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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303111

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303111

jeudi 14 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303111
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 2 JU
Avocat requérantBREY CÉLINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 novembre 2023 et 15 janvier 2024,

M. C B, représenté par Me Brey, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) à titre subsidiaire, de surseoir à statuer dans l'attente de la décision du juge des enfants ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu, tel que garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'une mise à l'abri immédiatement après sa présentation aux services du conseil départemental de la Côte d'Or et n'a pas fait l'objet d'une évaluation dans des conditions régulières ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation, d'une erreur de fait et d'une méconnaissance des dispositions du 1° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est mineur ;

- elle méconnaît son droit au recours effectif ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît son droit au recours effectif contre la décision de refus de prise en charge par le département ;

- c'est à tort que le préfet a estimé qu'il n'avait pas entrepris des démarches pour régulariser sa situation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que le préfet ne justifie pas l'avoir mis en mesure de présenter ses observations écrites ou orales ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- c'est à tort que le préfet a estimé qu'il n'avait pas entrepris des démarches pour régulariser sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 novembre 2023, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge du requérant le versement de la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 janvier 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de A.

Par un courrier du 14 février 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'annulation des décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Nicolet, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nicolet, magistrat désigné,

- et les observations de Me Brey, représentant le requérant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en septembre 2023. Le 27 septembre 2023, il s'est présenté auprès des services de l'aide sociale à l'enfance du département du Rhône qui ont, par une décision du même jour, refusé de le prendre en charge au motif qu'il n'était pas mineur. Le 30 octobre 2023, M. B a de nouveau sollicité sa prise en charge auprès des services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Côte-d'Or, lesquels ont refusé cette prise en charge par une décision du 2 novembre 2023. Le même jour, il a été placé en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du même jour, dont il est demandé l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. Le requérant ayant été admis en cours d'instance au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sa demande d'aide juridictionnelle provisoire a perdu son objet. Il n'y a donc pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 611-3 du même code, applicable au présent litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / 1° L'étranger mineur de dix-huit ans () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, par un jugement du 15 janvier 2024, le tribunal pour enfants de A a estimé que M. B était mineur, comme étant né le 12 décembre 2008, et a ordonné son placement auprès de l'aide sociale à l'enfance de la Côte-d'Or jusqu'à l'ouverture d'une tutelle par le magistrat compétent et, à défaut, jusqu'au 12 décembre 2026, en relevant notamment que le rapport d'évaluation ne conclut pas à la majorité du requérant et qu'il existe un faisceau d'indices suffisant pour estimer qu'il est né le 12 décembre 2008. M. B, qui a produit une copie de son acte de naissance et un certificat de nationalité, et dont l'apparence est cohérente avec l'âge qu'il allègue, est fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En raison des effets qui s'y attachent, l'annulation pour excès de pouvoir d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, emporte, lorsque le juge est saisi de conclusions recevables, l'annulation par voie de conséquence des décisions administratives consécutives qui n'auraient pu légalement être prises en l'absence de l'acte annulé ou qui sont en l'espèce intervenues en raison de l'acte annulé. Il en va ainsi, notamment, des décisions qui ont été prises en application de l'acte annulé et de celles dont l'acte annulé constitue la base légale. Il incombe au juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il est saisi de conclusions recevables dirigées contre de telles décisions consécutives, de prononcer leur annulation par voie de conséquence, le cas échéant en relevant d'office un tel moyen qui découle de l'autorité absolue de chose jugée qui s'attache à l'annulation du premier acte.

7. Il s'ensuit que les décisions refusant à M. B l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de surseoir à statuer, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 novembre 2023 du préfet de la Côte-d'Or.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard aux motifs d'annulation retenus aux points 5 à 7, l'exécution du présent jugement implique seulement d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, au réexamen de la situation de

M. B et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés à l'instance :

10. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Brey, conseil du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Brey d'une somme de 1 000 euros.

11. Par ailleurs, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par le préfet de la Côte-d'Or au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 2 novembre 2023, par lequel le préfet de la Côte-d'Or a fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Côte-d'Or de procéder, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, au réexamen de la situation de M. B et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat versera à Me Brey une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Brey renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Brey.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de A en application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.

Le magistrat désigné,

P. NicoletLa greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

lc

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