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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302772

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302772

mardi 16 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302772
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL DU PARC CABINET D'AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 octobre 2023, M. B A, représenté par la société d'exercice libéral à responsabilité limitée du Parc - Monnet - Bourgogne, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 23 août 2023, par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de procéder à l'enregistrement de sa demande titre de séjour, sur le fondement des dispositions des articles L. 425-9 et R. 425-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée ne compte ni prénom, ni nom, ni qualité de son auteur ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle n'est pas motivée en droit ;

- en refusant d'enregistrer sa demande au motif d'une appréciation portée sur son droit au séjour et non sur le seul caractère incomplet du dossier, le préfet de la Côte d'Or a commis une erreur de droit et méconnu les dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée le 5 octobre 2023 au préfet de la Côte-d'Or, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une décision du 27 novembre 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement, sur proposition du rapporteur public, l'a dispensé de présenter des conclusions sur ces affaires en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Irénée Hugez,

- et les observations de Me Cordin, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né en 1970 en Côte-d'Ivoire, a déclaré être entré sur le territoire français le 2 novembre 2022. Il a formé une demande d'asile le 11 janvier 2023 auprès des services de la préfecture de la Côte-d'Or. Cette demande a été rejetée par une décision du 27 avril 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. L'intéressé a formé un recours à l'encontre de cette décision, qui a été rejeté par une décision du 16 octobre 2023 de la Cour nationale du droit d'asile. En outre, il a également formé le 11 août 2023 une demande d'admission au séjour en qualité d'" étranger malade " auprès des services de la préfecture de la Côte-d'Or. Néanmoins, son dossier lui a été retourné, accompagné d'une lettre du 23 août 2023 revêtue de la mention " Vous ne justifiez pas d'une résidence habituelle en France depuis au moins un an ". M. A demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

3. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 novembre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon. Dès lors, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. / Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat. ". L'article D. 431-7 du même code a précisé que les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois, porté à trois mois lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9. Il résulte notamment des articles L. 521-7 et R. 521-8 du même code que, lorsque sa demande d'asile relève de la compétence de la France, l'étranger se voit remettre au moment de son enregistrement, une attestation de demande d'asile qui l'autorise à rester sur le territoire.

5. Dans le cas où un étranger ayant demandé l'asile a été dûment informé, en application des dispositions de l'article L. 431-2 citées au point 4, des conditions dans lesquelles il peut solliciter son admission au séjour sur un autre fondement et où il formule une demande de titre de séjour après l'expiration du délai qui lui a été indiqué pour le faire, l'autorité administrative peut rejeter cette demande motif pris de sa tardiveté à moins que l'étranger ait fait valoir, dans sa demande à l'administration, une circonstance de fait ou une considération de droit nouvelle, c'est-à-dire un motif de délivrance d'un titre de séjour apparu postérieurement à l'expiration de ce délai. Si tel est le cas, aucun nouveau délai ne lui est opposable pour formuler sa demande de titre. L'étranger ne peut se prévaloir pour la première fois devant le juge d'une telle circonstance.

6. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ". Aux termes de l'article R. 425-14 du même code : " L'étranger mentionné à l'article L. 425-9 qui ne remplit pas la condition de résidence habituelle peut recevoir une autorisation provisoire de séjour renouvelable pendant la durée de son traitement. ".

7. En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. En revanche, le refus d'enregistrer une telle demande au soutien de laquelle est présenté un dossier incomplet ne constitue une décision susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir que si le requérant apporte la preuve du caractère complet du dossier déposé auprès des services préfectoraux.

8. Il ressort des pièces du dossier, et en l'espèce des termes mêmes de la décision attaquée, que le préfet de la Côte-d'Or a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A, formée le 11 août 2023 sur le fondement des articles L. 425-9 et R. 425-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif tiré de ce que l'intéressé réside en France depuis moins d'un an.

9. Toutefois, le préfet ne conteste pas que le dossier de M. A était par ailleurs complet et ne fait pas valoir en défense que sa demande aurait revêtu un caractère abusif ou dilatoire. À supposer même que l'intéressé ne respecte pas la condition relative à la résidence habituelle en France, mentionnée à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'agent qui a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour, dont il n'est pas justifié qu'il aurait reçu délégation pour se prononcer sur le droit au séjour de l'intéressé, ne pouvait lui opposer un tel motif, dès lors notamment que les dispositions précitées de l'article R. 425-14 du même code prévoient le cas des étrangers ne respectant pas la condition de résidence habituelle. Compte tenu de ce qui a été énoncé au point 5 du présent jugement, et dès lors qu'il n'est ni soutenu ni allégué que le dossier présenté par M. A aurait été incomplet pour un autre motif, le refus d'enregistrer litigieux a le caractère d'une décision faisant grief. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense par le préfet de la Côte-d'Or doit être écartée.

10. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Côte-d'Or ne pouvait, sans commettre une illégalité, refuser d'enregistrer la demande de titre de séjour déposée par M. A. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête au soutien de ces conclusions, M. A est fondé à demander au juge de l'excès de pouvoir d'annuler la décision du 23 août 2023, par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".

12. Les motifs du présent jugement impliquent qu'il soit enjoint au préfet d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que le conseil de M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A à fin d'admission, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 23 août 2023, par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Côte-d'Or d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. A sur le fondement des dispositions des articles L. 425-9 et R. 425-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Côte-d'Or et à la société d'exercice libéral à responsabilité limitée du Parc - Monnet - Bourgogne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Dijon.

Délibéré après l'audience du 22 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

M. Cherief, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2024.

Le rapporteur,

I. Hugez

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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