lundi 29 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2302901 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | CH 1 JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 octobre 2023, M. B A, représenté par
Me Iosca, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision " 3F " du 2 octobre 2023 par laquelle le préfet de la Nièvre a prononcé la suspension de son permis de conduire pour une période de six mois ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
Il soutient que :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- l'excès de vitesse qu'il aurait commis n'est pas identifiable, seule la vitesse retenue étant mentionnée dans l'arrêté en litige ;
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, faute d'avoir été édictée au terme d'une procédure contradictoire ;
- le préfet n'a pas indiqué dans sa décision la nature des examens médicaux auxquels il est tenu de se soumettre en vertu de l'article R. 221-13 du code de la route ;
- la décision attaquée ne contient aucune indication sur l'identité de l'appareil utilisé pour enregistrer l'infraction et sur le nom de l'organisme ayant procédé à la vérification du cinémomètre en cause , en violation des articles L. 224-1 et L. 224-2 du code de la route.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 novembre 2023, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 16 novembre 2023 la clôture de l'instruction a été fixée au
1er décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Rousset, vice-président, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Rousset a seul été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté " 3F " du 2 octobre 2023 par lequel le préfet de la Nièvre a prononcé, à la suite d'un excès de vitesse commis le 29 septembre 2023, la suspension de son permis de conduire pour une durée de six mois, sur le fondement du 3° de l'article L. 224-2 du code de la route.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. En l'espèce, l'arrêté du 2 octobre 2023 précise la nature de l'infraction relevée, la date, l'heure et le lieu de l'infraction. Il vise en outre les articles L. 224-2, L. 224-6, L. 224-9 et R. 224-4, notamment, du code de la route, applicables. Il s'ensuit qu'alors même qu'il n'y est pas fait mention de la vitesse enregistrée, la décision de suspension du permis de conduire de M. A énonce de manière suffisamment circonstanciée l'ensemble des considérations de droit et de fait qui la fonde pour mettre le requérant en mesure d'en discuter utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, si M. A soutient que l'excès de vitesse qui lui est reproché n'est pas déterminable dès lors que l'arrêté en litige n'indique pas la vitesse relevée à son encontre, cette décision fait néanmoins mention d'un dépassement de la vitesse autorisée en citant la vitesse retenue, soit 133 km/h, ce qui suffit à caractériser l'infraction reprochée au conducteur. En tout état de cause, il est constant que la vitesse enregistrée, soit 141 km/h, figure sur l'avis de rétention du permis de conduire remis à l'intéressé le 29 septembre 2023. Le moyen soulevé sur ce point doit, par suite, être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationales ; 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ; () ". Les modalités de la procédure contradictoire applicables aux décisions mentionnées à l'article L. 211-2 sont définies à l'article L. 122-1 du même code.
6. Compte tenu des conditions particulières d'urgence dans lesquelles intervient la décision de suspension d'un permis de conduire sur le fondement du 3° de l'article L. 224-2 du code de la route, le préfet peut légalement, en application du 1° de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration cité ci-dessus, se dispenser de cette formalité et n'est pas tenu de suivre une procédure contradictoire avant de prendre la décision attaquée.
7. En l'espèce, il ressort de l'arrêté attaqué que M. A, a été intercepté le
29 septembre 2023 à 22 heures 00 sur la commune de Marzy dans le département de la Nièvre par la gendarmerie, conduisant son véhicule à une vitesse retenue au moyen d'un appareil homologué, de 133 km/h pour une vitesse de 70 km/h autorisée, soit un dépassement de
63 km/h de la vitesse maximale autorisée. Ces circonstances étaient de nature à faire regarder le conducteur comme représentant un danger grave et immédiat pour la sécurité des usagers de la route et pour lui-même. Ainsi, l'intéressé entrait bien dans le champ d'application des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'absence de procédure contradictoire préalable doit être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 221-13 du code de la route : " Le préfet soumet au contrôle médical de l'aptitude à la conduite : / 1° Tout conducteur ou accompagnateur d'un élève conducteur auquel est imputable l'une des infractions prévues par les articles L. 234-1, L. 234-8, L. 235-1 et L. 235-3 ; / 2° Tout conducteur qui a fait l'objet d'une mesure portant restriction du droit de conduire ; / 3° Tout conducteur qui fait l'objet d'une mesure portant suspension du droit de conduire d'une durée supérieure à un mois pour l'une des infractions prévues au présent code, autres que celles mentionnées au 1° ci-dessus ". Contrairement à ce que soutient M. A, qui invoque des dispositions qui n'étaient plus en vigueur à la date de l'infraction en litige, l'article R. 221-13 du code de la route n'impose nullement au préfet de préciser dans l'arrêté suspendant le permis de conduire la nature de l'examen médical auquel le conducteur sera tenu de se soumettre pour obtenir la restitution du dit permis. En tout état de cause, le préfet établit que cette information était mentionnée sur la notice jointe à la décision en litige lors de sa notification. Ce moyen doit, par suite, être écarté.
9. En dernier lieu, le moyen, tiré de ce qu'il n'est pas établi que le contrôle de la vitesse du véhicule conduit par M. A a été effectué par un appareil homologué ni qu'il n'est fait aucune mention de l'organisme qui a procédé à la vérification du cinémomètre, tend à remettre en cause l'élément matériel de l'infraction qui lui est reprochée, dont le contrôle relève de la seule compétence du juge pénal. En tout état de cause aucune disposition législative ou règlementaire n'impose que l'arrêté par lequel le préfet suspend la validité d'un permis de conduire mentionne les éléments d'identification et la date d'homologation de l'appareil de contrôle utilisé pour constater l'infraction. Dès lors le moyen ne peut qu'être écarté comme étant inopérant.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision " 3F " du 2 octobre 2023 par laquelle le préfet de la Nièvre a prononcé la suspension de son permis de conduire pour une période de six mois.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par
M. A, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la Nièvre.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2024
Le magistrat désigné,
O. RoussetLa greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026