vendredi 3 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2303046 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | REFERE |
| Avocat requérant | MOUNDOUNGA NTSIGOU SERGE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 octobre 2023, M. E C, représenté par Me Moundounga, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les arrêtés du 26 octobre 2023 par lesquels le préfet de Saône-et-Loire l'a, d'une part, obligé à quitter le territoire français sans délai et, d'autre part, l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de départ volontaire doivent être regardées comme entachées d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;
- ces décisions sont insuffisamment motivées ;
- elles ont été prises en méconnaissance de son droit d'être entendu ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elles méconnaissent l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile compte tenu de son état de santé dégradé ;
- ces décisions méconnaissent l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où il est membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne du fait de son mariage avec une ressortissante française et peut prétendre à la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " Citoyen UE/EEE/Suisse " ;
- le préfet a entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant assignation à résidence est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 novembre 2023, le préfet de Saône-et-Loire, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Viotti en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 2 novembre 2023 à 14 h 15.
Le rapport de Mme Viotti, conseillère, a seul été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant centrafricain né le 14 décembre 1987 à Bangui, est entré régulièrement en France le 29 décembre 2019 muni d'un visa de court séjour à entrée unique, valable jusqu'au 20 janvier 2020. A la suite du rejet de sa demande d'asile, il a fait l'objet d'un arrêté du préfet de Saône-et-Loire le 5 août 2022 l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Cet arrêté étant demeuré inexécuté, M. C a sollicité le réexamen de sa demande d'asile le 28 juillet 2023, laquelle a été jugée irrecevable par l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 4 août 2023. M. C a ensuite été placé en garde à vue le 25 octobre 2023 pour des faits de conduite sous l'empire d'un état alcoolisé. Par deux arrêtés du 26 octobre 2023, le préfet de Saône-et-Loire l'a, d'une part, obligé à quitter le territoire français sans délai et, d'autre part, l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours. M. C en demande l'annulation.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai :
4. En premier lieu, par un arrêté du 13 mars 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de Saône-et-Loire a donné délégation à Mme B D, directrice de la citoyenneté et de la légalité, à l'effet de signer notamment les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français avec ou sans délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué, qui manque en fait, doit être écarté.
5. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Selon l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ".
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Selon l'article L. 612-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ". La décision relative au refus du délai de départ volontaire prévue par ces dispositions est motivée en application de l'article L. 613-2 dudit code.
7. L'arrêté en litige, qui oblige M. C à quitter le territoire français sans lui accorder un délai de départ volontaire, mentionne les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, à savoir le 4° de son article L. 611-1, son article L. 612-2 ainsi les 2°, 4° et 5° de l'article L. 612-3. Elle indique que la demande d'asile de M. C a été rejetée et que sa demande de réexamen, déposée le 28 juillet 2023, a été déclarée irrecevable par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 4 août 2023, décision qui lui a été notifiée le 13 août suivant. L'arrêté précise également que M. C s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la validité de son visa sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français et qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Cet arrêté est par suite suffisamment motivé.
8. En troisième lieu, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé, dans ses arrêts C-166/13 Sophie Mukarubega du 5 novembre 2014 et C-249/13 Khaled Boudjlida du 11 décembre 2014, que le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.
9. Il résulte en outre de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.
10. Il ressort du procès-verbal de son audition du 26 octobre 2023 qu'à cette occasion, M. C a pu présenter des observations sur les raisons qui l'ont conduit en France, sur les démarches entreprises pour régulariser sa situation administrative et sur l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été notifiée durant l'année 2020. S'il ressort de ce procès-verbal que l'intéressé n'a pas été informé explicitement qu'une mesure d'éloignement était envisagée, il a néanmoins pu être entendu sur l'irrégularité de son séjour. En tout état de cause, M. C fait valoir que son état de santé est incompatible avec son éloignement et qu'il n'a pas été en mesure de le porter à la connaissance de l'autorité préfectorale. Il produit à l'appui de ses allégations une attestation d'une infirmière de secteur psychiatrie qui certifie l'avoir vu en entretien les 13 décembre 2021, 20 décembre 2021, 14 janvier 2022, 7 février 2022, 7 mars 2022 et 4 avril 2022, ainsi qu'un certificat médical du 9 décembre 2021 attestant qu'il présente des cicatrices compatibles avec des violences qu'il allègue avoir subi ainsi que des " insomnies parfois totales, rumination anxieuse, flash-back, humeur triste et peur disproportionnée ", et qu'il est suivi par un psychologue et " répond bien au traitement à visée anti-dépresseur et anxiolytique ". Toutefois, ces seuls documents ne suffisent pas, eu égard à leur ancienneté et à leur nature, à établir que l'état de santé de M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni qu'il ne pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en cas d'audition de l'intéressé sur ce point spécifique, la procédure aurait pu aboutir à un résultat différent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit être écarté.
11. En quatrième lieu, il ne ressort pas de la motivation de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet de Saône-et-Loire aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. C.
12. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, anciennement l'article L. 511-4 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / 6° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française ; () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".
13. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ". Aux termes de l'article L. 233-2 de ce code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois.
Il en va de même pour les ressortissants de pays tiers, conjoints ou descendants directs à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées au 3° de l'article L. 233-1 ".
