jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2303011 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BOUFLIJA BASMA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2023, Mme B C, représentée par Me Bouflija, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 août 2023 par laquelle le directeur de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) départemental du Creusot a prononcé à son encontre une exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux ans assortie d'un sursis de dix-huit mois ;
2°) de mettre à la charge de l'EHPAD départemental du Creusot la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- la matérialité des faits qui lui sont reprochés n'est pas établie ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur dans la qualification juridique des faits dès lors que, d'une part, elle n'a commis aucune faute et que, d'autre part, la sanction est disproportionnée ;
- la décision attaquée est entachée d'un détournement de pouvoir.
Par un mémoire, enregistré le 29 janvier 2024, l'EHPAD départemental du Creusot, représenté par la SELARL SDC Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme C la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
L'EHPAD départemental du Creusot fait valoir que les moyens invoqués par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires relevant de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boissy,
- les conclusions de M. D,
- et les observations de Me Dalle-Crode, représentant l'EHPAD du Creusot.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, qui a été titularisée dans le corps des aides médico-psychologiques à compter du 1er janvier 2009, exerce ses fonctions auprès de l'unité protégée spécifique Alzheimer au sein de l'EHPAD départemental du Creusot. Par une décision du 20 avril 2023, le directeur de l'EHPAD départemental du Creusot l'a suspendue à titre conservatoire et a initié une procédure disciplinaire à son encontre. Après avoir recueilli, le 9 août 2023, l'avis du conseil de discipline, le directeur de l'EHPAD départemental du Creusot a décidé, le 21 août 2023, d'infliger à l'intéressée la sanction disciplinaire de l'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux ans assortis d'un sursis de dix-huit mois. Mme C demande au tribunal d'annuler cette décision du 21 août 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise notamment le code général de la fonction publique et le décret n° 89-822 du 7 novembre 1989 et mentionne précisément l'ensemble des griefs retenus à l'encontre de la requérante, comporte en l'espèce l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle n'a dès lors pas méconnu les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code général de la fonction publique : " L'agent public exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " () L'agent public traite de façon égale toutes les personnes et respecte leur liberté de conscience et leur dignité ". En vertu de l'article L. 533-1 du même code, les sanctions disciplinaires du troisième groupe sont la rétrogradation au grade immédiatement inférieur et à l'échelon correspondant à un indice égal ou, à défaut, immédiatement inférieur à celui afférent à l'échelon détenu par le fonctionnaire et l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans.
4. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent une faute de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de la faute.
5. Il est reproché à Mme C d'avoir adopté une posture professionnelle inadaptée à l'encontre de ses collègues ainsi que d'avoir eu des propos inappropriés et grossiers envers certains résidents et d'avoir porté atteinte au bien-être et à la dignité de ces personnes en situation de dépendance et de vulnérabilité.
6. Tout d'abord, il ressort des témoignages recueillis au cours de l'enquête administrative diligentée par l'EHPAD départemental du Creusot, y compris ceux pourtant favorables à l'intéressée, que Mme C, qui est décrite par plusieurs de ses collègues comme une personne au tempérament affirmé voire " autoritaire ", a adopté une posture inappropriée en menaçant de faire grève en vue de porter préjudice à l'équipe, a régulièrement critiqué et reproché à ses collègues la qualité de leur travail et a notamment dénigré une partie de l'équipe de soins arrivée plus récemment, contribuant ainsi à créer et entretenir un conflit " générationnel " délétère, lequel est corroboré par la majorité des agents du service. En outre, en vérifiant constamment la qualité du travail fourni par ses collègues, Mme C a adopté un positionnement inadapté de cheffe vis-à-vis de ses homologues lesquels se sont parfois sentis " persécutés " ou " angoissés ".
