mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2302651 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | AXIENS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 septembre 2023 et 6 mars 2024, l'exploitation agricole à responsabilité limitée Domaine Charton, représentée par la société civile professionnelle d'avocats Axiojuris - Lexiens, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite, par laquelle la directrice générale de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer a refusé sa demande du 16 février 2023 de versement d'une somme de 8 162,29 euros, correspondant à la différence entre le montant de 143 551,86 euros d'aide au titre des investissements vitivinicoles auquel elle prétend et le montant versé de 135 389,57 euros, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 12 juin 2023 ;
2°) de condamner l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer à lui verser la somme de 8 162,29 euros dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de deux cents euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- ces décisions méconnaissent l'article 7.3 de la décision INTV-GPRSV-2017-57 du 27 juillet 2017 du directeur général de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer qui prévoit que le délai maximum de versement de l'aide est de douze mois suivant le dépôt de la demande de paiement valable et complète ; le solde de l'aide aurait dû lui être versé au plus tard en juin 2022, dès lors qu'elle a déposé sa demande de paiement le 4 juin 2021 ;
- la décision du 20 février 2024 ne revêt pas un caractère définitif et peut être retirée, de sorte que les conditions du non-lieu à statuer ne sont pas réunies.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2024, l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer conclut au non-lieu à statuer.
Il soutient qu'il a adressé une décision d'éligibilité modificative, en date du 20 février 2024, à l'EARL Domaine Charton, mentionnant un montant d'aide de 143 539,37 euros et va procéder au versement de la somme de 8 149,80 euros dans les meilleurs délais, de sorte que la requête est privée d'objet.
L'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer a produit, le 2 mai 2024, à la demande du tribunal, le décompte du 29 avril 2024 de règlement de la somme de 8 149,80 euros sur le compte bancaire de l'entreprise requérante.
Par un nouveau mémoire, enregistré le 22 mai 2024, l'exploitation agricole à responsabilité limitée Domaine Charton, représentée par la société civile professionnelle d'avocats Axiojuris - Lexiens, demande désormais au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite, par laquelle la directrice générale de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer a refusé sa demande du 16 février 2023 de versement d'une somme de 8 162,29 euros, correspondant à la différence entre le montant de 143 551,86 euros d'aide au titre des investissements vitivinicoles auquel elle prétend et le montant versé de 135 389,57 euros, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 12 juin 2023 ;
2°) de mettre à la charge de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer la somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été informées par une lettre du 23 juillet 2024 que cette affaire était susceptible, à compter du 19 août 2024, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été fixée au 13 septembre 2024 par ordonnance du même jour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 1308/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 ;
- le règlement délégué (UE) n° 2016/1149 de la Commission du 15 avril 2016 ;
- le règlement d'exécution (UE) n° 2016/1150 de la Commission du 15 avril 2016 ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le décret n° 2018-787 du 11 septembre 2018 ;
- la décision INTV-GPASV-2017-57 du 27 juillet 2017 du directeur général de FranceAgriMer ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Irénée Hugez,
- les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public,
- et les observations de Me Goirand, représentant l'EARL Domaine Charton.
Considérant ce qui suit :
1. L'exploitation agricole à responsabilité limitée (EARL) Domaine Charton, dont l'activité est la culture de la vigne, et dont le siège est à Mercurey en Saône-et-Loire, a déposé le 2 février 2018 un dossier de demande d'aide communautaire aux investissements vitivinicoles auprès de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer, dont l'objet était la construction d'un chai et d'un caveau, et l'acquisition d'équipements de cuverie, de maîtrise des températures et d'éléments destinés à la dégustation. Par une décision d'éligibilité du 4 octobre 2018, la directrice générale de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer a accordé une aide d'un montant de 157 601,35 euros à l'EARL requérante. A la suite de la demande de paiement, formée le 4 juin 2021 par cette entreprise, l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer lui a adressé une décision d'éligibilité modificative, portant réduction du montant de l'aide octroyée à la somme de 135 389,57 euros. L'EARL Domaine Charton a contesté cette décision, qui a été finalement retirée par une décision du 8 avril 2022 de l'établissement public. Par deux lettres successives, en dates des 16 février et 12 juin 2023, l'entreprise a sollicité le versement d'un montant complémentaire d'aide, de 8 162,29 euros. Des décisions implicites de rejet de ces demandes sont nées du silence de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer. Par sa requête, l'EARL Domaine Charton a demandé au tribunal d'annuler ces décisions implicites et de condamner l'établissement public à lui verser la somme de 8 162,29 euros sous astreinte.
