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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302708

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302708

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302708
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 3 JU
Avocat requérantMEGAM JACQUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 25 septembre 2023 sous le n° 2302708, M. B C, représenté par Me Megam, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, à défaut, de mettre fin à toute mesure de contrôle et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard dans l'attente du réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision de refus d'admission exceptionnelle au séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête été communiquée au préfet de la Côte-d'Or qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a produit des pièces le 16 octobre 2023.

II. Par une requête, enregistrée le 25 septembre 2023 sous le n° 2302710, Mme D A épouse C, représentée par Me Megam, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard et, à défaut, de mettre fin à toute mesure de contrôle et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard dans l'attente du réexamen de sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision de refus d'admission exceptionnelle au séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Côte-d'Or qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a produit des pièces le 16 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bois, conseillère, pour statuer sur les requêtes prévues par les dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bois a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C et Mme A épouse C, ressortissants macédoniens nés en 1974, entrés en France, selon leur déclaration, le 5 novembre 2022, ont présenté une demande d'asile qui a été successivement rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) les 31 mai 2022 et 31 août 2023. Par des arrêtés du 6 septembre 2023, le préfet de la Côte-d'Or leur a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi. Par les requêtes nos 2302708 et 2302710 qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, M. C et Mme A demandent au tribunal d'annuler les arrêtés du 6 septembre 2023.

Sur les demandes d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur leur requête, il y a lieu de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. C et de Mme A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté 18 octobre 2022, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Côte-d'Or le lendemain, le préfet de la Côte d'Or a notamment délégué sa signature à M. E, directeur de l'immigration et de la nationalité, pour ce qui concerne les obligations de quitter le territoire, les décisions fixant le délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi et, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, à Mme F, cheffe du service immigration et d'intégration. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E n'aurait pas été absent ou empêché le 6 septembre 2023. Par suite, les moyens tirés de ce que Mme F n'était pas compétente pour signer les décisions portant obligation de quitter le territoire manquent en fait et doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Côte-d'Or aurait omis de procéder à un examen personnalisé de la situation du couple requérant et n'aurait pas pris en compte les éléments relatifs à leur situation personnelle avant de statuer sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur de fait, du défaut d'examen réel et sérieux de leur situation et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Tout d'abord, les époux requérants, arrivés à une date très récente sur le territoire français en novembre 2022, ont vu leur demande d'asile rejetée et ne disposent plus d'un droit à se maintenir régulièrement sur le territoire français au titre de l'asile. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile du fils des requérants, M. H C, a été successivement rejetée par l'OFPRA et la CNDA les 31 mai 2023 et 31 août 2023 par des décisions qui ont été régulièrement notifiées et il n'est pas établi que ce dernier a sollicité un titre de séjour en raison de son état de santé et qu'il serait dans l'impossibilité de rejoindre son pays d'origine. En l'état du dossier, aucune circonstance ne fait dès lors obstacle à ce que la cellule familiale rejoigne son pays d'origine. Enfin, les requérants n'établissent pas avoir noué des liens significatifs personnels et professionnels durant leur très bref séjour en France et être dépourvus de tout lien avec leur pays d'origine. Dans ces conditions, les décisions portant obligation de quitter le territoire français n'ont pas porté aux droits des requérants au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Dans les circonstances particulières de l'espèce, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas davantage entaché les décisions attaquées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur les situations personnelles des intéressés.

En ce qui concerne les décisions fixant le délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 3, les moyens tirés du vice d'incompétence doivent être écartés.

8. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 4, les moyens tirés de l'erreur de fait, de l'erreur manifeste d'appréciation et du défaut d'examen réel et sérieux de la situation des requérants doivent être écartés.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation ".

10. Compte tenu de ce qui a été dit au point 6, en accordant un délai de départ volontaire de trente jours aux requérants, lequel est toujours susceptible de faire l'objet d'une décision de prolongation selon les circonstances propres à leur situation, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas entaché ses décisions fixant un délai de départ volontaire de trente jours d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de renvoi :

11. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 3, les moyens tirés du vice d'incompétence doivent être écartés.

12. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 4, les moyens tirés de l'erreur de fait, de l'erreur manifeste d'appréciation et du défaut d'examen réel et sérieux de la situation des requérants doivent être écartés.

13. En troisième lieu, les décisions portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachées d'illégalité, les moyens invoqués par la voie de l'exception à l'encontre des décisions fixant le pays de renvoi, tirés de l'illégalité de ces décisions, doivent être écartés.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires à l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

15. Les époux requérants, dont les demandes d'asile ont été successivement rejetées par l'OFPRA et la CNDA, qui se bornent à faire état, de manière non circonstanciée, de l'existence de risques en cas de retour dans leur pays d'origine, n'établissent ni la réalité ni l'actualité de ces risques. Dès lors, les moyens tirés de méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

En ce qui concerne les décisions de refus d'admission exceptionnelle au séjour :

16. Les époux ne pouvant pas se maintenir régulièrement sur le territoire au titre de l'asile et n'ayant pas présenté de demande de titre de séjour particulière, le préfet de la Côte-d'Or n'était pas tenu d'examiner une admission exceptionnelle de droit au séjour des intéressés. Les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation doivent dès lors être écartés comme étant inopérants. Au demeurant, compte tenu de ce qui a été dit au point 6, les époux requérants n'ont pas fait état devant les services du préfet de la Côte d'Or d'une situation particulière justifiant que leur soit accordé le bénéfice d'un droit exceptionnel au séjour.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. C et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 6 septembre 2023. Leurs conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C et Mme A, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par les requérants doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. C et Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : M. C et Mme A sont admis, à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes nos 2302708 et 2302710 est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Mme D A épouse C et au préfet de la Côte d'Or.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

La magistrate désignée,

C. BoisLa greffière,

M. G

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

Nos 2302708, 2302710

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