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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303185

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303185

mercredi 22 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303185
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 novembre 2023, Mme E D, représentée par Me Fouret, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision, en date du 8 septembre 2023, par laquelle la commission de l'académie de Dijon compétente en matière d'instruction dans la famille a rejeté son recours administratif préalable formé à l'encontre de la décision de la directrice académique des services de l'éducation nationale de la Nièvre du 13 juillet 2023 refusant l'autorisation d'instruction dans la famille pour sa fille B A au titre de l'année 2023-2024 ;

2°) d'enjoindre au rectorat de lui délivrer l'autorisation sollicitée sur le fondement de l'article L. 131-5 4° du code de l'éducation ou, à défaut, de réexaminer la situation de sa fille ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que la décision en litige induit pour B une scolarisation qui altère son état de santé et crée une situation de détresse attentatoire à son intérêt supérieur ;

- il est fait état de moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, laquelle :

•est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 131-5 du code de l'éducation, la " situation propre à l'enfant ", au sens de cette disposition, s'entendant comme le fait de proposer un projet sérieux, avec un enseignement adapté à l'enfant, sans autre exigence ou considération que l'intérêt de celui-ci et sans condition, notamment, tenant à l'impossibilité de le scolariser, à son inadaptation au milieu scolaire ou à une situation propre ab initio qu'il appartiendrait aux parents d'établir ;

•à tout le moins, a été prise en violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 novembre 2023, le recteur de l'académie de Dijon conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie, les requérants ne pouvant se prévaloir d'un droit à l'instruction dans la famille et l'intérêt supérieur de leur enfant n'étant en rien méconnu, ce d'autant que les documents médicaux versés aux débats ne démontrent pas un lien entre l'état de santé de l'enfant et sa scolarisation, qu'un dispositif adapté peut être mis en place pour faciliter l'intégration scolaire ; en outre, le père B n'a pas signé la demande d'instruction dans la famille ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ; en effet :

•cette décision n'est entachée d'aucune erreur de droit au regard des articles L. 131-5 et R. 131-1-5 du code de l'éducation ;

•il n'est pas justifié d'une situation propre à l'enfant au sens de ces dispositions ;

•le projet éducatif ne comporte pas l'ensemble des éléments requis par les dispositions de l'article R. 131-11-5 du code de l'éducation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond n° 2303186, enregistrée le 10 novembre 2023.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- le code de l'éducation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Lelong, greffière d'audience,

- le rapport de M. Zupan, juge des référés ;

- les observations de Me Fouret, pour Mme D, qui a repris les faits, moyens et conclusions exposés dans le mémoire introductif d'instance ;

- les observations de M. C, représentant le recteur de l'académie de Dijon, qui a repris les faits, moyens et conclusions exposés dans le mémoire en défense.

L'instruction a été déclarée close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D demande au juge des référés d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision, en date du 8 septembre 2023, par laquelle la commission de l'académie de Dijon compétente en matière d'instruction dans la famille a rejeté son recours administratif préalable formé à l'encontre de la décision de la directrice académique des services de l'éducation nationale de la Nièvre du 13 juillet 2023 refusant l'autorisation d'instruction dans la famille pour sa fille B A au titre de l'année 2023-2024.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. En l'état de l'instruction aucun des moyens susvisés, invoqués par Mme D, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de cette décision doivent être rejetées. Doivent l'être également, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme D, ainsi que sa demande accessoire tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E D et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Dijon.

Fait à Dijon, le 22 novembre 2023.

Le président du tribunal, juge des référés,

D. ZUPAN

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

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