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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303188

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303188

mardi 18 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303188
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSCP THEMIS AVOCATS & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a été saisi par un détenu contestant deux sanctions de vingt jours de cellule disciplinaire, cumulées à tort pour un total de quarante jours, et demandant réparation. Le requérant invoquait notamment des vices de procédure (défaut d’impartialité de la commission de discipline, absence de consultation du dossier) et le caractère disproportionné des sanctions. Le tribunal a constaté que l’administration avait proposé une indemnisation de 315 euros, acceptée par le requérant et effectivement versée, ce qui éteignait le litige indemnitaire. En conséquence, il a donné acte du désistement de la requête et condamné l’État à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2023, M. E D, représenté par la société civile professionnelle Themis Avocats et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 septembre 2023 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a rejeté le recours administratif préalable dirigé contre les décisions du 17 août 2023, par lesquelles la commission de discipline du centre de détention de Joux-la-Ville lui a infligé deux sanctions de vingt jours de cellule disciplinaire ;

2°) de condamner l'État à lui verser la somme de 4 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de sa réclamation indemnitaire préalable et de la capitalisation des intérêts, en raison de l'illégalité fautive de ces décisions et de l'exécution d'un cumul de sanctions de quarante jours en quartier disciplinaire, alors qu'une confusion des sanctions a été prononcée ;

3°) à titre subsidiaire, de condamner l'État à lui verser la somme de 2 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de sa réclamation indemnitaire préalable et de la capitalisation des intérêts, en raison de l'exécution d'un cumul de sanctions de quarante jours en quartier disciplinaire, alors qu'une confusion des sanctions a été prononcée ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que M. B disposait d'une délégation à l'effet de présider la commission de discipline ;

- la circonstance que la même personne ait décidé des poursuites et ait présidé la commission de discipline permet de douter de son impartialité ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que le premier assesseur n'était pas lui-même le rédacteur du compte rendu d'incident ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il n'est pas établi qu'il a pu consulter son dossier disciplinaire au moins trois heures avant la séance de la commission de discipline, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 313-2 du code pénitentiaire et des droits de la défense ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'il ne lui a pas été permis de conserver une copie du dossier disciplinaire en méconnaissance des articles R. 234-15, R. 234-14 et R. 234-18 du code pénitentiaire ;

- les faits invoqués dans la procédure n° 2023000186 ne sont pas établis : rien ne permet d'affirmer que la substance prohibée retrouvée dans la cellule d'attente du greffe lui appartenait, dès lors qu'il n'est jamais resté seul et qu'il n'a pas eu le temps de dissimuler cette substance sans être vu ;

- les deux sanctions infligées sont disproportionnées, eu égard à la faible gravité des faits reprochés et aux circonstances dans lesquelles ils sont intervenus ; il détenait un téléphone portable car il n'arrivait pas à joindre sa famille aux horaires autorisés par l'administration ; les fautes commises sont banales, dès lors que 40 000 téléphones ont été saisis par l'administration pénitentiaire en 2017 et que les détenus consomment de grandes quantités de cannabis ;

- il se prévaut de l'illégalité fautive des deux décisions de sanction ;

- en ne prononçant pas, dès leur infliction, la confusion des deux sanctions, sur le fondement de l'article R. 234-34 du code pénitentiaire, l'administration a commis une seconde faute ;

- il a ainsi exécuté, à tort, deux sanctions de quarante jours de sanction disciplinaire ; il évalue son préjudice à 100 euros par jour passé à tort en cellule disciplinaire.

Par un mémoire, enregistré le 19 février 2024, M. E D, représenté par la société civile professionnelle Themis Avocats et Associés, transmet au tribunal une proposition de la direction de l'administration pénitentiaire, d'indemnisation de ses préjudices.

Il soutient ne pas avoir accepté cette proposition.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que M. D a accepté le 15 février 2024 sa proposition d'indemnisation.

Par un mémoire, enregistré le 25 mars 2024, M. E D, représenté par la société civile professionnelle Themis Avocats et Associés, soutient désormais que le montant de l'indemnisation acceptée ne lui pas été versé.

