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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302941

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302941

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302941
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE
Avocat requérantBREY CÉLINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 octobre 2023, M. A B., représenté par Me Brey, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2023 par lequel le préfet du Doubs a prononcé son transfert aux autorités allemandes en vue de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet du Doubs l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) d'enjoindre au préfet du Doubs de lui délivrer une attestation de demande d'asile " procédure normale " dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de transfert a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article 13 du règlement UE n° 604/2013 ;

- elle est entachée d'erreur de fait quant à l'existence d'une demande de prise en charge faite aux autorités allemandes et d'une décision d'acceptation des autorités allemandes ;

- à titre subsidiaire, elle a été prise en méconnaissance de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 ;

- la décision portant assignation à résidence est illégale par voie de conséquence de l'annulation de la décision de transfert ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne les modalités de pointage.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2023, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Laurent, première conseillère, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marie-Eve Laurent,

- et les observations de Me Brey, représentant M. B, qui reprend les moyens et conclusions de la requête et ajoute que les documents produits par le préfet ne permettent pas d'établir qu'il a déposé une demande d'asile en Allemagne, ce qu'il conteste:

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc né le 1er février 1995, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 13 octobre 2023, par lequel le préfet du Doubs a décidé de le remettre aux autorités allemandes en vue de l'examen de sa demande d'asile, et de l'arrêté du même jour par lequel le préfet du Doubs l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. A B.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de transfert aux autorités allemandes :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement et notamment : / a) des objectifs du présent règlement () / b) des critères de détermination de l'État membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et en tout état de cause en temps utile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est vu remettre, le 7 septembre 2023, jour de sa demande d'asile, les brochures A " j'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et B " je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", ainsi que le guide du demandeur d'asile et la brochure Eurodac, ces documents étant rédigés en langue turque. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Lorsqu'il est établi, sur la base de preuves ou d'indices tels qu'ils figurent dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, du présent règlement, notamment des données visées au règlement (UE) no 603/2013, que le demandeur a franchi irrégulièrement, par voie terrestre, maritime ou aérienne, la frontière d'un État membre dans lequel il est entré en venant d'un État tiers, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. Cette responsabilité prend fin douze mois après la date du franchissement irrégulier de la frontière. 2. Lorsqu'un État membre ne peut pas, ou ne peut plus, être tenu pour responsable conformément au paragraphe 1 du présent article et qu'il est établi, sur la base de preuves ou d'indices tels qu'ils figurent dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, que le demandeur qui est entré irrégulièrement sur le territoire des États membres ou dont les circonstances de l'entrée sur ce territoire ne peuvent être établies a séjourné dans un État membre pendant une période continue d'au moins cinq mois avant d'introduire sa demande de protection internationale, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. () ". Et aux termes de l'article 18 de ce même règlement : "l'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de: a) prendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 21, 22 et 29, le demandeur qui a introduit une demande dans un autre État membre; b) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre; () "

7. M. B soutient qu'il est entré irrégulièrement en France le 8 octobre 2022, qu'il a ensuite rejoint l'Allemagne, et conteste y avoir déposé une demande d'asile. Il indique avoir de nouveau séjourné en France durant plus de cinq mois avant d'y déposer sa demande d'asile. Toutefois, M. B a été identifié le 21 décembre 2022 en Allemagne. Le seul élément dont il fait état pour établir sa présence en France est une attestation d'Emmaüs, établi en juillet 2023, qui indique qu'il s'est présenté auprès de la communauté en octobre 2022, soit plusieurs mois auparavant, et qu'il n'a pu être accueilli faute de place, certificat qui ne peut être considéré, faute de tout élément permettant d'identifier formellement le demandeur, comme une preuve suffisante de sa présence en France avant le mois de décembre 2022 au cours duquel il a été identifié en Allemagne. Il n'établit pas davantage qu'il aurait à nouveau séjourné en France durant cinq mois avant d'y déposé une demande d'asile, le 7 septembre 2023. En outre, l'Allemagne a accepté la reprise en charge de M. B sur le fondement de l'article 18 1. b du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, dont l'application suppose l'existence d'une demande d'asile en cours d'examen dans l'Etat qui accepte cette reprise en charge. Le moyen tiré de la violation de l'article 13 dudit règlement, qui repose sur des allégations non établies, ne peut dès lors, et en tout état de cause, qu'être écarté.

8. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que les autorités françaises ont adressé aux autorités allemandes une demande de reprise en charge pour M. B le 15 septembre 2023 et que celles-ci ont donné leur accord exprès le 26 septembre suivant. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de fait doit être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté d'assignation à résidence :

9. En premier lieu, dès lors que le requérant n'établit pas l'illégalité de la décision de transfert, il n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'arrêté portant à assignation à résidence.

10. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Il rappelle que M. B de nationalité turque, fait l'objet d'une mesure de remise aux autorités allemandes, dont l'exécution demeure une perspective raisonnable. Par suite, cette décision est suffisamment motivée et le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

11. En dernier lieu, M. B est assigné à résidence en Côte-d'Or avec obligation de se présenter quotidiennement, hors samedis, dimanches, jours fériés ou chômés, à 9 heures au commissariat de Dijon. Le requérant n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'il ne pourrait satisfaire à de telles obligations. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation de sa situation personnelle ne saurait être accueilli.

12. Il résulte de ce tout qui précède que les conclusions de la requête dirigées contre les arrêtés du préfet du Doubs du 13 octobre 2023, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Doubs et à Me Brey.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur, au préfet de la Côte-d'Or et au bureau d'aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023

La magistrate désignée,

M. LAURENTLa greffière,

L. LELONG

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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