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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2303321

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2303321

mardi 28 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2303321
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationREFERE
Avocat requérantBAH OUMAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 novembre 2023, M. D B, représenté par Me Bah, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés, en date du 20 novembre 2023, par lesquels le préfet du Doubs, d'une part, a prescrit son transfert aux autorités croates, considérées comme responsables du traitement de sa demande d'asile, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département de l'Yonne pour une durée de quarante-cinq jours et a défini les modalités de contrôle de cette assignation.

2°) de faire injonction au préfet du Doubs de prendre en charge le traitement de sa demande d'asile ;

3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil la somme de 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté de transfert a été pris sans examen attentif de sa situation personnelle et de la façon dont les demandeurs d'asile sont pris en charge en Croatie ;

- il est exposé dans ce pays à la violation des articles 3 et 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des articles 4 et 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'arrêté d'assignation à résidence est insuffisamment motivé ;

- cet arrêté est dépourvu de base légale du fait de l'illégalité des de l'arrêté de transfert ;

- il procède d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il dispose d'un logement stable et, du fait de la scolarisation de ses enfants, ne présente aucun danger de fuite.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 novembre 2023, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. B sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été seulement entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Zupan, les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

L'instruction a été déclarée close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né en 1994 et de nationalité afghane, est entré clandestinement en France à une date indéterminée et y a engagé, le 24 juillet 2023, une procédure d'asile au cours de laquelle il est apparu qu'il avait déjà introduit en Croatie une démarche de même nature, de sorte que ce pays devait être considéré comme l'Etat responsable du traitement de sa demande d'asile au sens du règlement européen n° 604/2013 du 26 juin 2013 dit " C A ". Une demande de reprise en charge de l'intéressé a en conséquence été adressée aux autorités croates, qui y ont consenti le 11 septembre 2023. Par les arrêté attaqués, le préfet du Doubs a, d'une part, prescrit le transfert de M. B auxdites autorités, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département de l'Yonne pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, en application de l'article 20 de la loi du 11 juillet 1990 visée ci-dessus.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté de transfert :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué indique notamment que M. B n'établit pas l'existence d'un " risque personnel constituant une atteinte grave au droit d'asile en cas de transfert aux autorités croates " et que son cas ne fait apparaître aucun élément pouvant justifier qu'il soit fait application de l'article 3-2 du règlement " C A ", imposant de conserver le traitement de la demande d'asile lorsqu'il existe de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans l'Etat normalement responsable de celle-ci des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, ou des " clauses discrétionnaires " de l'article 17 du même règlement. Il ne ressort ni de cette motivation ni d'aucune des autres pièces du dossier que le préfet du Doubs aurait négligé de procéder, que ce soit au regard de la façon dont la Croatie accueille les demandeurs d'asile ou à raison de toute autre considération, à un examen attentif et individualisé de la situation de M. B. Le moyen tiré d'une erreur de droit commise à ce titre ne saurait dès lors être accueilli.

4. En second lieu, le moyen tiré de ce que M. B serait exposé, en Croatie, à des conditions d'existence et à un traitement de sa demande d'asile contraires aux articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi qu'aux articles 4 et 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'est pas assorti de précisions et éléments de justification suffisants pour permettre au tribunal d'en apprécier la portée.

Sur la légalité de l'arrêté d'assignation à résidence :

5. Aux termes de l'article L. 573-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 peut être assigné à résidence selon les modalités prévues aux articles L. 751-2 à L. 751-7 ". Selon l'article L. 751-2 du même code, pris en son troisième alinéa : " En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. / L'étranger faisant l'objet d'une décision de transfert peut également être assigné à résidence en application du présent article, même s'il n'était pas assigné à résidence lorsque la décision de transfert lui a été notifiée ". En vertu de l'article L. 732-1 de ce code, rendu applicable, par l'article L. 751-4, aux assignations à résidences prises sur le fondement de l'article L. 751-2, " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

6. En l'espèce, l'arrêté en litige vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 751-2. Il précise que M. B a fait l'objet d'une mesure de transfert en Croatie le jour même, qu'il ne dispose pas des moyens lui permettant de se rendre dans cet Etat, étant dépourvu de ressources, et que l'exécution de la mesure demeure néanmoins une perspective raisonnable. Cette motivation satisfait aux exigences de l'article L. 732-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. M. B soutient que, du fait notamment de la scolarisation de ses enfants, il ne présente aucun danger de fuite. Toutefois, c'est précisément pour cette raison que le préfet du Doubs a pu décider de l'assigner à résidence plutôt que de le placer en rétention administrative. Le moyen tiré d'une erreur d'appréciation commise à ce titre doit donc être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions en injonction ne peuvent, par suite, qu'être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser à M. B ou à son avocat, par combinaison avec l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Bah et au préfet du Doubs.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon et au préfet de l'Yonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023

Le président-rapporteur,

David Zupan

La greffière

Laurence Lelong

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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