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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303274

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303274

lundi 20 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303274
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationREFERE
Avocat requérantLUKEC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Lukec, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 15 novembre 2023, par lequel le préfet de la Côte-d'Or, d'une part, lui a assigné l'obligation de quitter sans délai le territoire français, a désigné le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office et a prescrit à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans, d'autre part, l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune de Fontaine-les-Dijon pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

•cette décision est entachée d'un vice d'incompétence sauf à justifier d'une délégation régulièrement conférée à son signataire ;

•elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

•elle procède d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que sa situation est régularisable sur le fondement de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

•elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi et la décision lui interdisant le retour sur le territoire français sont disproportionnées dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- s'agissant de l'arrêté d'assignation à résidence :

•cet arrêté est entaché d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il dispose d'un domicile, justifie de garanties de représentation et ne présente aucun risque de fuite ;

•à tout le moins, l'obligation de pointage devra être réduite à une fois par semaine.

La requête a été communiquée au préfet de la Côte-d'Or, qui a produit des pièces sans présenter d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Zupan,

- et les observations de M. C, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui a conclu au rejet de la requête en faisant valoir que le moyen tiré de la violation de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant et que les autres moyens sont infondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né en 1996 et de nationalité algérienne, est entré clandestinement en France en juillet 2022, selon ses déclarations et s'y est depuis lors maintenu. Par les arrêtés attaqués, en date du 15 novembre 2023, le préfet de la Côte-d'Or, d'une part, lui a assigné l'obligation de quitter sans délai le territoire français, a désigné le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office et a prescrit à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans, d'autre part, l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune de Fontaine-les-Dijon pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, en application de l'article 20 de la loi du 11 juillet 1990 visée ci-dessus.

Sur la légalité de l'arrêté d'éloignement :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, contrairement à ce que soutient M. B, l'arrêté attaqué mentionne, sans d'ailleurs que sa légalité ait été subordonnée à une telle indication, la délégation conférée à son signataire, Mme Amélie Ghayou, secrétaire général adjointe de la préfecture de la Côte-d'Or, en vertu d'un arrêté du 2 août 2023 publié au recueil des actes administratifs, aisément consultable en ligne. Cette délégation porte sur les actes de toute nature relevant des attributions du préfet, à l'exception de certaines catégories de décisions sans rapport avec le séjour et l'éloignement des étrangers, et s'applique en cas d'absence ou d'empêchement du délégataire de premier rang, M. Frédéric Carre, secrétaire général, situations dont le requérant n'établit pas qu'elles n'auraient pas en l'espèce été constituées. Le moyen tiré du vice d'incompétence doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision en litige vise les textes qui la fondent, en particulier l'article L. 611-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, retrace les conditions d'entrée et de séjour en France de M. B, indique qu'il n'a entamé aucune démarche en vue d'obtenir un document de séjour et rend compte de sa situation personnelle et familiale. Elle satisfait ainsi à l'exigence de motivation, laquelle est fixée en la matière par l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, non par les dispositions de la loi du 11 juillet 1979 invoquées par le requérant et codifiées de longue date.

5. En troisième lieu, si M. B argue d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation commises par le préfet de la Côte-d'Or au regard de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de considérer qu'il entend en réalité arguer de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du même code, qui a remplacé le texte ainsi invoqué et dispose : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Toutefois, cette disposition, au demeurant inapplicable aux ressortissants algériens, dont la situation est régie en la matière par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, fixe les conditions de délivrance des titres de séjour qu'il mentionne et ne peut donc être utilement invoquée qu'à l'encontre d'une décision refusant à un étranger un titre de séjour sur ce fondement, non à l'encontre d'une mesure d'éloignement. En admettant même que M. B ait entendu rappeler que le préfet ne peut légalement prescrire l'éloignement d'un étranger auquel la loi confère un droit au séjour, ce moyen n'en demeurerait pas moins inopérant, l'article L. 435-1 régissant un cas de régularisation à titre exceptionnel et ne conférant aucun droit aux étrangers qui en remplissent les conditions.

6. En vertu de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance " et " il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si M. B fait valoir qu'il vit auprès de sa sœur à Fontaine-les-Dijon et est son associé dans l'entreprise de bâtiment dont elle est la gérante ; toutefois, outre qu'il ne justifie aucunement de la participation alléguée à cette entreprise, il est constant qu'il est célibataire, sans charge de famille et qu'il ne réside en France que depuis seize mois, cela d'ailleurs dans la clandestinité et sans avoir engagé la moindre démarche en vue de régulariser sa situation. En outre, il a conservé des attaches familiales en Algérie, où vivent toujours ses parents selon les mentions non contredites de l'arrêté attaqué. Enfin, il ne présente pas de réelles perspectives d'intégration dans la mesure où, selon ses propres dires, l'emploi qu'il a occupé lui a été procuré sur présentation d'une carte d'identité belge, donc de façon frauduleuse, tandis qu'il ne s'est fait connaître des autorités françaises que pour des faits de conduite sans permis de conduire et détention de produits stupéfiants. Dans ces conditions, la mesure d'éloignement critiquée ne saurait être regardée comme portant une atteinte excessive aux intérêts privés et familiaux de M. B, et comme violant ainsi les stipulations conventionnelles citées au point 6.

En ce qui concerne les décisions portant désignation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français :

8. En premier lieu, les allégations du requérant selon lesquelles il ne constitue pas un trouble pour l'ordre public et cherche seulement à " vivre en sécurité et avoir un bon cadre de vie " sont dépourvues de toute portée utile à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

10. En se bornant à faire valoir qu'il ne trouble pas l'ordre public, sans pour autant démentir les faits délictueux relevés contre lui, puis à arguer de son souhait de vivre en France et de sa prise de participation dans la société de sa sœur, qui n'est d'ailleurs pas démontrée, M. B n'apporte aucun élément sérieux de nature à justifier de circonstances humanitaires pouvant faire échec à la mise en œuvre des dispositions citées ci-dessus ou à démontrer qu'en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour qui est prescrite par la décision en litige, le préfet aurait entaché celle-ci d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de l'arrêté d'assignation à résidence :

11. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles L. 612-6, L. 612-7 et L. 612-8 ; () ".

12. D'une part, si M. B argue d'une erreur de fait et d'une erreur de droit, ces moyens ne sont pas assortis de précisions suffisantes pour permettre au tribunal d'en apprécier le bien-fondé, non plus d'ailleurs que la consistance.

13. D'autre part, la circonstance que M. B dispose d'un passeport et justifie habiter chez sa sœur ne saurait suffire, quand bien même il devrait s'en déduire le constat de garanties de représentation, à démontrer que le préfet, en décidant de l'assigner à résidence, aurait fait une inexacte application des dispositions citées au point 11. Par ailleurs, le requérant n'apportant aucun élément de nature à établir une implication effective dans les activités de l'entreprise de sa sœur, ce que l'irrégularité de sa situation, au demeurant, lui interdit, il ne démontre pas davantage que l'obligation de se présenter quotidiennement au commissariat de police de la place Suquet, à Dijon, à laquelle l'astreint l'arrêté en litige, procéderait d'une erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du préfet de la Côte-d'Or du 15 novembre 2023.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser à M. B ou à son avocat, par combinaison avec l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Côte-d'Or et à Me Lukec.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer ainsi qu'au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2023.

Le président du tribunal,

David Zupan

La greffière

Laurence Lelong

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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