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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303230

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303230

lundi 20 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303230
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationREFERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Grenier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les arrêtés du 13 novembre 2023 par lesquels le préfet du Doubs a ordonné son transfert aux autorités belges, responsables de l'examen de sa demande d'asile, et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable trois fois ;

3°) d'enjoindre au préfet du Doubs de l'autoriser à déposer sa demande d'asile en France et de lui délivrer une attestation de demande d'asile, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il appartient au préfet d'établir qu'il a bien été destinataire dans une langue qu'il comprend des informations et garanties offertes par les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il appartient au préfet d'établir qu'il a pu bénéficier d'un entretien mené par un agent qualifié et qu'il a été informé de la possibilité de pouvoir être assisté de son conseil, et mis à même de bénéficier de cette assistance, ce qui n'a pas été le cas, en méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le compte rendu de l'entretien n'a jamais été mis à disposition de son conseil en temps utile, et avant l'édiction de la décision litigieuse ;

- la France aurait dû accepter d'examiner sa demande d'asile, indépendamment de la hiérarchie des critères fixés par les dispositions du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, au regard de sa situation humanitaire, en particulier de sa situation de grande vulnérabilité et de danger en Belgique, qui est établie ; l'arrêté qui décide, en dépit de sa situation très spécifique, de le remettre aux autorités belges, est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté d'assignation à résidence est illégal par voie de conséquence de l'illégalité entachant l'arrêté de transfert.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2023, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la commission du 30 janvier 2014 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative

Le président du tribunal a désigné M. Cherief en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 17 novembre 2023 à 09 h 30.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cherief, magistrat désigné ;

- les observations de Me Grenier, représentant M. B, qui reprend les arguments et moyens présentés à l'appui de sa requête et développe de nouveaux moyens tirés de ce que M. B comprend le français mais ne le lit pas, de ce qu'il a subi des violences dans son pays d'origine, y compris intra-familiales, de ce qu'il a été agressé en Belgique en raison de son orientation sexuelle, de ce qu'il a dû fuir la Belgique par peur de ses agresseurs et de ce qu'il fait l'objet d'un accompagnement spécifique, adapté aux personnes faisant partie de la communauté LGBT+, dans le cadre de son hébergement par le service d'hébergement d'urgence des demandeurs d'asile de Coallia.