14. D'une part, les dispositions précitées des articles L. 233-1 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile s'appliquent aux ressortissants des autres Etats de l'Union européenne, de l'espace économique européen et de la confédération suisse ainsi que les membres de leur famille et ne concernent pas la situation des conjoints de français, régie exclusivement par les dispositions de l'article L. 423-1 et suivants de ce code, lesquelles subordonne notamment la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français à la condition de l'existence d'une communauté de vie entre les époux. Il s'ensuit que M. C, qui est marié à une ressortissante française, ne peut utilement se prévaloir d'un droit au séjour fondé sur l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il est constant que ce mariage a été célébré le 25 février 2023, soit moins de trois ans avant la décision en litige, de sorte que M. C ne peut davantage se prévaloir des dispositions du 6° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
15. D'autre part, pour les mêmes motifs qu'exposés au point 10, le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
16. En sixième lieu, la durée de présence de M. C en France est essentiellement due à l'examen de sa demande d'asile et à son maintien sur le territoire français en dépit de la mesure d'éloignement qui lui a été notifiée le 5 août 2022. Par ailleurs, son mariage avec Mme F, ressortissante française, célébré, ainsi qu'il a été dit, le 25 février 2023, demeure récent à la date de la décision attaquée, sans qu'il ne soit justifié d'une vie commune antérieure. Si M. C se prévaut également de la présence en France de ses trois enfants mineurs, respectivement nés en 2006, 2017 et 2021, il ne démontre pas contribuer à leur entretien et à leur éducation, ni des liens qu'il entretiendrait avec eux. De surcroît, l'intéressé ne justifie d'aucune insertion sociale ou particulière sur le territoire français, alors par ailleurs qu'il a été placé en garde à vue pour conduite sous l'empire d'un état alcoolique. Enfin, M. C ne peut utilement se prévaloir des risques qu'il encoure en cas de retour dans son pays d'origine, l'obligation de quitter le territoire français n'emportant pas, par elle-même, l'éloignement à destination de la République centrafricaine. Compte tenu de la durée et des conditions de son séjour en France ainsi que de la possibilité de revenir à brève échéance auprès de sa conjointe sous couvert du visa adéquat, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Saône-et-Loire a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
17. Enfin, si M. C cite dans ses écritures les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il ne soutient pas pour autant que l'arrêté en litige les as méconnus. A supposer, en dépit de cette absence de précision, qu'il puisse être regardé comme ayant entendu s'en prévaloir, de tels moyens devront être écartés pour les mêmes motifs qu'exposés au point précédent.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
18. Les moyens invoqués à l'encontre de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai ayant été écartés, M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'arrêté l'assignant à résidence.
19. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Selon l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée ". Aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".
20. L'arrêté en litige, qui reproduit les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 et visent celles de l'article L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle que M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai par arrêté du 26 octobre 2023, notifiée le même jour. Il indique que l'intéressé est dépourvu de documents d'identité ou de voyage et qu'il est nécessaire d'obtenir un laissez-passer consulaire et de prévoir l'organisation matérielle de son départ. L'arrêté en conclut que si les modalités de retour dans son pays d'origine ne sont pas, à ce jour, connues, il existe tout de même une perspective raisonnable d'exécution de la mesure d'éloignement. Par suite, cette décision est suffisamment motivée.
21. Enfin, aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie.
Il se présente également, lorsque l'autorité administrative le lui demande, aux autorités consulaires, en vue de la délivrance d'un document de voyage ". Selon l'article L. 733-2 de ce code : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures. / Lorsque l'étranger assigné à résidence fait l'objet d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une décision d'interdiction administrative du territoire français, ou si son comportement constitue une menace pour l'ordre public, la durée de cette plage horaire peut être portée à dix heures consécutives par période de vingt-quatre heures ". Enfin, aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".
22. Le préfet de Saône-et-Loire a assigné M. C dans l'arrondissement d'Autun et lui a fait obligation de se présenter quotidiennement, hors week-end et jours fériés ou chômés, à 9 heures à la brigade de gendarmerie de sa commune de domicile.
23. Si M. C fait valoir que cette mesure n'est pas nécessaire dans son principe dans la mesure où il est arrivé en France en raison des persécutions qu'il a subies dans son pays d'origine et pour bénéficier de soins appropriés à son état de santé, il ne critique pas utilement les motifs pour lesquels le préfet de Saône-et-Loire a décidé de l'assigner à résidence, à savoir l'impossibilité dans laquelle il se trouve de quitter immédiatement le territoire français et la perspective raisonnable de l'exécution de cette mesure. Enfin, s'il fait valoir que de telles modalités de pointage l'empêche d'accompagner ses enfants à l'école, il n'est pas démontré, à supposer même qu'il entretienne des liens avec ses enfants, ce qui n'est pas étayé par les pièces du dossier, que son ex-épouse ou des tiers seraient dans l'impossibilité de les y conduire. Dans ces conditions, la mesure d'assignation à résidence, qui est nécessaire à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, est justifiée dans son principe et n'impose pas au requérant des contraintes disproportionnées. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
24. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 26 octobre 2023.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : M. C est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Moundounga.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer ainsi qu'au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2023.
La magistrate désignée,
O. VIOTTILe greffier,
J. TESTORI
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
No 2303046
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026