jeudi 28 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2303175 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | BETEA-DE MONREDON SORELLE URSULE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 novembre 2023, M. C E A, représenté par Me Betea-de Monredon, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 novembre 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;
3°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de procéder au réexamen de sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens de l'instance.
Il soutient que :
- cet arrêté a été pris en méconnaissance de son droit à être entendu, tel que protégé par les articles 41 et 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il participe à l'entretien et à l'éducation de ses enfants et que les condamnations pénales dont il a fait l'objet ne sont pas encore définitives ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 décembre 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par une ordonnance du 29 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Viotti, conseillère, a seul été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentées ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 10 novembre 1996 à Monastir, est entré irrégulièrement en France le 2 janvier 2017. Le 17 août 2020, il s'est vu délivré un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, valable jusqu'au 16 août 2021. Par un arrêté du 6 novembre 2023, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui renouveler ce titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office. M. A en demande l'annulation.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. A n'ayant pas déposé une demande d'aide juridictionnelle, sa demande d'aide juridictionnelle provisoire ne peut qu'être rejetée.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne le moyen visant l'arrêté attaqué dans son ensemble :
3. Le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il implique que le préfet, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision défavorable à ses intérêts, mette l'intéressé à même de présenter ses observations, de sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure avant qu'elle n'intervienne. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il présente cette demande et à produire tous éléments susceptibles de venir à son soutien. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.
4. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est d'ailleurs même pas soutenu que le requérant aurait été empêché de porter à la connaissance des services préfectoraux toutes les informations pertinentes susceptibles de venir au soutien de sa demande. Par suite, le droit de l'intéressé d'être entendu a bien été satisfait avant que n'intervienne la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour.
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
5. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
6. Il résulte des articles 371-2, 375, 375-3, 375-7 et 375-8 du code civil que la circonstance qu'un enfant de nationalité française a fait l'objet d'une mesure d'assistance éducative ne fait pas obstacle, par elle-même, à ce que son père ou sa mère étrangers puisse obtenir un titre de séjour en tant que parent de cet enfant s'il contribue effectivement à son entretien et à son éducation conformément aux décisions de justice en définissant les modalités.
7. M. A est père de trois enfants de nationalité française, nés respectivement le 21 avril 2020, le 7 août 2021 et le 12 juillet 2022. D'une part, il ressort du jugement en assistance éducative du tribunal pour enfants D rendu le 3 janvier 2023 que ces derniers ont fait l'objet d'un placement provisoire en raison du contexte de violences intrafamiliales dans lequel les enfants évoluaient, la mère ayant déposé plainte contre M. A pour des faits de violences commis sur sa personne et celle de ses enfants. Le juge des enfants souligne que, si les parents s'investissent davantage dans le bien-être de leur plus jeune enfant depuis la mesure de placement, le maintien de celle-ci est nécessaire pour permettre de stabiliser la situation eu égard à l'enquête pénale en cours à l'encontre de M. A et l'instabilité géographique de son ancienne compagne. Le juge des enfants ordonne également à chacun des parents de participer aux frais de vêture de l'enfant et prévoit qu'ils bénéficieront d'un droit de visite médiatisé en lieu neutre. Le préfet de Saône-et-Loire fait valoir, sans être contesté, que la mesure d'assistance éducative a également été prorogée pour les deux autres enfants. Pour démontrer sa participation à leur entretien et à leur éducation, M. A se borne à produire des tickets non nominatifs d'achats alimentaires ne comportant aucun achat spécifiquement destiné aux enfants, cinq tickets non nominatifs datés des 11 avril 2023, 8 juin 2023, 22 juin 2023, 7 août 2023 d'enseignes spécialisées dans la puériculture et les jouets, des attestations d'assurance scolaire de ses trois enfants ayant débuté le 9 novembre 2023, ainsi qu'un planning prévisionnel de visite de ses enfants sur la période de septembre à décembre 2023. Eu égard à leur nature, leur teneur et leur nombre, ces seuls documents ne permettent pas d'établir que M. A se conforme à la décision du juge des enfants, notamment qu'il exerce son droit de visite. En tout état de cause, ils sont insuffisants à démontrer sa participation à l'entretien et à l'éducation de ceux-ci depuis leur naissance ou depuis au moins deux ans.
8. Par ailleurs,, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été pénalement condamné le 23 novembre 2022 à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits de soustraction par un parent à ses obligations légales compromettant la santé, la sécurité, la moralité ou l'éducation de son enfant, commis le 25 août 2021, l'intéressé ayant laissé à la portée de l'un de ses enfants, alors à peine âgé de seize mois, un morceau de résine de cannabis que l'enfant a ingéré. De surcroît, le requérant a été pénalement condamné le 2 décembre 2021 à 300 euros d'amende pour conduite d'un véhicule sans assurance, le 7 février 2022 à
300 euros d'amende pour des faits de conduite d'un véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, à trois mois d'emprisonnement avec sursis le 15 avril 2022 pour des faits de port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D et violences par une personne en état d'ivresse manifeste sans incapacité. La circonstance, à la supposer avérée, que ces condamnations ne soient pas devenues définitives ne faisait pas obstacle à ce que le préfet de Saône-et-Loire en tienne compte. Compte tenu de la nature des faits qui lui sont reprochés, de leur caractère récent et, pour certains, de leur réitération, le préfet de Saône-et-Loire n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que le comportement de M. A représente une menace pour l'ordre public.
9. Il s'ensuit que le préfet de Saône-et-Loire n'a pas commis d'erreur d'appréciation en refusant de délivrer à M. A un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".
11. La décision portant obligation de quitter le territoire français est prise sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dûment visé. S'agissant du refus de titre de séjour, elle vise les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et rappelle le parcours migratoire de M. A ainsi que sa situation familiale, notamment le placement de ses enfants de nationalité française auprès de l'aide sociale à l'enfance du département de Saône-et-Loire. Après avoir retracé les condamnations pénales de l'intéressé et indiqué qu'il ne démontre pas la réalité de la prise en charge de ses enfants et représente une menace pour l'ordre public, le préfet de Saône-et-Loire en conclut que l'intéressé ne peut se voir délivrer le titre de séjour sollicité. Dès lors que la décision lui refusant un titre de séjour est motivée, la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte.
12. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
13. M. A se prévaut de la présence de ses enfants et de son insertion professionnelle sur le territoire français. Toutefois, ainsi qu'il a été dit précédemment, il ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, avec lesquels il pourra rester en contact à distance. Il ne lui est pas interdit, en tout état de cause, de rendre visite à ses enfants sous couvert d'un visa touristique. Par ailleurs, M. A n'est pas non plus isolé dans son pays d'origine, où il a passé vingt-et-un an de son existence et où réside encore son père. En outre, la seule circonstance qu'il ait exercé, de 2021 à 2022, quelques missions d'intérim de manière sporadique pour un total d'environ quatre mois travaillés ne saurait suffire à caractériser une insertion professionnelle particulière sur le sol national. Enfin, sa présence en France représente, ainsi qu'il a été dit au point 8, une menace pour l'ordre public. Un tel comportement ne saurait caractériser une insertion sur le territoire français, dont le respect des lois est une composante. Dans ces conditions, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, la décision contestée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté. Il en va de même, en tout état de cause, de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 novembre 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de M. A tendant à ce que de tels frais soient mis à la charge de l'Etat ne peuvent être que rejetées.
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit à M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire de M. A est rejetée.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E A, au préfet de
Saône-et-Loire et à Me Betea-de Monredon.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,
Mme Océane Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.
La rapporteure,
O. ViottiLe président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2303175
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026