jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2303176 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | MABOUANA-BOUNGOU |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 9 novembre 2023 sous le n° 2303176, Mme B C, représentée par Me Mabouana, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 avril 2023 par laquelle le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, ensemble la décision du 30 juin 2023 portant rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, alors en outre que la circulaire du 30 octobre 2004 prévoit qu'en cas de pacte civil de solidarité avec un ressortissant français, une durée de vie commune d'un an suffit à établir la réalité et la stabilité des liens familiaux sur le territoire.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 décembre 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par une décision du 2 octobre 2023, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
II. Par une requête enregistrée le 9 novembre 2023 sous le n° 2303177, Mme B C, représentée par Me Mabouana, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation de délai de départ volontaire sont illégales par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour, laquelle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, alors en outre que la circulaire du 30 octobre 2004 prévoit qu'en cas de pacte civil de solidarité avec un ressortissant français, une durée de vie commune d'un an suffit à établir la réalité et la stabilité des liens familiaux sur le territoire ;
- elle sera exposée à " des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " en cas de retour au Congo.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 décembre 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par une décision du 29 janvier 2024, il a été constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée le 13 novembre 2023 par Mme C.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme A a seul été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes nos 2303176 et 2303177 concernent la même requérante et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. Mme C, ressortissante congolaise née le 8 mars 1976 à Owando, est entrée régulièrement sur le territoire français munie d'un visa de court séjour, valable du 5 juin 2019 au 3 juillet 2019. Ayant regagné son pays d'origine, elle est entrée à nouveau en France, de manière irrégulière, et a déposé une demande d'asile le 2 décembre 2020. Cette demande a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 18 février 2022, confirmée par ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile le 22 juin 2022. Mme C a ensuite sollicité, le 24 août 2022, un titre de séjour. Par décision du 14 avril 2023, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de l'admettre au séjour et, par décision du 30 juin 2023, a rejeté le recours gracieux qu'elle avait formé à l'encontre de ce refus. Le 4 octobre 2023, le préfet de Saône-et-Loire a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office. Mme C demande l'annulation des décisions des 14 avril et 30 juin 2023, ainsi que de l'arrêté du 4 octobre 2023 en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
4. En l'espèce, Mme C résidait en France depuis moins de trois ans à la date de la décision attaquée, après en avoir vécu quarante-sept dans son pays d'origine, le Congo, où elle a nécessairement conservé des attaches. Si elle se prévaut du pacte civil de solidarité qu'elle a souscrit le 7 octobre 2021 avec un compatriote, qu'elle soutient avoir rencontré au Congo avant que celui-ci ne rejoigne la France en 1998, elle ne verse aucun élément permettant de démontrer l'ancienneté de la vie commune avec son partenaire, alors que la souscription de leur pacte civil de solidarité demeurait récente à la date de la décision attaquée et, qu'en outre, il n'est fait état d'aucun obstacle à ce que la cellule familiale se reconstruise au Congo, pays dont ils ont tous deux la nationalité. A ce titre, Mme C ne peut utilement se prévaloir des orientations générales de la circulaire du 30 octobre 2004 du ministre de l'intérieur relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière, laquelle est dépourvue de valeur réglementaire. Par ailleurs, la fille de la requérante, qui réside régulièrement en France, a construit sa propre cellule familiale et sa seule présence sur le sol national ne saurait, par elle-même, conférer à l'intéressée un droit au séjour. Il n'est, au demeurant, pas établi qu'il existerait un obstacle à ce que sa fille se rende, avec sa famille, au Congo pour lui rendre visite. Enfin, la seule circonstance que Mme C exerce des activités bénévoles ne saurait suffire à caractériser une insertion sociale ou professionnelle particulière en France. Il s'ensuit qu'eu égard à la durée et aux conditions de séjour de l'intéressée en France, la décision en litige ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Pour les mêmes motifs, la décision en litige n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :
5. Les moyens invoqués à l'encontre de la décision lui refusant un titre de séjour ayant été écartés, Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'obligeant à quitter le territoire français et, en tout état de cause, la décision lui accordant un délai de départ volontaire.
6. En se prévalant des risques de traitements inhumains et dégradants qu'elle encoure en cas de retour dans son pays d'origine, Mme C doit être regardée comme soulevant le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen est inopérant à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du délai de départ volontaire, qui, par elles-mêmes, n'impliquent pas le retour de l'intéressée dans son pays d'origine.
7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions des 14 avril et 30 juin 2023, ni de l'arrêté du 4 octobre 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, verse quelque somme que ce soit à Mme C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes nos 2303176 et 2303177 présentées par Mme C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au préfet de Saône-et-Loire ainsi qu'à Me Mabouana.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Olivier Rousset, président,
Mme Valérie Zancanaro, première conseillère,
Mme Océane Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.
La rapporteure,
O. ALe président,
O. Rousset
La greffière,
C. Chapiron
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos 2303176 - 2303177
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026