Par un mémoire, enregistré le 16 avril 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice, soutient que la somme de 315 euros a été versée sur le compte nominatif de l'intéressé le 12 mars 2024.

Les parties ont été informées par une lettre du 26 mars 2024 que cette affaire était susceptible, à compter du 16 avril 2024, de faire l'objet d'une clôture d'instruction à effet immédiat en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative.

La clôture de l'instruction a été fixée au 6 mai 2024 par ordonnance du même jour.

Des pièces complémentaires, enregistrées les 20 décembre 2024 et 9 janvier 2025, ont été produites, à la demande du tribunal, par le garde des sceaux, ministre de la justice, et ont été communiquées dans les conditions prévues par les dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

Des pièces complémentaires, enregistrées le 16 janvier 2025, ont été produites, à la demande du tribunal, par le ministre d'État, garde des sceaux, ministre de la justice. Elles n'ont pas été communiquées, conformément au principe mentionné dans l'arrêt visé ci-après.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code pénitentiaire ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la décision n° 457621 du 23 novembre 2022 du Conseil d'État statuant au contentieux ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Irénée Hugez,

- et les conclusions de M. Thierry Bataillard, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D, écroué le 3 décembre 2020 à la maison d'arrêt de Nevers, puis transféré au centre de détention de Joux-la-Ville le 13 juillet 2021, a été condamné à plusieurs reprises pour des faits notamment de conduite d'un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants, de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, de conduite d'un véhicule sans permis, de refus, par le conducteur d'un véhicule, d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, dans des circonstances exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité, de détention non autorisée de stupéfiants, d'acquisition non autorisée de stupéfiants, d'offre ou de cession non autorisée de stupéfiants, d'usage illicite de stupéfiants, de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance, de circulation de véhicule à moteur, de nuit ou par visibilité insuffisante, sans feux rouges arrière allumés, de délit de fuite après un accident par conducteur de véhicule terrestre, d'inobservation, par conducteur de véhicule, de l'arrêt imposé par un feu rouge, de maintien en circulation d'un véhicule cédé et déjà immatriculé sans certificat d'immatriculation établi au nom du nouveau propriétaire, d'excès de vitesse d'au moins 20 kilomètres par heure et inférieur à 30 kilomètres par heure par conducteur de véhicule à moteur, de circulation d'un véhicule à moteur ou d'une remorque muni de pneumatique lisse, déchiré ou dont la toile est apparente, de maintien en circulation de voiture particulière sans contrôle technique périodique et de recel de bien provenant d'un délit puni d'une peine n'excédant pas cinq ans d'emprisonnement. Par deux décisions, en date du 17 août 2023, le président de la commission de discipline du centre de détention de Joux-la-Ville a prononcé à l'encontre de M. D deux sanctions de vingt jours de cellule disciplinaire, l'une en raison de la découverte dans la cuvette des toilettes de la cellule de l'intéressé d'un téléphone portable, d'une carte SIM, d'un chargeur bracelet et de 2,46 grammes de produits stupéfiants et l'autre en raison de la découverte dans une cellule d'attente du greffe, immédiatement après le passage de M. D, de deux savonnettes de résine de cannabis, d'une masse totale de 114,3 grammes. Par une décision explicite du 21 septembre 2023, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a rejeté le recours administratif préalable formé le 21 août 2023 par le conseil de l'intéressé, en tant qu'il portait sur chacune des deux sanctions, mais a prononcé l'exécution confondue des deux sanctions. M. D demande au tribunal, d'une part, d'annuler cette décision et, d'autre part, de condamner l'État à lui verser une somme de 2 000 ou de 4 000 euros en raison de l'illégalité fautive de cette décision et de l'exécution d'une sanction d'une durée totale de quarante jours de cellule disciplinaire, injustifiée eu égard à la confusion ainsi prononcée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 234-2 du code pénitentiaire : " La commission de discipline comprend, outre le chef de l'établissement pénitentiaire ou son délégataire, président, deux membres assesseurs. ". Aux termes de l'article R. 234-12 du même code : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la commission de discipline a été présidée par M. G B, chef de service pénitentiaire, chef de détention, qui disposait d'une délégation à l'effet de présider la commission de discipline, en vertu d'un arrêté de M. C A, chef d'établissement du centre de détention de Joux-la-Ville, du 5 janvier 2023, référencé 89-2023-01-05-00005, régulièrement publié le 6 janvier 2023 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de l'Yonne référencé 89-2023-008. Par ailleurs, il ressort également des pièces du dossier que les rédacteurs des comptes rendus d'incident pris en compte lors de cette commission de discipline, qui sont respectivement trois surveillants et un capitaine, et dont les initiales sont, dans l'ordre chronologique, " T W ", " S F ", " B M " et " A T ", n'ont pas siégé lors de la commission de discipline en qualité d'assesseur, dès lors que les initiales de l'assesseur, membre du personnel pénitentiaire, étaient " A T ", que le tribunal a vérifié, en ordonnant la production du nom de l'auteur du dernier compte rendu d'incident, que celui-ci n'était pas la même personne que cet assesseur et que cette commission comportait également un autre assesseur, nommé Gauthier. Par suite, les moyens tirés du caractère irrégulier de la composition de la commission de discipline doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 234-14 du code pénitentiaire : " Le chef de l'établissement pénitentiaire ou son délégataire apprécie, au vu des rapports et après s'être fait communiquer, le cas échéant, tout élément d'information complémentaire, l'opportunité de poursuivre la procédure. () ". Aux termes de l'article R. 234-3 du même code : " Les sanctions disciplinaires sont prononcées, en commission, par le président de la commission de discipline. Les membres assesseurs ont voix consultative. ".

