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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302782

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302782

vendredi 6 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302782
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantCABINET CLEMANG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 octobre 2023, M. A C, représenté par Me Clemang, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés des 3 juillet 2023 par lesquels le préfet de Saône-et-Loire a, d'une part, refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- la décision l'assignant à résidence est illégale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 octobre 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Viotti en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 6 octobre 2023 à 14 h 10.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- les observations de Me Clemang, représentant M. C, présent, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans sa requête en insistant sur l'ancienneté de la vie commune entre l'intéressé et son épouse, le projet d'enfant qu'ils ont ensemble, son intégration sociale et sur le fait que la seule circonstance qu'il puisse obtenir un visa de long séjour en retournant au Cameroun ne saurait suffire à elle seule pour écarter la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant camerounais né le 5 mai 1993 à Douala, déclare être entré irrégulièrement en France le 15 août 2016. A la suite du rejet de sa demande d'asile, le préfet de Saône-et-Loire a, par un arrêté du 27 février 2019, refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un jugement n° 1900835, le tribunal a confirmé la légalité de cet arrêté. L'intéressé a ensuite sollicité, le 3 janvier 2023, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français. Par un arrêté du 3 juillet 2023, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office. Par un second arrêté du même jour, le préfet de Saône-et-Loire l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la compétence de la magistrate désignée :

2. Il appartient au magistrat désigné par le président du tribunal administratif, saisi dans le cas prévu aux articles L. 614-7 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du délai de départ volontaire, fixation du pays de destination, interdiction de retour sur le territoire français et, le cas échéant, assignation à résidence dont il est saisi, ainsi que sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dont elles sont assorties. En revanche, il ne lui appartient pas de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'un refus de séjour, ainsi que sur les conclusions accessoires dont elles sont assorties. Dès lors, il y a lieu de renvoyer les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a refusé de délivrer à M. C un titre de séjour ainsi que les conclusions accessoires dont elles sont assorties à la formation du tribunal compétente pour en connaître.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

3. M. C soutient que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision refusant de l'admettre au séjour.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. M. C, qui déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 15 août 2016, se prévaut de son mariage célébré le 25 juin 2022 avec Mme B, ressortissante française, de leur projet d'enfant et de son insertion sur le territoire. Toutefois, la durée de présence en France du requérant est essentiellement due à l'examen de sa demande d'asile et à son maintien sur le territoire français en dépit du rejet de sa demande de titre de séjour et de la mesure d'éloignement prise à son encontre par le préfet de Saône-et-Loire le 27 février 2019. Par ailleurs, si M. C se prévaut d'une vie commune avec Mme B débutée au cours du mois de novembre 2020 en versant à l'appui de ses allégations une facture d'électricité du 16 juillet 2021, un document de la caisse d'allocations familiales du 14 octobre 2021 et des attestations de proches, cette communauté de vie demeure en tout état de cause récente à la date de la décision contestée. De plus, les époux ne pouvaient ignorer la précarité de la situation de M. C, lequel avait déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en 2019. Quand bien même le requérant verse aux débats plusieurs attestations rédigées par des tiers en sa faveur, l'intéressé ne fait état d'aucun lien affectif ou familial d'une particulière intensité en France excepté son épouse et il n'est pas davantage établi qu'il serait isolé dans son pays d'origine, le Cameroun, où il a résidé jusqu'à l'âge de vingt-trois ans et où réside encore sa mère. Enfin, la circonstance qu'il ait été titulaire d'une promesse d'embauche le 8 janvier 2019, laquelle est devenue caduque le 1er mai 2019, et qu'il ait exercé des activités de bénévole ne suffit pas à attester d'une insertion particulière sur le territoire français. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, et notamment de la possibilité de revenir à brève échéance auprès de sa conjointe sous couvert du visa adéquat, M. C, n'est pas fondé à soutenir, par la voie de l'exception, que la décision lui refusant un titre de séjour méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. M. C n'est dès lors pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l'appui des conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

7. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que M. C excipe en vain de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'appui des conclusions dirigées contre la décision l'assignant à résidence.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 3 juillet 2023 en tant que le préfet de Saône-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a assigné à résidence. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision relative au séjour contenue l'arrêté du 3 juillet 2023 du préfet de Saône-et-Loire ainsi que les conclusions accessoires dont elles sont assorties sont renvoyées à la formation compétente du tribunal pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de Saône-et-Loire.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2023.

La magistrate désignée,

O. VIOTTILe greffier,

J. TESTORI

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

No 2302782

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