jeudi 14 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2303245 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | NDONG NDONG PIERRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 30 novembre 2023, Mme J A, représentée par Me Ndong Ndong, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
- la décision de refus de séjour est entachée d'un vice d'incompétence et d'une " erreur de droit ", commise par le préfet du Rhône, au regard de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, méconnait les dispositions des articles L. 423-7, L. 423-9 et L. 435-1 du même code et est, en outre, entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, méconnait les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 décembre 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Par une décision du 26 février 2024, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boissy,
- et les observations de Me Ndong Ndong, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante gabonaise née en 1977, est entrée régulièrement sur le territoire le 8 octobre 2017, munie d'un visa court séjour valable du 11 août au 11 novembre 2017 pour une durée maximale de vingt-six jours, accompagnée de sa fille, la jeune F D, de nationalité française, alors âgée de 13 ans, et de son fils, C I, de nationalité gabonaise, alors âgé de deux ans. A l'expiration de son visa, Mme A s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire avec ses deux enfants. Le 13 mai 2022, Mme A a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français auprès de la préfecture de Saône-et-Loire. Par un arrêté du 10 novembre 2023, le préfet de Saône-et-Loire a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Mme A demande l'annulation de cet arrêté du 10 novembre 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté du 13 mars 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Saône-et-Loire a délégué sa signature à Mme H, directrice de la citoyenneté et de la légalité, pour ce qui concerne, notamment, les décisions de refus de séjour, les obligations de quitter le territoire avec ou sans délai de départ volontaire et les décisions fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme H n'était pas compétente pour signer la décision de refus de séjour manque en fait et doit être écarté pour ce motif.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-9 du même code : " L'accès de l'enfant français à la majorité ne fait pas obstacle au renouvellement de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7 ".
4. D'une part, la circonstance, à la supposer même établie, que le préfet du Rhône aurait implicitement rejeté une précédente demande de titre de séjour présentée par Mme A en juillet 2021 et aurait, à cette occasion, commis une erreur de droit au regard de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile reste, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision de refus de séjour prise par le préfet de Saône-et-Loire le 10 novembre 2023.
5. D'autre part, le préfet de Saône-et-Loire a pu légalement refuser à Mme A un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que Mme F D, sa fille, née le 7 mai 2004, n'était plus mineure depuis le 7 mai 2022. La requérante ne peut par ailleurs pas utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-9 -qui sont seulement applicables au renouvellement du titre de séjour- à l'encontre de la décision lui refusant la délivrance d'un premier titre de séjour.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
7. Tout d'abord, Mme A se prévaut de sa présence continue en France depuis plus de six ans à la date de l'arrêté attaqué, de la présence de ses deux enfants dont l'une est de nationalité française, de sa relation avec M. E avec lequel elle vit en concubinage depuis plus de deux ans et de son engagement associatif au sein du secours catholique. Cependant, il ressort des pièces du dossier que, d'une part, l'intéressée, qui a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de quarante ans, n'établit pas y être aujourd'hui dépourvue d'attaches familiales ou personnelles et, d'autre part, si elle fait valoir qu'elle vit en concubinage avec un ressortissant français et qu'elle est engagée, à titre bénévole, au sein du secours catholique -allégations au demeurant très peu circonstanciées au dossier-, ces seuls éléments ne suffisent pas à justifier, durant ses six années de présence, une insertion personnelle, sociale ou professionnelle significative au sein dans la société française.
8. Ensuite, alors même qu'elle entretiendrait avec M. E une relation personnelle, depuis plus de deux ans, Mme A, en décidant d'établir sa vie personnelle et familiale en France alors qu'elle savait que sa situation était irrégulière au regard de la législation française sur l'immigration, a fait un choix personnel dont elle ne peut se prévaloir pour mettre l'Etat devant le fait accompli.
9. Enfin, l'intéressée, entrée régulièrement sur le territoire le 8 octobre 2017 avec un visa de court séjour valable du 11 août au 11 novembre 2017, pour une durée maximale de vingt-six jours, s'est par la suite maintenue irrégulièrement sur le territoire pendant près de quatre ans avant de demander un titre de séjour.
10. Dans ces conditions, et même si le fils de l'intéressée a effectué l'ensemble de sa scolarité sur le territoire français et que sa fille, majeure et de nationalité française, n'a pas nécessairement vocation à quitter le territoire, le préfet de Saône-et-Loire n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission au séjour de Mme A ne répondait pas à des considérations humanitaires et n'était pas davantage justifiée au regard des motifs exceptionnels et en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet de Saône-et-Loire n'a pas davantage, dans les circonstances particulières de l'espèce, commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
11. En premier lieu, la requérante soutient que le préfet de Saône-et-Loire a commis une erreur de droit en s'abstenant notamment de mentionner la première demande de titre de séjour que celle-ci avait adressé au préfet du Rhône et l'intensité de ses liens familiaux sur le territoire français. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier des termes de la décision du 10 novembre 2023, que le préfet de Saône-et-Loire, qui n'avait pas à énoncer de manière exhaustive l'intégralité des éléments caractérisant la situation de Mme A, aurait négligé de procéder à un examen particulier de sa situation.
12. En deuxième lieu, les moyens tirés de ce que la décision d'éloignement a méconnu les articles L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile -lesquels ne régissent que les décisions relatives aux titres de séjour- sont inopérants.
13. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
14. Compte tenu de ce qui vient d'être dit aux points 5 à 9, le préfet de Saône-et-Loire n'a pas porté au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision d'éloignement a été prise. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
15. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
16. D'une part, l'exécution de la décision d'éloignement n'implique pas, par elle-même, que Mme B soit séparée de son fils mineur, qui a également la nationalité gabonaise. D'autre part, rien ne fait obstacle à ce que Mme F D, qui est désormais majeure et poursuit des études en région parisienne, à plusieurs centaines de kilomètres du domicile de sa mère, rende visite à celle-ci au Gabon de façon régulière ou bien choisisse d'y résider. Par conséquent, et compte tenu de ce qui vient d'être dit aux points 7 à 9, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire :
17. La décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
18. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Ses conclusions à fin d'annulation doivent par suite être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
19. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de la requérante au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme J A, au préfet de Saône-et-Loire et à Me Ndong Ndong.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 29 février 2024 à laquelle siégeaient :
- M. Boissy, président,
- Mme Desseix, première conseillère,
- Mme Bois, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2024.
L'assesseure la plus ancienne,
M. DesseixLe président,
L. BoissyLa greffière,
M. G
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026