5. La circonstance que le chef d'établissement ou son délégataire apprécie, sur la base du rapport d'enquête rédigé à la suite du compte rendu d'incident et en application des dispositions de l'article R. 234-14 du code pénitentiaire, l'opportunité de poursuivre la procédure disciplinaire puis prononce le cas échéant, en tant que président de la commission de discipline et en vertu des articles R. 234-2 et R. 234-3 du même code, les sanctions disciplinaires retenues contre la personne détenue, ne méconnaît pas le principe général du droit d'impartialité, applicable en matière de procédures administratives disciplinaires. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B ait manifesté une quelconque animosité à l'égard de M. D et ait ainsi manqué à l'obligation d'impartialité qui s'imposait à lui. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 313-2 du code pénitentiaire : " Pour l'application des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration aux décisions mentionnées par les dispositions de l'article R. 313-1, la personne détenue dispose d'un délai pour préparer ses observations qui ne peut être inférieur à trois heures à partir du moment où elle est mise en mesure de consulter les éléments de la procédure, en présence de son avocat ou du mandataire agréé, si elle en fait la demande () ". L'article R. 234-15 du même code dispose que : " En cas d'engagement des poursuites disciplinaires, les faits reprochés ainsi que leur qualification juridique sont portés à la connaissance de la personne détenue. / La personne détenue est informée de la date et de l'heure de sa comparution devant la commission de discipline ainsi que du délai dont elle dispose pour préparer sa défense. Ce délai ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. "

7. Il ressort des pièces du dossier que l'administration a tenté de remettre à M. D les éléments des dossiers disciplinaires le 11 août 2023 à 15 heures 15, soit plusieurs jours avant la séance de la commission de discipline qui s'est tenue le 17 août 2023 à 14 h 00. Chacun des dossiers disciplinaires contenait notamment le compte rendu d'incident, le rapport d'enquête, une ou plusieurs photos, la convocation devant la commission de discipline, comportant les faits reprochés et leur qualification juridique, et les pièces relatives à la désignation et à la convocation de l'avocat et de l'assesseur extérieur et une ou plusieurs pièces relatives à l'audition de témoin(s). Aucun élément du dossier ne permet de relever que l'intéressé aurait été privé de l'accès à ce dossier par la suite, y compris durant la séance de la commission de discipline. Il a ainsi bénéficié des garanties prévues par les dispositions citées au point précédent, notamment d'un délai d'au moins trois heures pour préparer ses observations, nonobstant la circonstance selon laquelle il a refusé de signer le récépissé à cet effet. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe des droits de la défense doit être écarté.

