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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302969

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302969

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302969
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Lukec, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Côte-d'Or a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision litigieuse, implicite, ne justifie pas de sa régularité ;

- elle est insuffisamment motivée, en méconnaissance de l'article 1er de la loi du 11 juillet 1979 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 novembre 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant le versement de la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que l'ensemble des moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement, sur proposition du rapporteur public, l'a dispensé de présenter des conclusions sur ces affaires en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. Nicolet a présenté son rapport lors de l'audience publique qui s'est tenue en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant kosovar né le 15 juillet 1965, déclare être entré sur le territoire français le 22 juillet 2012. Il a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 15 février 2013. Le 25 avril 2013, il a sollicité un titre de séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 5 décembre 2013, le préfet de la Côte-d'Or lui a refusé la délivrance de ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office. Cet arrêté a été annulé par un jugement du tribunal administratif de Dijon du 15 septembre 2014. Depuis le 24 novembre 2014, le requérant a bénéficié de titres de séjour, le dernier étant une carte de séjour pluriannuelle pour raison de santé, valable jusqu'au 29 janvier 2022. Le 9 décembre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, le requérant demande l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, le moyen tiré de ce que " la décision attaquée ne fait pas par ses mentions, la preuve de sa régularité, puisqu'elle n'est pas matérialisée " n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

4. M. A ne justifie ni même n'allègue avoir sollicité du préfet de la Côte-d'Or la communication des motifs de la décision attaquée dans les conditions prévues par l'article L. 232-4 précité du code des relations entre le public et l'administration. Dans ces conditions, il ne peut dès lors utilement faire valoir que la décision implicite contestée n'est pas motivée, en méconnaissance des articles L. 211-2 et suivants du même code.

5. En troisième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

7. Le requérant, qui séjourne sur le territoire français depuis moins de dix ans à la date de la décision attaquée, souffre d'une maladie rénale et soutient qu'il est entré en France afin de bénéficier de soins. Il soutient avoir bénéficié de titres de séjour en cette qualité et justifie avoir été pris en charge au sein du centre hospitalier universitaire de Dijon. Toutefois, si le requérant s'est vu reconnaître un taux d'incapacité supérieur ou égal à 80 % par une décision de la commission des droits et de l'autonomie du 20 juin 2019 et bénéficie de l'allocation aux adultes handicapés, ces seuls éléments sont insuffisants pour établir qu'il ne pourrait pas poursuivre sa vie privée et familiale dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu la majeure partie de sa vie. Par ailleurs, le requérant, célibataire et sans enfant à charge, ne justifie ni de liens intenses, stables et anciens sur le territoire français, ni d'une intégration sociale ou professionnelle d'une intensité particulière en France. Dans ces conditions, le requérant ne peut être regardé comme ayant fixé le centre de ses intérêts privés en France. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par le requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme demandée par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Côte-d'Or.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

M. Cherief, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

Le président-rapporteur,

P. Nicolet

L'assesseur le plus ancien,

I. Hugez

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

lc

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