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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302682

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302682

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302682
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon annule la décision du chef d'établissement du centre de détention de Joux-la-Ville suspendant le permis de visite de Mme A pour neuf mois. La suspension d'un permis de visite, en tant que mesure de police, doit être motivée et précédée d'une procédure contradictoire, conformément aux articles L. 122-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. En l'espèce, l'administration n'a pas démontré que Mme A avait été régulièrement avisée de la possibilité de présenter ses observations, méconnaissant ainsi le principe du contradictoire et les droits de la défense. Le tribunal enjoint au chef d'établissement de réexaminer la situation de Mme A.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 septembre et 3 octobre 2023, Mme B A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le chef d'établissement du centre de détention de Joux-la-Ville a suspendu son permis de visite au bénéfice de son compagnon pour une durée de neuf mois, du 8 juillet 2023 au 8 avril 2024 ;

2°) d'enjoindre à l'administration pénitentiaire de ramener la durée de la suspension de neuf mois à sept mois.

Elle soutient que :

- la décision attaquée méconnaît le principe du contradictoire et des droits de la défense ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- les faits, qu'elle conteste, sur lesquels se fonde cette décision, ne sont pas établis ;

- elle n'est en couple que depuis sept mois avec son compagnon et la décision attaquée leur porte préjudice.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code pénitentiaire ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hamza Cherief,

- et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A dit entretenir une relation avec son compagnon écroué depuis le 15 février 2022 et incarcéré au centre de détention de Joux-la-Ville. Le 8 juillet 2023, l'intéressé ayant été retrouvé en possession de 26,41 grammes de résine de cannabis, à la suite d'un parloir avec Mme A, le chef d'établissement a suspendu à titre conservatoire le permis de visite de la requérante. Par un courrier du 10 juillet 2023, le chef d'établissement du centre de détention de Joux-la-Ville allègue avoir informé l'intéressée de son intention de suspendre son permis de visite et l'a invitée à présenter ses observations écrites et orales. Par une décision, non datée, l'adjointe au chef d'établissement du centre de détention de Joux-la-Ville a suspendu le permis de visite de Mme A pour une durée de neuf mois, du 8 juillet 2023 au 8 avril 2024. Mme A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 341-5 du code pénitentiaire : " Pour les personnes condamnées, détenues en établissement pénitentiaire (), les permis de visite sont délivrés, refusés, suspendus ou retirés par le chef de l'établissement pénitentiaire. ".

3. Aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. () ". Aux termes des trois premiers alinéas de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (). ".

4. La décision de suspendre ou de retirer un permis de visite constitue une mesure de police administrative tendant à assurer le maintien de l'ordre public et de la sécurité au sein de l'établissement pénitentiaire ou, le cas échéant, la prévention des infractions. Elle doit, par conséquent, être motivée et précédée d'une procédure permettant à la personne intéressée de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales.

5. Mme A soutient qu'elle n'a jamais eu possession d'un avis de passage à son domicile concernant le document qui lui aurait permis de présenter ses observations au sujet de la suspension de son permis de visite. A cet égard, le garde des sceaux, ministre de la justice, produit à l'appui de son mémoire en défense une copie de la lettre du 10 juillet 2023 informant l'intéressée de l'intention de l'administration de suspendre son permis de visite et l'invitant à présenter ses observations écrites et orales, ainsi que l'enveloppe, sur laquelle figure la mention " pli avisé non réclamé ", et une preuve de dépôt de ce courrier auprès du bureau de poste de l'Isle-sur-Serrin le 2 août 2023 à 10 heures 30. Toutefois, aucun de ces documents ne mentionne la date à laquelle le pli contenant cette lettre a été présenté au domicile de la requérante, ni celle à laquelle cette dernière a été avisée de la mise en instance de ce pli au bureau de poste. Dès lors, les seules mentions visées ci-dessus ne sont pas suffisamment claires, précises et concordantes pour justifier que Mme A a bien été destinataire d'un avis de passage et le courrier en litige ne peut être regardé comme lui ayant été régulièrement notifié à la date dont se prévaut le garde des sceaux, ministre de la justice. Par suite, Mme A est fondée à faire valoir que la décision attaquée méconnaît le principe du contradictoire ainsi que les droits de la défense.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision par laquelle le chef d'établissement du centre de détention de Joux-la-Ville a suspendu son permis de visite au bénéfice de son compagnon pour une durée de neuf mois, du 8 juillet 2023 au 8 avril 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au chef d'établissement du centre de détention de Joux-la-Ville de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

D É C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le chef d'établissement du centre de détention de Joux-la-Ville a suspendu le permis de visite de Mme A au bénéfice de son compagnon pour une durée de neuf mois, du 8 juillet 2023 au 8 avril 2024, est annulée

Article 2 : Il est enjoint au chef d'établissement du centre de détention de Joux-la-Ville de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

M. Cherief, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024

Le rapporteur,

H. Cherief

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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