8. En quatrième lieu, ni les dispositions des articles R. 234-15, R. 234-14 et R. 234-18 du code pénitentiaire ni aucune disposition législative ou réglementaire, ni aucun principe général n'imposent à l'administration de permettre à la personne détenue de conserver une copie de son dossier disciplinaire.

En ce qui concerne la légalité interne :

9. Aux termes de l'article R. 232-4 du code pénitentiaire : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : / () 10° D'introduire ou tenter d'introduire au sein de l'établissement tous objets, données stockées sur un support quelconque ou substances de nature à compromettre la sécurité des personnes ou de l'établissement, de les détenir ou d'en faire l'échange contre tout bien, produit ou service ; / 11° D'introduire ou tenter d'introduire au sein de l'établissement des produits stupéfiants, ou sans autorisation médicale, des produits de substitution aux stupéfiants ou des substances psychotropes, de les fabriquer, de les détenir ou d'en faire l'échange contre tout bien, produit ou service ; () ". Aux termes de l'article R. 232-5 du même code : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : / () 8° D'enfreindre ou tenter d'enfreindre les dispositions législatives ou règlementaires, le règlement intérieur de l'établissement, défini aux articles L. 112-4 et R. 112-22, ou toute autre instruction de service applicables en matière d'introduction, de détention, de circulation, ou de sortie de sommes d'argent, correspondance, objets ou substances quelconques, hors les cas prévus par les dispositions des 10° et 11° de l'article R. 232-4 ; () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 235-12 de ce code : " La durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré () ".

10. En premier lieu, et en l'espèce, il ressort du compte rendu d'incident du 9 juillet 2023, produit par le garde des sceaux en défense, au demeurant déjà analysé par le tribunal dans le jugement n° 2303656 du 22 octobre 2024, qu'à l'issue du parloir dont ont bénéficié M. D et Mme F, le requérant a été placé dans une cellule dite d'attente du greffe, que cette cellule a ensuite été fouillée, sans qu'aucun autre détenu ne l'ait occupée et qu'il y a été retrouvé deux " savonnettes " de résine de cannabis, d'une masse totale de 114,3 grammes, de sorte qu'il en a été inféré que ces substances prohibées ont nécessairement été introduites dans la cellule d'attente par M. D, à l'issue de son parloir avec Mme F. Si M. D conteste l'exactitude matérielle des faits et soutient qu'il n'est pas établi que ces produits lui appartenaient et qu'il n'a pas eu la possibilité de les dissimuler, ayant été sans cesse sous la surveillance d'un membre du personnel, d'une part, il ressort des pièces du dossier que le personnel avait pris la peine de fouiller la cellule avant le passage de M. D, de sorte qu'il est le seul à avoir pu dissimuler les produits stupéfiants litigieux, d'autre part, ces faits s'inscrivent dans un contexte de soupçon d'ingestion de tels produits, ayant donné lieu à une demande de réquisition à fin d'examen médical. Enfin, l'intéressé n'apporte aucun élément, notamment de contexte, de nature à étayer sa contestation, et ses dénégations sont insuffisantes pour établir l'inexactitude matérielle des faits constatés, de sorte que le moyen tiré de l'erreur de fait doit, dans cette mesure, être écarté.

11. En deuxième lieu, M. D ne saurait sérieusement se prévaloir de ce que les fautes commises sont " banales ", 40 000 téléphones auraient été saisis en détention en 2017 et les détenus consommeraient une grande quantité de cannabis, au soutien du moyen tiré de la disproportion des deux sanctions prononcées. Il résulte au contraire du caractère de gravité des fautes commises, de leurs conséquences possibles en matière de sécurité des personnes et de l'établissement, du nombre d'éléments prohibés trouvés simultanément dans la cellule de l'intéressé, à savoir un téléphone portable, une carte SIM, un chargeur bracelet et des produits stupéfiants, de la circonstance que la première sanction a été prononcée en raison de trois faits distincts de détention de produits stupéfiants, constatés à trois dates distinctes, les 21 et 22 juin et 9 juillet 2023, et de la récurrence des fautes commises par le requérant que les deux sanctions prononcées ne sont pas disproportionnées. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 21 septembre 2023 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a rejeté le recours administratif préalable dirigé contre les décisions du 17 août 2023, par lesquelles la commission de discipline du centre de détention de Joux-la-Ville lui a infligé deux sanctions de vingt jours de cellule disciplinaire.

