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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303317

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303317

vendredi 26 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303317
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 1 JU
Avocat requérantDESPRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 novembre 2023, M. B A, représenté par

Me Desprat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or a refusé de l'autoriser à séjourner en France, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence, d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions des articles L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la CNDA ne s'est pas prononcée ;

- son droit à un recours effectif protégé par l'article 13 de la CEDH n'a pas été respecté ;

- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions des articles L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait en outre l'article L. 721-4 ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est, en outre, entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 janvier 2024, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. A une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme C par décision du 27 janvier 2022 en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes prévues à l'article L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 16 janvier 2024.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à laquelle les parties n'étaient ni parties ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant géorgien né le 7 juillet 1963, est entré en France le

5 décembre 2022, pour y solliciter l'asile. Il a par ailleurs demandé, le 27 février 2023, un titre de séjour en tant qu'étranger malade. Sa demande d'asile a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra) du 15 juin 2013. Par arrêté du 27 octobre 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 425-9 du ceseda : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ()Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () "

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est atteint d'un cancer bronchique multimétastique pour lequel il est traité par immunothérapie au service d'oncologie du centre hospitalier universitaire de Dijon. Le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a, par avis du 4 septembre 2023, indiqué que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Géorgie, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Le préfet de la Côte-d'Or a décidé de s'écarter de cet avis en raison de l'existence d'un système de santé efficace et suffisant en Géorgie, permettant aux ressortissants d'avoir des traitements adaptés à leurs maladies.

6. Pour justifier cette appréciation, le préfet produit en défense un rapport réalisé par un organisme belge en 2014, au demeurant rédigé en anglais et non traduit, où il est indiqué que le traitement des cancers existe en Géorgie mais qu'il n'est pas aisément accessible et n'est pas abordable pour les patients pauvres, l'assurance santé incluant la chimiothérapie mais ne couvrant pas tous les médicaments nécessaires pour la thérapie, certains étant trop onéreux pour être couverts. Ces éléments ne peuvent par suite suffire à établir que M. A pourrait, contrairement à ce qu'a estimé le collège de médecins de l'OFII, effectivement disposer d'un traitement approprié à son état de santé en Géorgie.

7. Par ses écritures, le préfet de la Côte-d'Or doit être regardé comme demandant une substitution de motif, tiré de ce que M. A ne justifiait pas résider habituellement en France depuis au moins un an, durée qui est celle fixée à l'annexe 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, selon l'article R. 425-14 du même code : " L'étranger mentionné à l'article L. 425-9 qui ne remplit pas la condition de résidence habituelle peut recevoir une autorisation provisoire de séjour renouvelable pendant la durée de son traitement ". Par suite, le préfet de la Côte-d'Or n'aurait pu valablement fonder sa décision sur la seule circonstance que M. A ne justifiait pas d'une durée de résidence habituelle en France depuis un an et il n'y a dès lors pas lieu de procéder à la substitution de motifs demandée.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 27 octobre 2023 par lequel le préfet de la Côte-d'Or ne l'a pas autorisé à séjourner en France ainsi que, par voie de conséquence, des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions en injonction :

9. L'exécution du présent jugement implique que, dans un délai d'un mois suivant sa notification, le préfet de la Côte-d'Or délivre à M. A, qui justifie désormais d'une durée de résidence en France de plus d'un an, un titre de séjour " étranger malade ", sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. A au profit de son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : M. B A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 27 octobre 2023 du préfet de la Côte-d'Or est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Côte-d'Or de délivrer à M. A un titre de séjour " étranger malade " dans un délai d'un mois suivant la notification de la présente décision.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Côte-d'Or et à

Me Desprat.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Dijon et, conformément à l'article R. 751-10 du code de justice administrative, au procureur de la république près le tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.

La magistrate désignée,

M-E C

La greffière

C. Chapiron

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

La greffière,

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