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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302980

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302980

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302980
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantROTHDIENER GAËTAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 octobre 2023, M. C B A, représenté par Me Rothdiener, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2023 par lequel le préfet de la Nièvre lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera susceptible d'être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Nièvre de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à a charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2023, le préfet de la Nièvre conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 novembre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. Nicolet a présenté son rapport lors de l'audience publique qui s'est tenue en l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant dominicain né le 7 juillet 1990, est entré régulièrement sur le territoire français le 22 juillet 2021, sous couvert d'un visa de court séjour à entrées multiples, valable du 15 juillet au 15 septembre 2021. Le 14 février 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 4 octobre 2023, dont il est demandé l'annulation, le préfet de la Nièvre lui a refusé la délivrance de ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera susceptible d'être reconduit d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. L'arrêté litigieux a été signé par M. Ludovic Pierrat, secrétaire général de la préfecture de la Nièvre, investi à cet effet d'une délégation en vertu d'un arrêté du préfet de la Nièvre du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour, aisément consultable en ligne. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article L. 434-2 du même code : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévu par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

5. Le requérant, qui séjourne sur le territoire français depuis un peu plus de deux ans à la date de la décision attaquée, se prévaut de la présence de son épouse en France, également ressortissante dominicaine, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 14 juin 2024, et pour laquelle une intervention chirurgicale de transformation sexuelle est programmée le 5 mars 2024 en France. Toutefois, les seules attestations produites par des personnes se présentant comme des amis du couple n'établissent qu'un commencement de communauté de vie du couple dont le mariage présente un caractère récent, et il n'est pas établi que son épouse ne pourrait pas bénéficier de cette intervention dans leur pays d'origine, la Républicaine dominicaine, pays dans lequel le couple, eu égard à sa nationalité commune, peut développer leur vie familiale, et où résident les parents du requérant, ainsi que son frère et sa sœur. Par ailleurs, le requérant se prévaut du suivi de cours de perfectionnement de la langue française d'une durée de plus de 200 heures, de son inscription à une salle de sport et de six attestations de personnes pratiquant la musculation en sa compagnie, ainsi que d'activités de bénévolat au sein de la CIMADE de Nevers et des Restos du cœur et d'attestations de trois membres de ces associations soulignant son implication en qualité de bénévole, d'une attestation de la propriétaire du logement dans lequel il allègue vivre avec son épouse indiquant le parfait paiement des loyers et de six attestations de personnes se présentant comme des amis. Toutefois, l'ensemble de ces éléments ne suffisent pas à considérer que le requérant justifierait d'une intégration sociale significative au sein de la société française. En outre, il ne justifie d'aucune intégration professionnelle. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Par ailleurs, il est constant que l'épouse du requérant est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 14 juin 2024. En vertu des dispositions précitées de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'intéressé entre, en sa qualité de conjoint d'un ressortissant étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois sous couvert d'un titre de séjour d'une durée de validité d'au moins un an, dans les catégories d'étrangers susceptibles de bénéficier du regroupement familial. Si le requérant allègue avoir fait l'objet d'une précédente décision lui refusant le bénéfice du regroupement familial, il ressort des termes même de cette décision du 1er septembre 2022 qu'elle a été prise au motif que le requérant n'avait pas la qualité de conjoint. Le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, la décision portant refus de séjour vise les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionne qu'elle est prise au motif que le requérant ne justifie pas d'une présence de longue date, de liens personnels et familiaux intenses, anciens et stables sur le territoire français et de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires particulières. Dès lors que cette décision mentionne les considérations de droit et de fait qui la fondent, et est ainsi suffisamment motivée, et que la mesure d'éloignement litigieuse est fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté par application du second alinéa de l'article L. 613-1 du même code.

7. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de la Nièvre se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de l'intéressé avant de prendre à son encontre la décision contestée, laquelle mentionne la situation administrative de son épouse. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.

8. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Si le requérant soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il serait exposé à des risques pour sa vie ou son intégrité physique en raison de son orientation sexuelle et des discriminations existant à l'égard de la communauté homosexuelle et transsexuelle en République dominicaine, en se bornant à produire un document établi par la division de l'information, de la documentation et des recherches de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 21 mars 2018 sur la situation des minorités sexuelles et de genre en République dominicaine, le requérant n'établit pas la réalité des risques qu'il encourrait personnellement et actuellement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B A doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B A, au préfet de la Nièvre et à Me Rothdiener.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

M. Cherief, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

Le président-rapporteur,

P. Nicolet

L'assesseur le plus ancien,

I. Hugez

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Nièvre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

lc

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