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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302834

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302834

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302834
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, qui contestait le refus du préfet de la Côte-d'Or d'autoriser le regroupement familial pour son épouse. Le tribunal a jugé que les dispositions de l'article R. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants algériens, dont la situation est régie exclusivement par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Il a estimé que le préfet n'avait pas commis d'erreur de droit en se fondant sur l'article 4 de cet accord, qui permet d'exclure du regroupement familial un membre de la famille séjournant à un autre titre, comme c'était le cas de l'épouse, titulaire d'un titre de séjour étudiant. Enfin, la décision n'a pas été jugée contraire à l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, le titre de séjour étudiant de l'épouse ne lui conférant pas vocation à s'établir durablement en France.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 octobre 2023, M. D B représenté par

Me Clemang, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision prise par le préfet de la Côte d'Or le 10 août 2023 rejetant sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse Mme A E ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or d'autoriser le regroupement familial sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le préfet s'est cru en situation de compétence liée et a entaché sa décision d'erreur de droit ;

- la décision a été prise en violation des dispositions de l'article R. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2024, le préfet de la Côte-d'Or, représenté par Me Rannou, demande au tribunal de rejeter la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Aseul été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme C, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 27 octobre 1987, séjourne en France depuis l'âge de 16 ans et est titulaire d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 22 avril 2031. Il a déposé le 12 novembre 2022 une demande de regroupement familial au bénéfice de

Mme A E, qu'il a épousée le 5 mars 2022, et qui séjourne régulièrement en France sous couvert d'un titre de séjour étudiant, délivré le 16 novembre 2022 et renouvelé, en dernier lieu, jusqu'au 11 novembre 2024. Cette demande a été rejetée par décision du préfet de la Côte d'Or du 10 août 2023, dont M. B demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien : " () / Peut être exclu du regroupement familial : / () / 2. Un membre de la famille séjournant à un autre titre ou irrégulièrement sur le territoire français () ".

3. D'autre part, aux termes de de l'article R. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 434-7, le bénéfice du regroupement familial peut être accordé au conjoint et, le cas échéant, aux enfants de moins de dix-huit ans de l'étranger, qui résident en France, sans recours à la procédure d'introduction. Pour l'application du premier alinéa est entendu comme conjoint l'étranger résidant régulièrement en France sous couvert d'une carte de séjour temporaire d'une durée de validité d'au moins un an ou d'une carte de séjour pluriannuelle qui contracte mariage avec le demandeur résidant régulièrement en France dans les conditions prévues aux articles R. 434-1 et R. 434-2.; () ".

4. Les dispositions de l'article R. 434-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants algériens, dont la situation en matière de séjour est régie exclusivement par l'accord franco-algérien susvisé.

5. En revanche, l'autorité administrative dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenue par les stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien d'opposer à un ressortissant algérien qui pourrait bénéficier de la procédure de regroupement familial un refus à sa demande de délivrance d'un titre de séjour, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive à son droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquels :: " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; / 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B, ressortissant algérien né en 1987, entré lui- même en France à l'âge de 16 ans au titre du regroupement familial, réside régulièrement sur le territoire français sous couvert d'un certificat de résidence algérien valable dix ans et y exerce la profession de chef d'entreprise. Le 5 mars 2022, il a épousé à Dijon

Mme A E, qui séjourne régulièrement en France sous couvert d'un titre de séjour étudiant, délivré le 16 novembre 2022 et renouvelé, en dernier lieu, jusqu'au 11 novembre 2024. A la date de la décision, les époux B étaient parents d'un enfant, né le 22 mars 2023 à Dijon. Le titre de séjour en qualité d'étudiante dont dispose Mme B ne lui donne pas vocation à s'établir durablement en France au-delà de ses études, et ne lui confère pas les mêmes droits qu'un titre de séjour délivré au titre du regroupement familial. Il n'est pas contesté que le couple satisfait aux conditions tenant aux ressources et au logement nécessaires pour obtenir un regroupement familial.

7. Eu égard notamment à la stabilité du couple, au droit de séjour dont dispose M. B et à la situation particulière de leur très jeune enfant, âgé de moins d'un an à la date de la décision, le préfet de la Côte-d'Or a porté au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; par suite, M. B est fondé à soutenir que la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du préfet de la Côte-d'Or du 10 août 2023, rejetant sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse.

Sur les conclusions en injonction :

9. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard au motif retenu ci-dessus pour justifier l'annulation prononcée, que, dans un délai de deux mois suivant sa notification, le préfet de la Côte-d'Or délivre à M. B une autorisation de regroupement familial au bénéfice de son épouse.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La décision du préfet de la Côte-d'Or du 10 août 2023 rejetant la demande de regroupement familial de M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Côte-d'Or de délivrer à M. B une autorisation de regroupement familial au bénéfice de son épouse dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de la Côte-d'Or.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La rapporteure,

M-E C

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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