Sur les conclusions indemnitaires :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. D ne démontre pas l'illégalité de la décision du 21 septembre 2023 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon a rejeté le recours administratif préalable dirigé contre les décisions du 17 août 2023, par lesquelles la commission de discipline du centre de détention de Joux-la-Ville lui a infligé deux sanctions de vingt jours de cellule disciplinaire. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à se prévaloir de l'illégalité fautive de cette décision.

14. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que, par sa décision du 21 septembre 2023, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Dijon, en application des dispositions de l'article R. 234-34 du code pénitentiaire, aux termes duquel " Lorsque la commission de discipline est amenée à se prononcer le même jour sur plusieurs fautes commises par une personne détenue majeure, et sauf décision contraire de son président, les durées des sanctions prononcées se cumulent. Toutefois, lorsque les sanctions sont de même nature, leur durée cumulée ne peut excéder la limite du maximum prévu pour la faute la plus grave. ", a limité la durée cumulée des deux sanctions prononcées à vingt jours de cellule disciplinaire. M. D se prévaut de la faute commise par l'administration pénitentiaire consistant à l'avoir illégalement placé vingt jours supplémentaires en cellule disciplinaire. Il résulte cependant de l'instruction que M. D a été placé, à raison de ces sanctions, en cellule disciplinaire pendant une durée de vingt-sept jours, de sorte que M. D n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait été illégalement placé en cellule disciplinaire pour une durée supérieure à sept jours.

15. Toutefois, l'article 2044 du code civil dispose que : " La transaction est un contrat par lequel les parties, par des concessions réciproques, terminent une contestation née, ou préviennent une contestation à naître. ". Aux termes de l'article 2052 du même code : " La transaction fait obstacle à l'introduction ou à la poursuite entre les parties d'une action en justice ayant le même objet. ". L'article L. 423-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Ainsi que le prévoit l'article 2044 du code civil et sous réserve qu'elle porte sur un objet licite et contienne des concessions réciproques et équilibrées, il peut être recouru à une transaction pour terminer une contestation née ou prévenir une contestation à naître avec l'administration. La transaction est formalisée par un contrat écrit. ".

16. Il résulte des articles 6, 2044 et 2052 du code civil, et de l'article L. 423-1 du code des relations entre le public et l'administration que l'administration peut, afin de prévenir ou d'éteindre un litige, légalement conclure avec un particulier un protocole transactionnel, sous réserve de la licéité de l'objet de ce dernier, de l'existence de concessions réciproques et équilibrées entre les parties et du respect de l'ordre public.

17. Il résulte de l'instruction que M. D a accepté de signer une transaction l'indemnisant du préjudice subi à raison de son placement illégal en cellule disciplinaire pendant une durée de sept jours à hauteur de 315 euros et que cette somme a été effectivement versée le 12 mars 2024 sur son compte nominatif. L'autorité de la chose jugée attachée à cette transaction s'oppose à ce que le tribunal connaisse à nouveau de la demande indemnitaire de l'intéressé tendant à la réparation de ses préjudices à raison de la même période d'incarcération. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions indemnitaires de M. D dans cette mesure.

18. Il résulte de tout ce qui précède, que le surplus des conclusions indemnitaires présentées par M. D doit être rejeté.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

19. Il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions précitées et de mettre à la charge de l'État la somme que le conseil de M. D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions indemnitaires de M. D, dans la mesure mentionnée au point 17 du présent jugement.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, au ministre d'État, garde des sceaux, ministre de la justice et à la société civile professionnelle Themis Avocats et Associés.

Délibéré après l'audience du 11 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

M. Hugez, premier conseiller,

Mme Hascoët, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 février 2025

Le rapporteur,

I. Hugez

Le président,

Ph. Nicolet

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au ministre d'État, garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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