7. Ensuite, il ressort de nombreux témoignages suffisamment précis et concordants que Mme C a fait preuve d'un comportement inadapté envers les résidents en adoptant le tutoiement ou un vocabulaire vulgaire afin de témoigner de son agacement envers certains d'entre eux et a tenu des propos inappropriés au moins à l'encontre d'une résidente en l'affublant, devant ses collègues, de surnoms à des fins caricaturales tels que " duchesse " ou " comtesse ". L'intéressée a également menacé une autre résidente " d'appeler la police " afin de la contenir, ainsi qu'il ressort de plusieurs témoignages à charge corroborés par une collègue proche de Mme C et également visée par l'enquête administrative. La requérante, qui s'exprime parfois sur un ton perçu comme " dur " et " sec " à l'encontre des personnes en situation de vulnérabilité, ainsi que le révèle non seulement une partie des agents du service mais également le fils de l'une des résidentes de l'EHPAD, a par ailleurs adopté, sur une longue période, une posture hostile à l'encontre de l'épouse d'un résident. En outre, il ressort de deux témoignages mentionnant des événements distincts que Mme C a adopté des " gestes brusques " avec certains résidents afin de les faire s'asseoir. Si les témoignages recueillis lors de l'enquête administrative ne désignent pas toujours nommément la requérante, les questions suffisamment précises et circonstanciées qui ont été posées aux personnes entendues révèlent cependant des problématiques relatives aux changes des personnes prises en charge qui ne sont pas réalisés de manière intentionnelle et aux demandes des résidents tendant à être accompagnés aux toilettes qui ne sont pas toujours prises en compte par certains agents, dont la requérante, alors que ces derniers ne sont pas en mesure d'attendre, les plaçant dans une situation humiliante à l'origine de " problèmes d'urines " dans le service.
8. Enfin, il est vrai que certains griefs qui sont reprochés à Mme C, et en particulier le fait de déléguer excessivement les tâches aux stagiaires, de coucher les résidents rapidement après le repas, voire sans manger, de distribuer les médicaments plus tôt afin de faire partir certaines familles, d'avoir claqué la porte au nez d'une résidente ainsi que l'absence d'aide à la cuisine thérapeutique et à la réalisation de certaines animations -alors même que le travail d'animation créative mis en œuvre par la requérante est majoritairement reconnu et apprécié par l'ensemble des professionnels et des familles-, n'apparaissent pas établis soit en raison de l'insuffisance d'éléments probants et concordants - témoignages émanant d'un seul agent sur les 37 auditionnés ou d'un même groupe restreint de professionnels non corroborés par d'autres pièces du dossier-, soit par des propos relatant des défaillances généralisées au sein du service et ne désignant pas personnellement l'intéressée. Toutefois, la circonstance que de tels faits ne soient pas établis, que Mme C n'a jamais fait l'objet d'une procédure disciplinaire, que ses évaluations positives ne révèlent aucune problématique similaire aux fautes qui lui sont reprochées, n'est pas de nature à atténuer la gravité des manquements énoncés précédemment. Par ailleurs, en dépit des défaillances généralisées au sein du service dans les relations professionnelles et la prise en charge des résidents, révélées par les pièces du dossier, ces éléments n'ont pas vocation à justifier un tel comportement face à un public vulnérable. En outre, si plusieurs membres des familles de résidents décrivent une personne " bienveillante " et sont satisfaits de la prise en charge de leurs proches par la requérante, et en dépit des attestations transmises dans la présente instance, provenant pour l'essentiel de ses anciens collègues ou de collègues actuels dont les témoignages avaient déjà été recueillis dans le cadre de l'enquête administrative, ces éléments ne sont pas de nature à remettre en cause le positionnement récent et inapproprié qu'a adopté Mme C à l'encontre de certains de ses interlocuteurs.
9. Compte tenu de l'ensemble de ce qui a été dit aux points 5 à 8, les agissements par lesquels Mme C a manqué à ses obligations professionnelles envers ses collègues de travail et à l'égard de certains résidents en portant atteinte à leur dignité -ce qui a contribué à créer un cadre de travail délétère et source d'appréhension pour certains professionnels, résidents et leurs familles- sont constitutifs de fautes disciplinaires. Eu égard à leur gravité, la sanction de l'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de deux ans assortie d'un sursis de dix-huit mois n'est pas disproportionnée dans les circonstances particulières de l'espèce.
10. En dernier lieu, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'établissement, qui a diligenté une enquête administrative en interrogeant l'ensemble des agents du service concerné, soit trente-sept professionnels, dont certains qui n'avaient pas travaillé avec l'intéressée, aurait fait preuve d'une " précipitation anormale ". D'autre part, la circonstance, à la supposer établie que Mme A, collègue de la requérante également visée par des accusations similaires, n'a pas été sanctionnée est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dès lors, le détournement de pouvoir allégué n'est pas établi.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Ses conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'EHPAD départemental du Creusot, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande Mme C au titre des frais que celle-ci a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C la somme que demande l'EHPAD départemental du Creusot au titre de ces mêmes frais.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par l'EHPAD départemental du Creusot au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes départemental du Creusot.
Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Desseix, première conseillère,
- Mme Bois, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
L'assesseure la plus ancienne,
M. DesseixLe président,
L. BoissyLa greffière,
M. E
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026