mars 2023, après avoir reçu l'attestation " Unedic " délivrée par son ancien employeur le 22 février 2023. Par une lettre du 21 avril 2023, il a sollicité le versement de son allocation de retour à l'emploi à compter du 28 janvier 2023, soit à compter de la date de la fin de son contrat à durée déterminée, et non à compter du 1er mars 2023. Par une décision du 27 avril 2024, Pôle emploi a rejeté sa demande au motif que l'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi ne pouvait pas avoir d'effet rétroactif. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 5411-1 du code du travail : " A la qualité de demandeur d'emploi toute personne qui recherche un emploi et demande son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi auprès de Pôle emploi ". Aux termes de l'article R. 5411-2 de ce code : " L'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi est faite par voie électronique auprès de Pôle emploi. Le travailleur recherchant un emploi qui demande son inscription déclare sa domiciliation et transmet les informations permettant de procéder à son identification. A défaut de parvenir à s'inscrire lui-même par voie électronique, le travailleur recherchant un emploi peut procéder à cette inscription dans les services de Pôle emploi, également par voie électronique, et bénéficier le cas échéant de l'assistance du personnel de Pôle emploi. () ".
3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur le droit à l'inscription sur la liste des demandeurs d'emploi, qui relève des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer.
4. M. B fait valoir, dans ses écritures qu'il a procédé à son inscription sur la liste des demandeurs d'emplois le 1er mars 2023. Toutefois, d'une part, il résulte de l'instruction que M. B est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi depuis le 13 mai 2021 et, d'autre part, et en tout état de cause, la circonstance que son ancien employeur lui a transmis seulement le 22 février 2023 l'attestation " Pôle emploi " destinée à apprécier ses droits à l'allocation de retour à l'emploi, alors que son contrat à durée déterminée a pris fin le 28 janvier 2023, ne faisait pas obstacle à ce qu'il procède à son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi dès la fin de son contrat de travail. Par suite, c'est par une exacte application des dispositions citées au point 2 du présent jugement que France Travail a refusé de procéder à l'inscription rétroactive de
M. B sur la liste des demandeurs d'emploi à compter du 28 janvier 2023.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées en défense par France Travail, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à ce que le tribunal fixe tout ou partie de ses droits en renvoyant, au besoin, devant France Travail, afin que soit procédé à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs du jugement à venir.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à France Travail.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
H. CheriefLa greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
La greffière,
lc
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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