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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302625

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302625

mardi 20 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302625
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantGRENIER

Résumé IA

Cette décision du Tribunal Administratif de Dijon (2ème chambre) concerne le recours pour excès de pouvoir de M. A, ressortissant marocain, contre le refus implicite du préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour "vie privée et familiale". Le tribunal constate que le préfet, mis en demeure, n'a pas produit de mémoire et est réputé avoir acquiescé aux faits non contredits. Il retient que la décision implicite de rejet est née le 17 juin 2021, date à laquelle le fils de M. A était encore mineur. Le tribunal annule cette décision au motif qu'elle méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, M. A justifiant contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant depuis sa naissance.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 septembre 2023, M. B C A, représenté par Me Grenier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre la somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il a déposé une demande de titre de séjour en janvier 2020 ; il a été mis en possession de récépissés de demande de titre de séjour tardivement, a priori le 17 février 2021 ; une décision implicite de rejet de sa demande est réputée intervenue en 2020, voire au plus tard le 17 juin 2021 ; à cette date, son fils était mineur et il justifiait contribuer à son entretien et son éducation et ce, depuis sa naissance ;

- elle méconnaît également l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'intégralité de ses attaches privées et familiales se situent en France où vivent son épouse et ses enfants.

La requête a été communiquée au préfet de la Côte-d'Or qui n'a pas produit de mémoire en défense en dépit d'une mise en demeure qui lui a été adressée le 16 septembre 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 23 octobre 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pauline Hascoët,

- et les observations de Me Grenier, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C A, ressortissant marocain, a effectué des missions dans différents consulats du Maroc en France et en Espagne. Il est notamment entré en France en 2002 en tant qu'attaché consulaire au consulat du Maroc à Dijon. Il a par la suite résidé en Espagne où il a occupé les fonctions de vice-consul au consulat du Maroc dans cet Etat. Son épouse et ses enfants se sont installés à Dijon en 2011. A compter de l'année 2014, retraité, M. A a effectué des voyages entre le Maroc et la France où il a séjourné sous couvert de visas de court séjour. Il a finalement sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par sa requête, il demande l'annulation de la décision implicite de rejet de cette demande de titre de séjour.

Sur l'acquiescement aux faits :

2. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". En vertu de ces dispositions, d'une part, une mise en demeure peut être adressée à la partie appelée à produire un mémoire dans le cadre de l'instruction qui n'a pas respecté le délai qui lui a été imparti à cet effet et, d'autre part, si malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les écritures du requérant. Néanmoins, cette circonstance ne dispense pas le tribunal, d'une part, de vérifier que les faits allégués par le requérant ne sont pas contredits par les pièces versées au dossier, d'autre part, de se prononcer sur les moyens de droit qu'il invoque.

3. En l'espèce, le préfet de la Côte-d'Or a été mis en demeure de produire ses observations le 16 septembre 2024. Cette mise en demeure est restée sans effet. Dans ces conditions, cette autorité administrative est réputée, conformément aux dispositions de l'article R. 612-6 précité, avoir admis l'exactitude matérielle des faits allégués par M. A et non contredits par les pièces du dossier.

Sur l'étendue du litige :

4. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". L'article R. 432-2 du même code dispose : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ".

5. M. A produit deux récépissés de demande de titre de séjour, délivrés respectivement le 17 février 2021 et le 17 août 2021 par le préfet de la Côte-d'Or, mentionnant expressément que l'intéressé " a demandé la délivrance d'un premier titre de séjour portant la mention vie privée et familiale ". M. A produit également une convocation à un rendez-vous en préfecture le 17 février 2021 " afin de poursuivre l'enregistrement de votre demande de titre de séjour ". Dès lors que le premier récépissé a été délivré le 17 février 2021, une décision implicite de rejet de la demande de l'intéressé est née le 17 juin 2021. En revanche, les allégations selon lesquelles la demande de titre de séjour aurait été déposée dès 2020, à une date d'ailleurs imprécise, sont contredites par les pièces du dossier précitées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable à la date de la décision implicite de rejet : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

7. M. A soutient qu'il a demandé un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, en qualité de parent d'enfant français et le préfet est réputé acquiescer à ces faits qui ne sont pas contredits par les pièces du dossier.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A est le père d'un enfant français né le 13 décembre 2004 à Dijon. M. A fait valoir qu'il a toujours contribué à l'entretien et l'éducation de cet enfant. Le préfet est réputé acquiescer à ces faits qui ne sont pas contredits par les pièces du dossier. Cet enfant était mineur à la date de la décision attaquée. Il ressort des différents certificats de scolarité produits que cet enfant réside en France depuis 2011. Aucune pièce du dossier n'indique que M. A, qui est marié avec la mère de cet enfant, vivrait en état de polygamie. Par suite, M. A est fondé à soutenir que le préfet de la Côte-d'Or a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen soulevé par la requête, que la décision implicite née le 17 juin 2021 par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 423-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'accès de l'enfant français à la majorité ne fait pas obstacle au renouvellement de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7 ".

11. Il résulte de l'instruction que le fils de M. A est devenu majeur. Cette circonstance fait obstacle à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Côte-d'Or de délivrer un premier titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par suite, le présent jugement implique seulement que le préfet de la Côte-d'Or réexamine la situation de M. A. Il y a lieu de lui enjoindre de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés à l'instance :

12. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Grenier, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite née le 17 juin 2021, par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Côte-d'Or de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Grenier en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Grenier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions du requérant est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C A, à Me Grenier et au préfet de la Côte-d'Or.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 8 avril 2025, à laquelle siégeaient :

M. Philippe Nicolet, président,

M. Irénée Hugez, premier conseiller

Mme Pauline Hascoët, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mai 2025.

La rapporteure,

P. Hascoët

Le président,

P. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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