Sur le désistement :
2. Dans le dernier état de ses écritures, l'exploitation agricole requérante ne demande plus à ce que l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer soit condamné à lui verser la somme demandée, sous astreinte, et maintient seulement, " à titre symbolique " ses conclusions à fin d'annulation. Dès lors, elle ne peut qu'être regardée comme se désistant de ses conclusions pécuniaires. Ce désistement étant pur et simple, rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
Sur le non-lieu à statuer :
3. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le pourvoi formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.
4. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision modificative d'éligibilité, en date du 20 février 2024, l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer a fixé à 143 539,37 euros le montant de l'aide attribuée à l'EARL Domaine Charton. Au demeurant, en tant que cette décision vise la somme de 8 149,80 euros, comprise dans la somme de 143 539,37 euros (135 389,57 + 8 149,80), elle est purement confirmative de la décision d'éligibilité initiale du 4 octobre 2018. Cette décision modificative était accompagnée d'une " note complémentaire - paiement correctif ", faisant état des différentes opérations d'octroi et de versement antérieures, et se concluant par l'annonce du paiement d'un " complément d'aide à hauteur de 8 149,80 euros ". Ces décisions, qui ont été notifiées au plus tard à la date à laquelle l'EARL a pris connaissance de leur communication par le tribunal, soit le 23 février 2024, étaient accompagnées d'une lettre de notification mentionnant les voies et délais de recours. Ces décisions ont en outre implicitement mais nécessairement entendu retirer les décisions implicites attaquées, en tant qu'elles portaient sur une somme de 8 149,80 euros. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la requête, en tant qu'elles portent sur une somme de 8 149,80 euros.
Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :
5. Une décision qui a pour objet l'attribution d'une subvention constitue un acte unilatéral qui crée des droits au profit de son bénéficiaire. Toutefois, de tels droits ne sont ainsi créés que dans la mesure où le bénéficiaire de la subvention respecte les conditions mises à son octroi, que ces conditions découlent des normes qui la régissent, qu'elles aient été fixées par la personne publique dans sa décision d'octroi, qu'elles aient fait l'objet d'une convention signée avec le bénéficiaire, ou encore qu'elles découlent implicitement mais nécessairement de l'objet même de la subvention.
6. En se bornant à soutenir que le versement du solde de l'aide qu'elle a réclamé était tardif, en méconnaissance des dispositions de l'article 7.3 de la décision INTV-GPASV-2017-57 du 27 juillet 2017 du directeur général de FranceAgriMer, sans justifier qu'elle remplissait les conditions mises à son octroi, sans même produire sa demande de versement de l'aide et sans davantage soutenir que la somme de 12,49 euros restant en litige lui serait due, alors que l'établissement public défendeur ne peut qu'être regardé comme considérant indu ce versement, l'EARL Domaine Charton ne critique pas utilement les décisions implicites de rejet qu'elle attaque, dans cette mesure. Dès lors, le seul moyen soulevé à leur encontre doit être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de l'EARL Domaine Charton tendant à l'annulation de la décision implicite, par laquelle la directrice générale de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer a refusé sa demande du 16 février 2023 de versement d'une somme de 8 162,29 euros, correspondant à la différence entre le montant de 143 551,86 euros d'aide au titre des investissements vitivinicoles auquel elle prétend et le montant versé de 135 389,57 euros, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 12 juin 2023, en tant que ces décisions portent sur le versement d'un montant d'aide de 12,49 euros (8 162,29 - 8 149,80), doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer une somme au titre des frais exposés par l'EARL Domaine Charton et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il est donné acte du désistement des conclusions pécuniaires de la requête de l'EARL Domaine Charton.
Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de l'EARL Domaine Charton, à fin d'annulation de la décision implicite, par laquelle la directrice générale de l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer a refusé sa demande du 16 février 2023 de versement d'une somme de 8 162,29 euros, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 12 juin 2023, en tant que ces décisions portent sur le versement d'un montant d'aide de 8 149,80 euros.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de l'EARL Domaine Charton est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'exploitation agricole à responsabilité limitée Domaine Charton et à l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer FranceAgriMer.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Nicolet, président,
M. Hugez, premier conseiller,
M. Cherief, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
Le rapporteur,
I. Hugez
Le président,
Ph. Nicolet
La greffière,
L. Curot
La République mande et ordonne à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026