La clôture de l'instruction a été prononcée à 09 h 52.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant macédonien né le 17 février 1997, a présenté une demande d'asile en France le 21 juillet 2023. Le préfet du Doubs a, par deux arrêtés du 13 novembre 2023, notifiés le même jour, ordonné le transfert de l'intéressé aux autorités belges, et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable trois fois. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas l'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard à l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'arrêté de transfert :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Droit à l'information / 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un Etat membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un Etat membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'Etat membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée ; / b) des critères de détermination de l'Etat membre responsable, de la hiérarchie de ces critères au cours des différentes étapes de la procédure et de leur durée, y compris du fait qu'une demande de protection internationale introduite dans un Etat membre peut mener à la désignation de cet Etat membre comme responsable en vertu du présent règlement même si cette responsabilité n'est pas fondée sur ces critères ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 et de la possibilité de fournir des informations sur la présence de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent dans les Etats membres, y compris des moyens par lesquels le demandeur peut fournir ces informations ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert ; / e) du fait que les autorités compétentes des Etats membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement ; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant et du droit de demander que ces données soient rectifiées si elles sont inexactes ou supprimées si elles ont fait l'objet d'un traitement illicite, ainsi que des procédures à suivre pour exercer ces droits, y compris des coordonnées des autorités visées à l'article 35 examiner les réclamations relatives à la protection des données à caractère personnel. / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. () / 3. La Commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune (), contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. () La brochure commune est réalisée de telle manière que les Etats membres puissent y ajouter des informations spécifiques aux Etats membres () ". Le modèle de cette brochure commune figure sous l'annexe X au règlement n° 118/2014 du 30 janvier 2014. Aux termes de l'article 5 du même règlement : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4 (). / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est vu remettre, le 21 juillet 2023, deux brochures d'informations, dites " A " (J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande d'asile ') et " B " (Je suis sous procédure Dublin - Qu'est-ce que cela signifie '), dont les pages de garde comportent la signature de l'intéressé. Ces brochures, contenant les informations prévues à l'article 4 du règlement précité, ont été remises à l'intéressé en langue française, langue qu'il a déclaré comprendre. S'il fait valoir qu'il comprend le français mais qu'il ne le lit pas, il ressort des pièces du dossiers que M. B a signé sans aucune réserve le résumé de son entretien individuel, intervenu le même jour en langue française, au cours duquel il n'a fait état d'aucune difficulté de compréhension, attestant que les informations sur les règlements communautaires lui ont été remises. Par ailleurs, si les dispositions du paragraphe 6 de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 précisent que " l'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ", ni les dispositions de l'article 4, ni celles de l'article 5 n'imposent à l'administration d'informer le requérant qu'il peut se faire assister d'un conseil au cours l'entretien individuel. Enfin, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'administration se serait opposée à la mise à disposition du compte rendu de l'entretien individuel avant l'édiction de la décision attaquée ni que le conseil de M. B en aurait sollicité la communication. Par suite, les moyens tirés de la violation des articles 4 et 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doivent être écartés.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 20 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Le processus de détermination de l'Etat membre responsable commence dès qu'une demande de protection internationale est introduite pour la première fois auprès d'un Etat membre. 2. Une demande de protection internationale est réputée introduite à partir du moment où un formulaire présenté par le demandeur ou un procès-verbal dressé par les autorités est parvenu aux autorités compétentes de l'Etat concerné () ". Aux termes de l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " L'Etat membre auprès duquel une demande de protection internationale a été introduite et qui estime qu'un autre Etat membre est responsable de l'examen de cette demande peut, dans les plus brefs délais et, en tout état de cause, dans un délai de trois mois à compter de la date d'introduction de la demande au sens de l'article 20, paragraphe 2, requérir cet autre Etat membre aux fins de prise en charge du demandeur. Nonobstant le premier alinéa, en cas de résultat positif (" hit ") Eurodac avec des données enregistrées en vertu de l'article 14 du règlement (UE) n° 603/2013, la requête est envoyée dans un délai de deux mois à compter de la réception de ce résultat positif en vertu de l'article 15, paragraphe 2, dudit règlement. Si la requête aux fins de prise en charge d'un demandeur n'est pas formulée dans les délais fixés par le premier et le deuxième alinéa, la responsabilité de l'examen de la demande de protection internationale incombe à l'Etat membre auprès duquel la demande a été introduite. / 2. L'État membre requérant peut solliciter une réponse en urgence dans les cas où la demande de protection internationale a été introduite à la suite d'un refus d'entrée ou de séjour, d'une arrestation pour séjour irrégulier ou de la signification ou de l'exécution d'une mesure d'éloignement. / La requête indique les raisons qui justifient une réponse urgente et le délai dans lequel une réponse est attendue. Ce délai est d'au moins une semaine. / 3. Dans les cas visés aux paragraphes 1 et 2, la requête aux fins de prise en charge par un autre État membre est présentée à l'aide d'un formulaire type et comprend les éléments de preuve ou indices tels qu'ils figurent dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, et/ou les autres éléments pertinents tirés de la déclaration du demandeur qui permettent aux autorités de l'État membre requis de vérifier s'il est responsable au regard des critères définis dans le présent règlement. () ". Aux termes du paragraphe 3 de l'article 22 de ce règlement : " 3. La Commission établit et revoit périodiquement, par voie d'actes d'exécution, deux listes indiquant les éléments de preuve et les indices pertinents conformément aux critères figurant aux points a) et b) du présent paragraphe. Ces actes d'exécution sont adoptés en conformité avec la procédure d'examen visée à l'article 44, paragraphe 2 : / a) Éléments de preuve / i) Il s'agit de la preuve formelle qui détermine la responsabilité en vertu du présent règlement, aussi longtemps qu'elle n'est pas réfutée par une preuve contraire. / ii) / Les États membres fournissent au comité prévu à l'article 44 des modèles des différents types de documents administratifs, conformément à la typologie fixée sur la liste des preuves formelles. / b) Indices / i) Il s'agit d'éléments indicatifs qui, tout en étant réfutables, peuvent être suffisants, dans certains cas, en fonction de la force probante qui leur est attribuée. / ii) Leur force probante, pour ce qui est de la responsabilité de l'examen de la demande de protection internationale, est traitée au cas par cas. () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a formulé sa demande d'asile le 21 juillet 2023, date à laquelle il a également été identifié dans le système Eurodac, les empreintes de M. B ayant été relevées le 1er mai 2016 en Allemagne sous le numéro DE1160502BOC01789 et les 17 mai 2021, 28 février 2022, 5 août 2022, 3 mars 2023 et 29 juin 2023 en Belgique sous les numéros BE1870103134695, BE1870103145032, BE1870103151271, BE1870103160912 et BE1870103144860. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Vienne a saisi les autorités belges le 24 août 2023, soit dans le délai de deux mois à compter du 21 juillet 2023. Cette demande a été présentée au moyen du formulaire mentionné par les dispositions précitées du paragraphe 3 de l'article 21 règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, et précise notamment que le requérant dispose d'un passeport délivré par les autorités de la Macédoine du Nord, qu'il a quitté son pays d'origine le 1er janvier 2021, qu'il a sollicité l'asile le 29 juin 2023 en Belgique ou ses données ont été enregistrées dans le fichier Eurodac, qu'il est entré en France irrégulièrement le 11 juillet 2023 et qu'il déclare ne pas avoir quitté le territoire des Etats membres de l'Union européenne depuis son arrivée. Ce formulaire comprend ainsi les éléments, mentionnés à l'article 22, paragraphe 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, permettant aux autorités belges de vérifier si elles étaient responsables de l'examen de la demande d'asile de M. B. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 21 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qui manque en fait, doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / 2. () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillance systémique dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable () ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement (). / 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Le système européen commun d'asile a été conçu de telle sorte qu'il est permis de supposer que l'ensemble des Etats y participant respectent les droits fondamentaux. Ainsi, il est présumé que la Belgique, Etat membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, assure un traitement des demandeurs d'asile respectueux de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Cependant, cette présomption peut être renversée s'il y a des raisons sérieuses de croire qu'il existe des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte.

10. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier ni d'aucun document établi par la France ou par l'une des autorités de l'Union européenne qu'il existerait en Belgique des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile. D'autre part, la seule production d'un certificat médical du 2 juin 2023, établit par un médecin belge et faisant état de lésions compatibles avec une agression avec plusieurs coups au visage ainsi qu'au niveau de l'épaule gauche et de la cage thoracique, n'est pas de nature à établir que M. B serait personnellement exposé à un risque de subir des traitements inhumains ou dégradants en Belgique en raison de son orientation sexuelle, et que cette menace serait actuelle. Ce document ne permet pas non plus, à lui seul, d'établir que la demande d'asile du requérant ne sera pas examinée par les autorités belges conformément aux garanties exigées par le respect du droit d'asile et en particulier que les autorités belges n'évalueront pas, avant de procéder à un éventuel éloignement de M. B, les risques auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine, où il allègue avoir subi des violences, y compris au sein de sa famille. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Doubs a méconnu l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, qu'il aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de la clause discrétionnaire de l'article 17 du règlement (UE) du 26 juin 2013 ou que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre l'arrêté d'assignation à résidence :

11. L'arrêté de transfert n'étant pas entaché d'illégalité, le moyen tiré de ce que l'arrêté d'assignation à résidence est illégal par voie de conséquence de l'illégalité de cet arrêté de transfert, doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

13. M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite son conseil est fondé à se prévaloir des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Toutefois, ces dispositions font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. B ou de ce dernier au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Doubs et à Me Grenier.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au préfet de la Haute-Vienne, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2023.

Le magistrat désigné,

H. CheriefLe greffier,

J. Testori

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier

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