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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303157

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303157

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303157
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantMOUNDOUNGA NTSIGOU SERGE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 novembre 2023 et un mémoire enregistré le 25 décembre 2023, Mme A C D, représentée par Me Moundounga, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 octobre 2023 par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'est pas établi que le préfet ait tenu compte de l'avis de la structure d'accueil avant l'édiction de la décision ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que celles de l'article L. 423-2 du même code et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les dispositions de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui sont pas applicables ;

- le motif de refus fondé sur l'absence de visa est " inopérable " ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle justifie de conditions exceptionnelles et humanitaires lui permettant d'obtenir un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 435-1, L. 435-3, R. 435-1 à R. 435-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 décembre 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme C D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 27 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée de prononcer des conclusions à l'audience, sur sa proposition.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience.

A seul été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme B, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D, ressortissante comorienne née le 7 juillet 2000, est entrée sur le territoire métropolitain le 14 août 2023 munie d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " délivrée le 17 janvier 2023 par le représentant de l'État à Mayotte et valable jusqu'au 16 janvier 2024. Le 20 septembre 2023, elle a sollicité le renouvellement de cette carte. Par une décision du 11 octobre 2023, dont elle demande l'annulation, le préfet de

Saône-et-Loire a refusé de renouveler son titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 233-1 et L. 233-2, les titres de séjour délivrés par le représentant de l'État à Mayotte, à l'exception des titres délivrés en application des dispositions des articles L. 233-5, L. 421-11, L. 421-14, L. 421-22, L. 422-10, L. 422-11, L. 422-12, L. 422-14, L. 424-9, L. 424-11 et L. 426-11 et des dispositions relatives à la carte de résident, n'autorisent le séjour que sur le territoire de Mayotte. / Les ressortissants de pays figurant sur la liste, annexée au règlement (CE) n° 539/2001 du Conseil du 15 mars 2001 fixant la liste des pays tiers dont les ressortissants sont soumis à l'obligation de visa pour franchir les frontières extérieures des États membres, qui résident régulièrement à Mayotte sous couvert d'un titre de séjour n'autorisant que le séjour à Mayotte et qui souhaitent se rendre dans un autre département, une collectivité régie par l'article 73 de la Constitution ou à Saint-Pierre-et-Miquelon doivent obtenir une autorisation spéciale prenant la forme d'un visa apposé sur leur document de voyage. Ce visa est délivré, pour une durée et dans des conditions définies par décret en Conseil d'État, par le représentant de l'État à Mayotte après avis du représentant de l'État du département ou de la collectivité régie par l'article 73 de la Constitution ou de Saint-Pierre-et-Miquelon où ils se rendent, en tenant compte notamment du risque de maintien irrégulier des intéressés hors du territoire de Mayotte et des considérations d'ordre public. () Les conjoints, partenaires liés par un pacte civil de solidarité, descendants directs âgés de moins de vingt et un ans ou à charge et ascendants directs à charge des citoyens français bénéficiant des dispositions du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne relatives aux libertés de circulation sont dispensés de l'obligation de solliciter l'autorisation spéciale prenant la forme d'un visa mentionnée au présent article ". Les Comores figurent sur la liste établie à l'annexe 1 au règlement communautaire n° 539/2001 des États dont les ressortissants sont assujettis à l'obligation de visa au franchissement des frontières extérieures de l'espace Schengen.

3. Sous la qualification de " visa ", les dispositions de l'article L. 441-8 instituent une autorisation spéciale, délivrée par le représentant de l'État à Mayotte, que doit en principe obtenir l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte, dont la validité est limitée à ce département, lorsqu'il entend se rendre dans un autre département. La délivrance de cette autorisation spéciale, sous conditions que l'étranger établisse les moyens d'existence lui permettant de faire face à ses frais de séjour et les garanties de son retour à Mayotte, revient à étendre la validité territoriale du titre de séjour qui a été délivré à Mayotte, pour une durée qui ne peut en principe excéder trois mois.

4. Les dispositions de l'article L. 441-8, qui subordonnent ainsi l'accès aux autres départements de l'étranger titulaire d'un titre de séjour délivré à Mayotte à l'obtention de cette autorisation spéciale, font ainsi normalement obstacle à ce que cet étranger, s'il gagne un autre département sans avoir obtenu cette autorisation, puisse prétendre dans cet autre département à la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions de droit commun et, notamment, à la délivrance de la carte de séjour temporaire prévue par les articles L. 423-2 et L. 423-23.

5. Compte tenu de la rédaction de la dernière phrase de l'article L. 441-8 et des objectifs des dispositions du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne relatives aux libertés de circulation, qui s'applique a fortiori au ressortissant français qui se déplace au sein de la France avec sa famille, le conjoint, le partenaire lié par un pacte civil de solidarité, le descendant direct âgé de moins de vingt et un ans ou à charge et l'ascendant direct d'un citoyen français est dispensé de l'obligation d'être muni de cette autorisation spéciale lorsqu'il se rend, avec le ressortissant français membre de sa famille, dans d'autres départements.

6. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme C D, le préfet de Saône-et-Loire s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressée ne justifiait pas avoir sollicité l'autorisation spéciale prenant la forme d'un visa mentionnée à l'article L. 441-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il ressort des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas contesté que

Mme C D et M. E, son compagnon français avec lequel elle est liée par un pacte civil de solidarité depuis le 4 avril 2023 ont rejoint ensemble le territoire métropolitain de la France le 14 août 2023. Ainsi, compte tenu de ce qui a été dit au point 5, la requérante, bien qu'elle soit de nationalité comorienne, était en l'espèce dispensée de solliciter l'autorisation spéciale. Par suite, en rejetant sa demande pour le motif exposé au point 6, le préfet a méconnu les dispositions précitées.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C D est fondée à demander l'annulation de la décision du 11 octobre 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Compte tenu du motif retenu pour annuler la décision attaquée, seul à même de la fonder, le présent jugement implique seulement que le préfet de Saône-et-Loire procède au réexamen de la demande de renouvellement du titre de séjour présentée par

Mme C D. Il y a dès lors lieu d'ordonner au préfet d'effectuer ces diligences dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Mme C D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Il n'y a dès lors pas lieu de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par Mme C D au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre Mme C D, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 11 octobre 2023 du préfet de Saône-et-Loire est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Saône-et-Loire de procéder à un nouvel examen de la situation de Mme C D, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C D, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Moudounga.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 28 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Valérie Zancanaro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.

La rapporteure,

M-E B

Le président,

O. Rousset

La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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